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Crise sanitaire : les jeunes femmes deux fois plus touchées que la moyenne par les pensées suicidaires

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Les tentatives de suicide ont reculé pendant les confinements, mais ont à nouveau augmenté par la suite
Les tentatives de suicide ont reculé pendant les confinements, mais ont à nouveau augmenté par la suite
© AFP - Joël Saget

L'Observatoire national du suicide publie ce mardi les résultats de son cinquième rapport. Il note en particulier qu'après une baisse des suicides pendant les confinements de 2020, il y a eu une forte augmentation des tentatives et des suicides. Les femmes et les jeunes sont les plus touchés.

Pour la cinquième fois depuis sa création en 2013, l'Observatoire national du suicide publie son rapport sur la santé mentale et les idées suicidaires dans la population française. Avec une particularité : c'est le premier publié depuis 2020 et donc depuis la crise du Covid-19. Pour la première fois donc, le rapport se penche sur les effets de la crise et en particulier des confinements sur le suicide.

Recul des suicides pendant les confinements

"Deux phénomènes importants" sont distingués par ce rapport. D'une part – et cela peut sembler paradoxal, car dans le même temps les indicateurs de la santé mentale ont décliné – une forte baisse des gestes suicidaires au début de la pandémie. Parmi les indicateurs utilisés pour estimer les gestes suicidaires, les hospitalisations en court séjour pour lésions auto-infligées, ont baissé de 10% en 2020 par rapport à la période 2017-2019.

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Comment expliquer cette baisse ? Le rapport de l'Observatoire national du suicide avance plusieurs pistes : le sentiment de partage d'une épreuve collective, le moindre accès à certains moyens létaux ou la surveillance accrue des proches peuvent par exemple être des facteurs de la baisse.

Les effets de la crise sont arrivés près d'un an plus tard

Pour autant, sur une période un peu plus large (de janvier 2020 à mars 2021), le nombre de décès par suicide ne semble pas particulièrement avoir baissé – il est estimé à 11 210 décès, identifiés par un algorithme analysant les certificats de décès. À 75%, les personnes qui se sont suicidées sur cette période sont des hommes.

C'est presque douze mois après l'irruption du virus dans nos vies que les effets de la situation sanitaire se sont faits ressentir sur certaines populations : "Avec le premier confinement, les syndromes dépressifs ont augmenté chez tout le monde", explique Valérie Ulrich, chargée du pilotage de l'Observatoire national du suicide. "La différence, c'est qu'assez vite chez les jeunes hommes, on est revenus à des niveaux antérieurs, alors que ce n'est pas le cas chez les jeunes femmes".

6,5% des femmes de 15 à 24 ans ont pensé à se suicider pendant la crise du Covid

Mais c'est chez les femmes que la situation s'est le plus dégradée, après la fin des confinements : "À partir de la fin 2020, un fait nouveau apparait avec une augmentation très marquée des recours aux soins pour pensées et gestes suicidaires chez les adolescentes et les jeunes femmes (...). La plus grande vulnérabilité des jeunes face à la crise sanitaire a agi comme un facteur de risque supplémentaire à une santé mentale et aux conduites suicidaires", peut-on lire.

Ainsi, les femmes âgées de 15 à 24 ans sont très nombreuses (plus de 4 sur 10) à avoir présenté un syndrome dépressif au moins une fois au cours de la période étudiée – contre une personne sur quatre en moyenne dans le reste de la population. Au total, 6,5% des femmes entre 15 et 24 ans ont pensé à se suicider pendant la crise du Covid : c'est presque trois fois plus que dans la population globale, où ce taux est de 2,7%

Un écart de un à huit entre les hommes riches et les femmes modestes

Enfin, la troisième variable analysée par le rapport, ce sont les caractéristiques socio-démographiques : selon les travaux de l'Observatoire des suicides, il y a de très nettes différences entre les populations plus modestes, où les taux de gestes suicidaires sont les plus élevés, et les plus aisés. Ainsi, "pour tous les niveaux de vie, les femmes sont particulièrement vulnérables entre 15 et 19 ans" mais l'écart entre une jeune fille de cette tranche d'âge issue des 25% de ménages les plus modestes et un jeune homme de la même tranche d'âge issu des 25% les plus riches est considérable : le taux est huit fois plus élevé chez les jeunes filles modestes que chez les jeunes hommes aisés.

Mais à part les raisons économiques, il est encore difficile de comprendre pourquoi une telle différence entre les deux sexes. Elle est probablement multifactorielle selon le psychiatre Charles-Edouard Notredame, spécialiste des adolescents au CHU de Lille : "Il y a probablement des facteurs biologiques, physiologiques, notamment hormonaux. Mais il y a évidemment aussi des facteurs sociaux et culturels : chez les filles on a plus fréquemment des troubles des conduites alimentaires, beaucoup plus fréquemment des troubles de stress post-traumatique, notamment à la suite de violences sexuelles".

Outre les jeunes, l'étude pointe aussi une autres catégorie de femmes particulièrement vulnérables aux pensées suicidaires pendant cette crise, celles qui travaillent dans le domaine de la santé.

L'Observatoire, qui dépend de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, ajoute que pour une prévention efficace, il faut "une prévention globale s'appuyant sur un réseau d'acteurs entre lesquels des liens doivent être établis". Selon l'organisme, la prévention chez les jeunes n'est en effet efficace que si elle est systémique, "c'est-à-dire quand les différentes ressources s'articulent et se renforcent".