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Scribe, le fiasco numérique pour la police à près de 12 millions d'euros, sera remplacé

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Dans une brigade de protection de la famille au commissariat de Bourg en Bresse dans l'Ain, en juillet 2019.
Dans une brigade de protection de la famille au commissariat de Bourg en Bresse dans l'Ain, en juillet 2019.
© Maxppp - Laurent Thevenot

Après quatre ans de chantier, un nouvel appel d'offre sera lancé pour remplacer le logiciel Scribe, selon les informations de France Inter. Il devait faciliter la rédaction des procédures judiciaires mais n'a jamais vu le jour.

Ce logiciel devait révolutionner les commissariats et aider les policiers à la rédaction des plaintes. Moderne, intuitif, les superlatifs étaient de sortie à l’époque. Mais il s’avère être un échec. Ce progiciel baptisé Scribe est désormais une momie informatique, un projet mort-né. Il reste la facture, estimée à plus de 11 millions d'euros. Son abandon programmé a provoqué ses dernières semaines l'ire des plus hauts responsables de la police nationale

"Ce n'est pas le plus gros fiasco côté financier de ces dernières années", confie un responsable syndical policier. Mais, poursuit l'officier :

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C’est pour nous "LE" projet le plus symbolique car il touche au principal outil des enquêteurs : le logiciel de rédaction des plaintes.

Il faut dire que l'actuel système, le LRP, même dans sa dernière version la plus évoluée, est en bout de course et même bien au-delà de ses limites : pas du tout intuitif, "un vrai repoussoir" disent tous les enquêteurs, totalement dépités sur le sujet. 

Pourtant, poursuivent les agents contactés ces derniers jours, "on y a tous cru". Il y a trois ans, un enquêteur nous avait effectivement fait une belle démonstration depuis son clavier, et raconté tout le bien qu'il pensait du projet Scribe, avec ses équipes mixtes d'agents très expérimentés, parmi les meilleurs limiers de la police judiciaire, associés en direct aux grandes réflexions stratégiques avec l'opérateur informatique, en l'occurrence la société Capgemini qui avait remporté le contrat

Les policiers allaient pouvoir avoir de vraies arborescences, de vrais liens sur les écrans avec d'autres fichiers et logiciels internes. À l'époque, tout se passait bien sur un autre grand projet numérique au sein de la police : le projet Néo (système logiciel pour les outils informatiques embarqués des agents sur le terrain, smartphone et tablettes). "On ne pensait vraiment pas que tout allait planter ainsi sur Scribe", conclut un proche du dossier.    

Une ardoise salée, et tout à recommencer

Scribe est né le 9 novembre 2017 officiellement. Son nom avait été trouvé par un enquêteur après un concours d'idée en interne au sein de la police. Joli nom pour une aide informatique essentielle à la rédaction des plaintes. Le marché est donc remporté par le géant des services informatiques Capgemini. Un progiciel généralisé pour tous les services de police fin 2019, début 2020 est annoncé. Mais au bout de deux ans, Scribe a déjà pris du retard et le chef de projet quitte la société prestataire avec la moitié de son équipe.

L'année dernière, la société réalise un audit et conclu que le projet Scribe va dans le mur, qu'il y a un gros problème sur l'architecture même du projet. Ces dernières semaines, furieux, les plus hauts responsables de la police nationale font les comptes : 11,7 millions d’euros sont partis en fumée, salaires des policiers détachés compris. Ils réalisent aussi que le dossier est bien bétonné juridiquement et qu'il n'y aurait aucun recours juridique possible contre Capgemini, surtout que les torts seraient quand même partagés, dit-on place Beauvau.

Un nouvel appel d'offre

Selon nos informations et après plusieurs réunions ces derniers jours, y compris en présence du ministre de l'Intérieur qui a repris le dossier en main depuis son arrivée en juillet 2020, un nouvel appel d'offre sera passé dans les mois qui viennent avec une autre société prestataire pour un nouveau logiciel, à l'horizon 2024. 

Autant dire que les policiers qui désespèrent de pouvoir travailler sur des outils informatiques dignes du 21ème siècle, attendent de voir combien le ministère de l'Intérieur va mettre sur la table pour ce nouveau Scribe après l'annonce récente par le chef de l'État d'une rallonge de 500 millions d'euros pour justement moderniser définitivement les forces de l'ordre comme l’immobilier, les véhicules, l’informatique, les réseaux numériques etc.