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"Si j'étais président" : huit Brésiliens nous racontent leurs espoirs pour l'avenir de leur pays

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Ils sont pasteur, infirmière, musicien, ancien officier... et nous disent leurs priorités pour le Brésil
Ils sont pasteur, infirmière, musicien, ancien officier... et nous disent leurs priorités pour le Brésil
© Radio France - Gilles Gallinaro

Ils sont musicien, pasteur, infirmière, militant associatif, ex-officier... À deux jours de l'élection présidentielle au Brésil qui verra s'opposer deux grands favoris, Jair Bolsonaro et Lula, ils mettent des mots sur les maux de leur pays et les solutions qui permettraient de sortir de l'ornière.

Jamais le Brésil n'avait connu d'élections aussi polarisées. Dimanche 2 octobre, les électeurs de ce pays de 213 millions d'habitants seront appelés aux urnes pour désigner leur président. L'actuel chef de l'État Jair Bolsonaro brigue un second mandat. En face, le patron du Parti travailliste, Lula, fait son retour. À l'approche du scrutin, nous avons demandé à huit Brésiliens leur vision du pays, les maux auxquels il faudrait s'attaquer en priorité selon eux.

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"Nos lois sont défaillantes"

Giroto, ancien officier de la police militaire, est le fondateur d’un club "de tir et d’entraînement tactique" dans la banlieue sud de São Paulo, au cœur de la luxueuse zone de tourisme fluvial de São Bernardo do Campo. Ce partisan de Jair Bolsonaro estime que, dans le Brésil d’aujourd'hui, "c’est le crime qui paie". "Nos lois sont défaillantes, les sanctions ne sont pas appliquées. Il est beaucoup plus facile d'être un voleur que d'être un bon citoyen."

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"Nous sommes victimes d'attaques menées par l'agrobusiness"

Chercheurs d’or, trafiquants de bois, éleveurs de bétails envahissent chaque jour un peu plus les territoires indigènes. Txaï Surui, qui a porté la parole des peuples autochtones lors des discours d’inauguration de la COP 26, est aujourd’hui la cible de menaces et de harcèlement. A 24 ans, cette étudiante en droit du peuple Surui alerte : "Nous sommes victimes d’attaques menées par l’agrobusiness, par des gens qui nous envahissent, qui détruisent la forêt, qui violent les femmes… Nous sommes victimes d’une guerre invisible."

"Bolsonaro, l'un des meilleurs présidents du Brésil"

Pour le pasteur évangélique Nininho, qui officie dans l'une des favelas de Rio, "la Bible désigne Bolsonaro comme l'un des meilleurs présidents qui n’aient jamais existé au Brésil. Et je pourrais même dire le meilleur ! L'une des preuves incontestables : c'est ce coup de couteau qu'on lui a porté à l'abdomen. Il n'aurait pas dû survivre là où on l'a touché." Tradition, famille, sexualité : ces trois mots reviennent sans arrêt dans la bouche de ses fidèles. Un programme très conservateur qui ne laisse pas de place au programme de Lula.

"Manque d'opportunités"

Pour Loudicea, infirmière à Rio, dénonce les inégalités criantes au Brésil. La petite favela de la "Terre Promise", où elle habite, en témoigne. Ici, on vit sous le contrôle des trafiquants de drogue au rythme des opérations coup de poing de la police. Mais pour Loudicea, "ce qui fait le voleur, c'est le manque d'opportunités". Il faut, pour elle, donner du travail aux Brésiliens, car, assure-t-elle, "avec le travail, on va loin".

"Plus vous êtes riche, moins vous êtes imposé"

Cosme est un jeune pasteur de la favela de Providencia, la première de l'histoire de Rio. Candidat au poste de conseiller municipal, il dénonce les injustices dont pâtit le Brésil. Un pays où, pour lui, "plus vous êtes pauvre, plus vous payez. Et plus vous êtes riche, moins vous êtes imposé". Sa priorité : "La cause des pauvres et de ceux qui n'ont rien à manger et n'ont nulle part où vivre sur Terre."

À lire aussi : Où va le Brésil ?

"Inégalité d'opportunités"

Raquel, militante associative, intervient dans un collectif de soutien pour les femmes défavorisées. Habitante du quartier populaire de Penha, elle s'inquiète du déclassement des Brésiliens, et en particulier des pertes de chances que cela induit : "Nous sommes confrontés à une très grande inégalité d'opportunités, une inégalité sociale, que l'éducation pourrait largement pallier." D’autant, pour elle, que "le Brésil est très riche. Si nous savons comment bien gérer notre pays et notre richesse, chacun pourra vivre dans la dignité."

"Légaliser les drogues pour réduire la violence"

Pour Joao Rivera, musicien engagé, réduire la violence passe par une campagne pour légaliser les drogues. La prohibition justifie notamment le surarmement des forces de l'ordre et la répétition des massacres. 23 personnes ont ainsi été assassinées à Rio de Janeiro cet été. Des "dommages collatéraux", a justifié le procureur. "Juca" – c’est son nom de scène – appelle aussi de ses vœux une société moins raciste, "où, pour être noir, vous ne courrez plus le risque d'être assassiné par l'État" ».

"La culture a été criminalisée"

Pedro Miranda, musicien de renommée internationale, alerte : "La culture a été criminalisée et il y a même une volonté de la faire disparaître." "Parce que la culture nous fait penser, nous fait réfléchir, nous fait protester", poursuit le jeune carioca, à l’opposé des postures des bolsonaristes. La musique, en particulier, "a un pouvoir de connexion spirituelle, encore plus puissant que la politique". "Parce qu’elle nous rend plus conscient, plus sensible aux autres, à notre quartier, à notre ville."

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