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Déforestation et greenwashing : l'OMS alerte sur l'impact des cigarettiers sur l'environnement

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L'entreprise Philip Morris est notamment épinglée par l'OMS
L'entreprise Philip Morris est notamment épinglée par l'OMS
© AFP - JOËL SAGET /

Dans un nouveau rapport publié le 12 mai, l'Organisation mondiale de la santé dénonce le "greenwashing" des grands cigarettiers qui, malgré leur impact néfaste sur l'environnement, arrivent à se hisser dans des classements récompensant les entreprises "vertes".

Dans un rapport publié jeudi, à quelques jours de la journée mondiale sans tabac, l'Organisation mondiale de la santé alerte, dans un rapport, sur les effets néfastes du tabac sur l'environnement et le "greenwashing" des grands cigarettiers. De la déforestation la consommation d'eau, le rapport démonte point par point les discours des grandes entreprises qui, selon l'OMS, veulent faire croire qu'elles sont leaders dans la lutte pour le climat. Elles comptent, pour ça, sur leurs places dans des classements qui récompensent les actions climatiques des grandes entreprises. Du pur "greenwashing" pour l'OMS.

15 millions de piscines olympiques d'eau chaque année

"Si nous connaissons aujourd'hui les dangers du tabac sur la santé, l'impact écologique de l'industrie du tabac est en revanche très peu évoqué", déplore le rapport, qui explique que tout au long de son processus de production et jusqu'au moment où il va être jeté dans une poubelle ou dans la rue, la cigarette impacte la planète. Tous les ans, 32 millions de tonnes de feuilles de tabac sont cultivées pour produire environ six milliards de cigarettes. Des études scientifiques ont montré que cette production rejette 80 millions de tonnes de CO2, et consomme 22 milliards de mètres cube d'eau, le plus souvent dans des pays en manquant déjà. C'est l'équivalent de 15 millions de piscines olympiques.

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Des études scientifiques ont montré que la production d'une seule cigarette rejette 14 grammes de CO2 dans l'atmosphère.

La culture du tabac est également une cause directe de la déforestation. Les études estiment que 1,5 millions d'hectares de forêts (principalement tropicales) ont été détruits depuis les années 1970, ce qui a contribué à une faire croître de 20 % les émissions annuelles de gaz à effet de serre.

L'OMS revient également sur les dérivés du tabac de plus en plus vendus aujourd'hui, particulièrement les cigarettes électroniques. "Non-contents de rendre accrocs à la nicotine les consommateurs, les produits de l'industrie du tabac vont également créer une nouvelle crise écologique", de l'exploitation minière pour les composants de batterie à la fabrication de plastiques, sans compter la consommation d'électricité pour que les appareils électroniques fonctionnent.

Désinformation auprès du public et des médias

Le rapport redonne la définition du "greenwashing", ajoutée dans le dictionnaire Oxford English il y a plus de vingt ans, parlant d'une "désinformation diffusée par une organisation pour présenter une image écoresponsable". Un concept utilisé par les entreprises les plus polluantes et controversées, dont les cigarettiers. "L'industrie du tabac tente de redorer son image grâce à travers des opérations de nettoyage des plages ou en créant des associations de secours aux sinistrés (dans les cas d'incendies par exemple)."

Ces dernières années, alors que l'industrie du tabac peine à rétablir son image, l'OMS constate justement une augmentation du greenwashing. "Par exemple, Phillip Morris a dépensé plus de 13 millions de dollars américains entre 2014 et 2020 pour financer des 'projets environnementaux' et la pseudo-responsabilité sociale des entreprises (RSE) dans le monde". De l'argent dépensé principalement en Asie, en Amérique latine et en Europe. En revanche, très peu de financements ont été faits dans les pays africains, ceux "qui ont pourtant le plus besoin d'aide et où de nombreuses cultures de tabac sont situées".

Enfin, l'OMS démontre dans son rapport que malgré l'impact environnemental certain de la production de tabac, les grands cigarettiers arrivent à se hisser dans certains classements qui récompensent les entreprises les plus "vertes". L'OMS prend un exemple dans son rapport : celui du cigarettier British American Tobacco qui célébrait en 2021 sa vingtième année de nomination dans l'indice de durabilité mondial Dow Jones (DJSI), qui valorise les pratiques durables des entreprises. Une nouvelle fêtée et partagée dans une vidéo… "sur un yacht au milieu d'une eau bleu cristal" .

"Le message que l'entreprise envoie aux médias, décideurs et analystes est simple : celle d'une entreprise mondialement reconnue pour son engagement envers les personnes et la planète." Toujours selon l'OMS Les autres cigarettiers partagent le même discours, comme Philip Morris International, alors que c'est en réalité tout le contraire. Des classements qui servent leur greenwashing.