Sécheresse : 2022 est "l'une des pires années" du siècle pour la pomme de terre

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Sécheresse : 2022 est "l'une des pires années" du siècle pour la pomme de terre

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Vincent Clermont retrouver ses plants de pomme de terre desséchés à cause du manque d'eau.
Vincent Clermont retrouver ses plants de pomme de terre desséchés à cause du manque d'eau.
© Radio France - Yvan Plantey

La sécheresse de cet été aura un impact certain sur la récolte de pommes de terre qui débute en ce moment en France. Celles-ci seront plus petites à cause du manque d'eau. Les pertes sont déjà calculées par les producteurs qui redoutent une augmentation des prix pour les consommateurs.

La sécheresse est LE sujet de cet été 2022 et ses conséquences sont multiples. Sur les sols, bien sûr, mais aussi sur les récoltes de fruits et légumes. Toute cette semaine, France Inter s'intéresse aux effets de la canicule sur nos aliments, dont la pomme de terre, un légume dont les deux tiers de la production sont issus des Hauts-de-France. La pomme de terre est composée à 85% d'eau, d'où l'impact direct de la sécheresse. "Parler de pénurie paraît exagéré mais il va manquer de la patate, c'est sûr", nous disait Geoffroy d’Évry, le président de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre.

15 à 20% de pertes prévues

De nombreux producteurs ont pu irriguer une partie de leur récolte mais pas la totalité, ce qui amoindrit de fait la collecte finale. "La courbe de rendement est passée sous la moyenne basse des 20 dernières années. Nous nous orientons vers une des pires années connues depuis 20 ans", souligne Geoffroy d'Évry. Les pertes sont estimées aux alentours de 15 à 20% de la récolte "et la question de la qualité de la récolte va se poser, ce qui risque d'alourdir la facture pour les producteurs".

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Sur un tiers de son exploitation, Vincent Clermont n'a pas pu irriguer ses champs de pommes de terre.
Sur un tiers de son exploitation, Vincent Clermont n'a pas pu irriguer ses champs de pommes de terre.
© Radio France - Yvan Plantey

La majeure partie des exploitations se situent dans les Hauts-de-France : la région représente 64% de la production nationale. Vincent Clermont est basé à Rogécourt, dans l'Aisne et il va subir un perte significative sur la récolte 2022. Il n'a pu arroser qu'un tiers de ses champs et cette partie a été très touchée par le manque d'eau : "Je n'ai pas les moyens financiers ou humains de mettre des enrouleurs à cet endroit. En plus de cela, les canalisations ne vont pas jusque là, donc je suis coincé." Il avance que la moitié des patates de cette partie de son exploitation ne seront pas vendables.

Une hausse des prix inévitable ?

Sur les champs non irrigués, la terre est presque aussi granuleuse que du sable et l'agriculteur picard peine à ramasser ses pommes de terre. "Je suis obligé de prendre une bêche pour les déterrer sinon je m'arrache les ongles et j'ai toujours pas une patate", ironise-t-il en sortant l'outil du coffre de son 4X4. Sur un plant issu de ses parcelles arrosées, il n'a aucun mal à sortir les tubercules de la terre à mains nues. "Ces pommes de terre vont rentrer dans les calibres de ce qu'on vend à l'industrie. En revanche, les autres n'atteignent même pas 45mm, c'est pas vendable", peste celui qui a repris l'exploitation familiale il y a un peu plus de dix ans.

Cette parcelle a bénéficié d'un arrosage tout au long de l'été. Il n'y aura pas de pertes sur cette partie de l'exploitation de Vincent Clermont.
Cette parcelle a bénéficié d'un arrosage tout au long de l'été. Il n'y aura pas de pertes sur cette partie de l'exploitation de Vincent Clermont.
© Radio France - Yvan Plantey

Sur un plant où il devrait pouvoir ramasser une petite vingtaine de pommes de terre, il n'en récupère que quatre ou cinq qui rentrent dans les calibres commerciaux. Il craint que cette baisse de rendement ne fasse augmenter les prix du marché. "C'est la loi de l'offre et la demande qui fait les prix. S'il en manque, les prix vont fatalement monter", prédit l'agriculteur. Le président de l'interprofession estime qu'il est encore un peu tôt pour dresser un bilan chiffré des pertes. "À date, ce sont déjà plusieurs centaines de millions d'euros perdus", estime Geoffroy d'Évry.

D'autres coûts sont également susceptibles de s'additionner après la récolte. Certains sont imputables à la sécheresse, comme le copieux arrosage qui a débuté au mois de juillet, sans quoi ses champs auraient dépéri à vue d'œil. "Pour la conservation, on va aussi allumer nos grands frigos plus tôt que d'habitude. Or, avec 30 à 35 degrés l'après-midi, ils vont être beaucoup plus gourmands en énergie", relève Vincent Clermont.

S'il n'a pas de prise sur le prix de vente de ses pommes de terre achetées par l'industrie - les contrats ont été négociés au début de l'année - il doit aussi subir la hausse des matières premières. Le carburant, entre autres, qu'il met dans ses tracteurs a largement augmenté. Actuellement, la tonne de pommes de terre part à 170 voire 180 euros de son entrepôt. Pour s'y retrouver, il devrait augmenter le prix de 20 à 25%.