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"Si tu veux acheter, tu trouveras toujours" : dans les pas d'un accro au crack

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Évacuation du campement de toxicomanes du jardin public de Forceval, le 5 octobre 2022 à Paris
Évacuation du campement de toxicomanes du jardin public de Forceval, le 5 octobre 2022 à Paris
© AFP - Bertrand Guay

Le camp de consommateurs de crack de Forceval, dans le nord-est de Paris, a été évacué ce mercredi. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin promet un "démantèlement définitif" et pourtant, sur place et sous les yeux de la police, des toxicomanes continuent à acheter et à fumer du crack. Récit.

Les bulldozers rasent le campement et arrachent les tentes du sol, des toxicomanes en possession de crack sont arrêtés, les sans-papiers conduits vers des centres de rétention administrative et tous les autres pris en charge et engagés dans un parcours de soin. Ce mercredi, la police a démantelé le campement de consommateurs de crack de Forceval, situé à Paris, dans le XIXe arrondissement.

"Ce sont mes pieds qui m'amènent là"

Au même moment, Amine [son prénom a été modifié] arrive sur le rond-point de la Porte de la Villette, comme tous les matins, pour faire ses courses. Une "galette" à 10 euros, et sans doute une autre. Ce père de deux enfants, marié, sans emploi, consomme pour 150 euros de crack par jour depuis huit ans. Il a plusieurs fois essayé d'arrêter, mais à chaque fois, il est revenu, seul, presque honteux : "J'ai pas de plaisir à fumer ni à venir ici", dit-il. "Ce sont mes pieds qui m'amènent là."

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Ce matin-là n'est pas comme d'habitude. Depuis 7h environ, des gendarmes mobiles ont été déployés à proximité du square Forceval. Forte présence policière avec des arrestations de modos, ces dealers de crack d'origine sénégalaise qui ont le monopole du trafic, et de toxicomanes qui n'ont pas pu ou voulu jeter les galettes qu'ils cachaient dans leur bouche ou leur poing serré.

Les forces de l'ordre, des agents d'entretien, des journalistes, des riverains, des élus locaux... La foule, inhabituelle à cette heure-là, n'empêche pas Amine d'aller chercher sa dose. "Vous voyez les tentes bleues là-bas ? C'est là-bas que je vais acheter. C'est devant la police. Je sors mes 10 euros et hop, fais-moi une belle !" Une "belle", comprenez une dose de crack à 10 euros, qu'Amine ira acheter à proximité de l'imposant dispositif policier déployé ce mercredi matin. "Je vais acheter mon addiction et puis je me barre. Regardez, il y aune voiture de police là-bas, les modos sont en face et le mec, il est en train de fumer. Rien ne va changer : si tu veux acheter, tu trouveras toujours."

"Pas de baguette à 3h du matin, mais le crack c'est 24h sur 24"

La méthode d'Amine consiste à poser des questions aux autres consommateurs pour localiser les dealers. "Il y a un second square" à proximité, dit-il. "Sinon il faut traverser le périphérique et chercher dans les petites rues du côté de Pantin et d'Aubervilliers."

Et puis, il y a les autres modos, comme H., autour de Saint-Lazare. Il a été arrêté il y a peu par la police en possession de dizaine de doses de crack, avant d'être relâché trois jours après. "À Paris, c'est impossible de trouver une baguette de pain à 3h du matin, en revanche, le crack c'est 24h sur 24." Les élus, les riverains et les consommateurs de crack s'accordent sur un point : ils ne croient pas à la promesse du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin de définitivement démanteler le campement du crack.

Impossible, selon Amine. "Ça va changer quoi ? Juste le trajet ! La police ne peut rien contre ça. Les modos, c'est une sale race ! Mr Darmanin et puis celui qui va lui succéder, il va dire la même chose. Mais ça ne s'arrêtera pas. Il y a des gens, ça fait 20 ans qu'ils consomment. Si tu veux acheter, tu trouveras toujours."