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Selon le virologue Bruno Lina : "Il n'y a pas d'explosion d'un nouveau variant qui émerge à partir de l'Inde"

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En Inde, une deuxième vague menace de submerger les hôpitaux
En Inde, une deuxième vague menace de submerger les hôpitaux
© AFP - NurPhoto / Indranil Aditya

En Inde, une deuxième vague massive menace de submerger les hôpitaux. Ces sept derniers jours, l'Inde a recensé plus d'1,4 million de nouveaux cas, une hausse de 64% par rapport à la semaine précédente. En cause : les récentes fêtes religieuses mais aussi un nouveau variant. Les explications du virologue Bruno Lina.

Avec 273.810 cas supplémentaires en 24 heures, l'Inde a enregistré ce mardi un nouveau record. C'est la cinquième journée d'affilée que ce pays d'1,3 milliard d'habitants dépasse les 200.000 nouvelles contaminations - contre 9.000 début février-, pour un total de plus de 15 millions depuis le début de la pandémie. Les habitants de New Delhi sont confinés une semaine et le gouvernement annonce que la  vaccination sera ouverte, dès le 1er mai, à tous les adultes. 

Le gouvernement britannique a décidé d'interdit l'entrée au Royaume-Uni des voyageurs en provenance d'Inde, après avoir identifié 103 cas du variant indien au Royaume-Uni. Mais quelle est la dangerosité de ce variant ? Les réponses Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon, chercheur au centre international de recherche en infectiologie à Lyon, et membre du Conseil scientifique. 

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FRANCE INTER : Faut-il s’inquiéter de la situation actuelle en Inde et plus particulièrement du variant B.1.617 dit variant indien?

BRUNO LINA : "La situation en Inde est effectivement quelque chose qu'il faut surveiller de près parce qu'il y a une reprise épidémique importante. On sait, par exemple, qu'en quelques semaines, le taux d'incidence a augmenté de façon extrêmement importante : à plus de 200%. Et l'Inde est un pays qui est très peuplé. Sur les données que l'on peut collecter sur les virus qui circulent, il y a deux grands lignages qui circulent. Le premier, qui est le plus important, c’est le variant britannique, il est responsable d’à peu près 80% des infections. Pour le deuxième, ils ont décrit, dans une province qui s'appelle l'État de Maharashtra, un lignage qu'ils ont appelé 'double mutant'. Il a en fait intégré deux mutations qui, pour l'instant, n'avaient pas été vues ensemble ou que marginalement. Il y a la mutation 484, que l'on connaît bien maintenant et qui joue sur la protéine Spike, qui est celle qui est en partie responsable des échappements immunitaires (moindre efficacité du vaccin, réinfection). Et il y a une deuxième mutation, la 452, déjà décrite chez des lignages américains qui semblent marginalement être capables d'entraîner une augmentation de la transmission." 

"C'est en fait l'association de ces deux mutations qui fait que l’on appelle ce virus 'double mutant'". 

"On n'a pas de données robustes sur le détail exact de ce que ce virus est capable de faire. Mais selon ce que l'on sait, on essaye de déduire des conséquences de ces mutations par rapport à ce que l'on connait d'autres virus qui présentent ces mêmes mutations. La mutation 484 peut être en partie responsable d'un échec immunitaire, mais en sachant qu'elle seule n'est pas suffisante. Il faut qu’elle soit éventuellement associée à d'autres mutations que l'on ne voit pas dans ce variant indien. La mutation 452 est une mutation qui entraînerait une augmentation marginale de la transmission, mais qui est très nettement inférieure à ce que l'on observe avec l'augmentation de la transmission que l'on a vu avec le variant britannique, par exemple. Mais quand on regarde la proportion de virus 'double mutant' qui circule en Inde, pour l'instant, elle est extrêmement faible par rapport au reste des virus qui circulent."

Donc, le variant indien n'est pas du tout majoritaire en Inde actuellement ? 

"Non, le variant indien est très minoritaire en Inde, puisque même dans l'État Maharashtra où il circule, il est minoritaire. Donc, ce n'est pas aujourd'hui une explosion d'un nouveau virus qui émerge à partir de l'Inde. C'est simplement une épidémie qui prend une taille extrêmement importante en Inde parce qu'il y a une dégradation importante de la situation sanitaire qui a fait suite à des très nombreux rassemblements qui ont eu lieu un peu partout dans le pays il n'y a pas très longtemps. Et dans ce contexte est apparu ce virus qui présente une caractéristique particulière. Mais, pour l'instant en tout cas, ce n'est pas lui qui pose problème en Inde. L'extension de l'épidémie y est due au variant britannique." 

Notre correspondant sur place nous expliquait que beaucoup d'enfants en Inde étaient touchés. Est-ce que cela a un rapport avec ce variant indien ?  

"Le variant britannique a tendance à infecter plus facilement les tranches d'âge plus jeunes. Ils ne sont pas plus malades, mais on a le sentiment que du fait de l'augmentation de sa transmission, il infecte aussi des tranches d'âge qui étaient épargnées avec le virus historique. Donc, ce que les Indiens observent, c'est ce qu'on a observé nous aussi en Europe, c'est à dire que lorsqu'on est confronté au variant britannique, les tranches d'âge touchées sont beaucoup plus larges et qu'en particulier ça touche les jeunes." 

Est-ce que ce variant indien a été repéré en dehors de l’Inde ?

"Il a été détecté de façon sporadique dans plusieurs pays : en Angleterre, environ entre 80 et 100 cas. Il a été détecté un petit peu en Allemagne aussi. Il a été détecté au Canada et à Singapour. Et pour ce qui concerne la France, deux cas ont été détectés sur la Guadeloupe, sans de notion de gravité particulière sur ces deux cas."