"Striketober" : une vague de grèves aux États-Unis, portée par des salariés éreintés par la pandémie

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"Striketober" : une vague de grèves aux États-Unis, portée par des salariés éreintés par la pandémie

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Environ 10.000 salariés du constructeur de tracteurs John Deere, représentés par le syndicat UAW, sont en grève.
Environ 10.000 salariés du constructeur de tracteurs John Deere, représentés par le syndicat UAW, sont en grève.
© AFP - SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images

Des dizaines de milliers de salariés sont en grève aux États-Unis. Dans un mouvement lancé début octobre, ils dénoncent leurs conditions de travail, rendues encore plus difficiles par la crise du Covid-19, et pointent du doigt les profits empochés en parallèle par leurs employeurs.

Une vague de contestation secoue les États-Unis depuis le début du mois d'octobre. Au moins 100 000 salariés américains sont en grève ou sur le point de l'être dans les secteurs de l'agro-alimentaire, de l'industrie ou encore de la santé. Ils se mobilisent pour dénoncer leurs conditions de travail, décrivent leur fatigue, accentuée pendant la pandémie de Covid-19, et soulignent leur frustration face aux profits engrangés par leurs employeurs. Ces salariés sont soutenus par des syndicats qui reprennent du poil de la bête après des années de déclin.

Des travailleurs défavorisés

Le mouvement est tel dans le pays qu'il s'est doté d'un nom sur les réseaux sociaux : "Striketober", contraction de "strike" (grève) et "October" (octobre). Il a notamment été tweeté par la star de l'aile gauche du parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, qui s'enthousiasme de la mobilisation de travailleurs "défavorisés" depuis des années.

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De grands groupes sont concernés par le mouvement, comme le constructeur de tracteurs John Deere qui a vu 10 000 de ses salariés se mettre en grève le 14 octobre, une première en 35 ans. Chez le fabricant de céréales Kellogg's, 1 400 personnes ont cessé leur activité depuis le 5 octobre pour défendre les nouveaux arrivants dont les salaires ne sont plus indexés sur le coût de la vie alors que l'inflation augmente. 

Le secteur de la santé est aussi touché : plus de 2 000 employés d'un hôpital privé de Buffalo, dans l'État de New York, sont par exemple mobilisés depuis le 1er octobre. À Hollywood enfin, la grève des équipes de tournage a été évitée de justesse le week-end dernier.

Phénomène de contagion

La pandémie a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Les grévistes "revendiquent en majorité une amélioration des conditions de travail", remarque Kate Bronfenbrenner, spécialiste des mouvements syndicaux à l'université Cornell, interrogé par l'AFP. "Les organisations font plus de profits que jamais et demandent aux salariés de travailler plus que jamais, parfois en risquant leur vie avec le Covid", souligne-t-elle. Mais face à des employeurs refusant les compromis, les salariés "sont moins enclins à accepter des conventions collectives ne répondant pas à leurs besoins", remarque-t-elle.

Mais les conflits au sein de l'entreprise étaient déjà en hausse avant la crise sanitaire, depuis le mouvement des enseignants en Virginie-Occidentale en 2018, selon Josh Murray, professeur de sociologie à l'université Vanderbilt. Déçus par la convention négociée par leur syndicat, les enseignants avaient décidé de se mettre en grève et ont obtenu satisfaction. Il y a ensuite eu un phénomène de contagion

Plus il y a de grèves qui parviennent à leurs fins, plus il y en a qui démarrent, car les gens commencent à vraiment croire qu'ils peuvent gagner et sont prêts à risquer leur salaire ou leur emploi.

Il est cependant difficile de connaître le nombre exact de grèves, le gouvernement américain ne recensant que celles impliquant plus de 1000 salariés.

Essentiels à l'économie

Des salariés se sont ainsi mis en grève en juillet dans une usine des gâteaux apéritifs Frito-Lay, filiale de PepsiCo, au Kansas, et ont obtenu, entre autres, la garantie d'un jour de congé par semaine et des augmentations. Idem chez le fabricant de biscuits Nabisco (filiale du géant Mondelez) où les grévistes ont, eux, obtenu des concessions en septembre après cinq semaines de conflit.

Autre source de motivation, "pendant la pandémie, ces travailleurs ont pris conscience qu'ils étaient essentiels, que l'économie ne pouvait pas fonctionner sans eux", remarque Josh Murray. Les syndicats ont aussi profité ces dernières années de la montée de divers mouvements sociaux avec qui ils ont su s'associer, comme le syndicat des métiers de l'hôtellerie en Arizona, Unite Here, avec les organisations de migrants. 

"Il y aura forcément un effet de balancier, les entreprises ne vont pas laisser les coûts salariaux trop augmenter", avance Josh Murray. Mais en attendant, "les économistes et les sociologues ont démontré que plus le marché du travail est tendu (comme c'est le cas actuellement aux États-Unis, ndlr), plus les travailleurs ont du pouvoir, plus la probabilité de grèves est élevée".