Publicité

Simone Biles victime de "perte de figure", quel est ce mal que tout gymnaste redoute ?

Par
Simone Biles n'est pas la première sportive de haut-niveau à être victime d'une perte de figure.
Simone Biles n'est pas la première sportive de haut-niveau à être victime d'une perte de figure.
© AFP - Martin Bureau

La championne olympique en titre n’a pas participé au concours général ce jeudi, elle s’est retirée lors de la finale par équipe mardi. Comme nombre de gymnastes, elle a eu une perte de figure, le pire ennemi dans la discipline.

"C’est comme un petit diable qui entre dans la tête. On bataille, on essaie de sortir de cette spirale. Cela devient une obsession." Philippe Carmona s’en souvient encore. Cet ancien gymnaste de haut niveau, aujourd’hui entraîneur, a eu ses premières pertes de figure à l’âge de 22 ans. C’est l'une des raisons pour lesquelles il a arrêté la gymnastique. Lors d’une perte de figure, l’athlète perd tous ses repères dans l’espace, l’esprit se brouille : un trou noir d'un très court instant. Cela peut arriver à tout moment, même lorsqu’une figure est maitrisée à la perfection. Personne ne sait pourquoi, personne n’est capable de l’expliquer. C’est ce qui est arrivé à l’américaine Simone Biles ce mardi 27 juillet lors du concours général par équipe des Jeux olympiques. La quadruple championne olympique s’était élancée par un saut dit Amanar, mais au lieu d’effectuer deux vrilles et demie, elle en fera une de moins. 

3 min

Une perte de figure peut s’assimiler à une mauvaise note en jouant une partition. Sauf qu’en l’air, tout s’enraye. La réception peut être périlleuse et dangereuse si la ou le gymnaste la manque. Sur Instagram, Simone Biles décrit ce qu'elle ressent : ."C'est pétrifiant d'essayer de faire une figure mais ne pas avoir le corps et l'esprit synchronisé. C'est la sensation la plus folle qui soit. Ne pas avoir un minimum de contrôle sur votre corps."

Publicité

"C'est une question de vie ou de mort. C'est l'intégrité physique de la personne qui est en jeu", clame Éric Besson, le responsable du Pôle gymnastique de Meaux. Sur les réseaux sociaux, Simone Biles répond à ses fans en toute franchise :

Ce qui est le plus effrayant, c'est que je n'ai aucune idée d'où je suis dans l'air, et sur quoi je vais atterrir. La tête, les mains, le dos, les pieds ?

Après l’abandon de Simone Biles, une ancienne gymnaste a témoigné. Jacoby Milesa est en fauteuil roulant après une perte de figure. Elle est retombée sur le cou après un saut. C’était justement la plus grande crainte et les cauchemars la nuit de Philippe Carmona plus jeune, lorsqu’il était gymnaste.

Comment s’en débarrasser ? 

Un cercle vicieux s’enclenche. "Quand on refait la figure par la suite, on est focalisé sur ce qui s'est passé, et plus sur la technique", détaille Éric Besson. "Il faut repartir à zéro, avec les mouvements basiques, pour retrouver les points clefs et pour que le corps se retrouve dans l'espace", affirme Claire, entraîneuse à Bourgoin. Parfois, il faut faire appel à un psychologue ou un préparateur physique, nous dit Philippe Carmona. "Mais le temps va aider Simone Biles". Avec ses jeunes élèves, Claire essaie par exemple de discuter, de parler d'autres choses, pour laisser le corps reprendre le dessus lors de la figure. 

Phénomène très rare en compétition 

Simone Biles n'est pas la première sportive de haut-niveau à être victime d'une perte de figure. Dans un documentaire, la Suisse Giulia Steingruber raconte qu'elle a connu "un blocage mental" identique en 2014. 

Quand je faisais un saut, je ne savais pas où j'étais. J'avais vraiment peur.

Deux ans plus tard, après avoir recommencé à zéro, elle remporte une médaille aux JO de Rio. Elle a participé ce jeudi au concours général à Tokyo. 

Ces pertes de figures sont très rares lors d’une grande compétition comme les Jeux olympiques. Elles peuvent être liées au stress, à la fatigue ou un surentraînement. "Simone Biles a pu avoir des premières pertes de repères à l’entraînement", explique l'entraîneur au pôle espoir d'Antibes Philippe Carmona."Je pense qu’elle ne doit plus dormir". Simone Biles est arrivée à Tokyo comme la superstar de ces JO, celle qui allait battre tous les records et montrer qu’elle est la "GOAT", "the Greatest of All Time" (traduisons la "meilleure de tous les temps"). Une forte pression à digérer et des souvenirs à écarter. Simone Biles a également été en première ligne en témoignant lors de l’affaire Larry Nassar, cet ancien médecin de l’équipe américaine de gymnastique, condamné pour pédophilie. 

Simone Biles a laissé passer son tour jeudi, et n’a pas participé au concours général. Les épreuves individuelles reprennent dimanche. Mais le temps est-il suffisant pour se remettre ? Après tout, Simone Biles est la plus grande championne de ce sport.