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Sept anciens membres des Brigades rouges arrêtés en France : retour sur le groupe terroriste italien

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Les Brigades rouges distribuaient des tracts détaillant leur idéologie.
Les Brigades rouges distribuaient des tracts détaillant leur idéologie.
© AFP - GIUSEPPE CACACE

Sept anciens membres des Brigades rouges réfugiés en France depuis les années 80, ont été interpellés ce mercredi 28 avril. Pendant plus d'une décennie, ce groupe d'extrême-gauche a mené une lutte armée contre l'État italien, multipliant les attentats et les assassinats. Retour sur ce qu'ont été les Brigades rouges.

Sept anciens membres des Brigades rouges ont été interpellés en France, mercredi 28 avril. Trois autres sont recherchés. C'est Emmanuel Macron qui a décidé de faire arrêter ces anciens brigadistes, exauçant ainsi le vœu de l'Italie. Depuis des années, la justice italienne réclame l'extradition des ex-brigadistes réfugiés en France vers leur pays, où ils ont été condamnés par coutumace pour des actes de terrorisme dans les années 1970-1980.  

Les années de plomb

Le mouvement de lutte sociale de l'année 1968 laisse rapidement place à une contestation plus radicale, qui prône la violence politique. Naissent des groupuscules d'extrême-gauche, en rupture avec le Parti communiste italien et favorables à la révolution prolétarienne, qui pendant près d'une décennie - surnommée les années de plomb - multiplient les attentats en Italie. Parmi eux, les Brigades rouges, (Brigate rosse en italien) d'inspiration marxiste-léniniste, pratiquent l'attentat à la bombe, les enlèvements et les assassinats ciblés

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Nuire le plus aux patrons

L'Italie découvre les Brigades rouges le 17 septembre 1970, avec, à Milan, l'incendie de la voiture du directeur du personnel de l'établissement Sit-Siemens. Six mois plus tard, sur la piste d'essai de la société Pirelli, fabricant de pneus, huit bidons d'essence explosent et l'incendie détruit trois camions. "Porter atteinte à la production, nuire le plus possible aux patrons à peu de frais pour nous", revendiquent les Brigades rouges. En juin 1976, les brigadistes pratiquent leur premier assassinat politique. Leur cible : le juge Francesco Coco, qui a mené le premier procès contre les terroristes.

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Industriels, magistrats, policiers, élus, entre 1970 et le début des années 1980, les actions violentes des Brigades rouges font 48 morts et 415 blessés. La plus célèbre d'entre elles reste, en 1978, l'enlèvement, suivi de l'assassinat d'Aldo Moro, président du parti de la Démocratie chrétienne, et partisan du "compromis historique" entre les chrétiens-démocrates et les communistes. Enlevé dans sa voiture en plein Rome, Aldo Moro est retenu prisonnier pendant 55 jours avant la découverte de son corps dans le coffre d'une voiture dans la capitale italienne. 

Le corps d'Aldo Moro est découvert à Rome,  en mai 1978, 55 jours après son enlèvement par les Brigades rouges.
Le corps d'Aldo Moro est découvert à Rome, en mai 1978, 55 jours après son enlèvement par les Brigades rouges.
© AFP - Leemage via AFP

L'année suivante, le syndicaliste Guido Rossa est assassiné par les membres des Brigades, qui l'accusent d'avoir dénoncé un militant gauchiste. Cet assassinat passe mal dans les milieux ouvriers. En 1981, quatre terroristes des Brigades rouges enlèvent le général James Lee Dozier, commandant en chef adjoint de l'état-major de l'OTAN à Vérone, avant de le libérer.

En 1982, les Brigades rouges revendiquent près de 400 attentats dans le pays. La même année, le gouvernement italien prend des mesures exceptionnelles pour lutter contre le terrorisme : la garde à vue est prolongée et les condamnations à perpétuité sont immédiates pour les actes de terrorisme. 500 membres des Brigades rouges sont interpelés. L'année suivante, de grands procès s'ouvrent, mettant peu à peu fin à l'existence du groupe armé.

L'exil en France

Au milieu des années 1980, de nombreux membres des Brigades rouges s'exilent, au Nicaragua, en Argentine et en France. Plusieurs centaines d'entre eux rejoignent l'Hexagone voisin, encouragés par la "doctrine Mitterrand" développée dans un discours de 1985 et consistant à ne pas extrader les anciens activistes d'extrême gauche italiens qui ont rompu avec leur passé. Cette "doctrine" excluait toutefois les auteurs de crimes de sang. 

Jusque ici, la France n'avait signé que deux accords d'extradition : en 1995 pour Paolo Persichetti, condamné pour le meurtre d'un général et en 2004 pour Cesare Battisti, le plus célèbre des anciens terroristes, poursuivi pour quatre assassinats.

Parmi les sept anciens brigadistes arrêtés ce mercredi 28 avril, Narciso Manenti s'est installé dans le Loiret au milieu des années 1980 et dirige une entreprise de services à domicile. L'ancien brigadiste, condamné en Italie pour le meurtre d'un carabinier, plaidait en 2019 dans le quotidien italien le Corriere della Sera (article en italien), pour une amnistie des militants de la lutte armée. Comme lui, les six autres brigadistes arrêtés ont été, durant ces 40 années, intégrés à la société. Me Jean-Louis Chalanset, avocat d'Enzo Calvitti, condamné pour un attentat terroriste commis en 1982, l'assure. "M. Calvitti vit en France avec un titre de séjour, pas du tout en clandestin." Marina Petrella, 66 ans, arrêtée également et condamnée à la prison à vie, avait déjà été arrêtée en France en 2007. L'année suivante, l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, s'était opposé à son extradition en raison de son fragile état de santé. 

"Trahison innommable"

La question de l'arrestation et l'extradition d'anciens terroristes italiens affecte les rapports entre la France et l'Italie depuis la fin des années de plomb. La justice italienne avait dressé une liste de 200 personnes recherchées et résidant en France, selon l'Élysée. "Le président a souhaité régler ce sujet, comme l'Italie le demandait depuis des années, en s'inscrivant strictement dans la 'doctrine Mitterrand'", précise la présidence de la République. De quoi satisfaire les autorités italiennes. Luigi Di Maio, ministre des Affaires étrangères s'est félicité sur Facebook "d'une opération massive qui a vu la collaboration des autorités françaises et italiennes". 

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De son côté, Me Irène Terrel, avocate de cinq des sept anciens brigadistes interpellés, s'est indignée de ces arrestations. "C'est une trahison innommable de la France, dit-elle_. Je n'ai pas les mots pour décrire cette opération qui s'apparente à une mini-rafle_."