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"The French Dispatch" de Wes Anderson : "vrai désastre" ou "film extraordinaire" ? L'avis du Masque & la Plume

Affiche du film "The French Dispatch" (2020) de Wes Anderson
Affiche du film "The French Dispatch" (2020) de Wes Anderson
© AFP - SEARCHLIGHT PICTURES - AMERICAN / COLLECTION CHRISTOPHEL

Après "L'île aux chiens", le cinéaste renoue avec son style délirant et sophistiqué pour rendre hommage cette fois-ci au journalisme, à l'écriture, à l'art du récit de façon générale en réunissant un casting tout aussi débridé.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un film en noir et blanc et en couleurs, avec Timothée Chalamet, Benicio Del Toro, Bill Murray, Adrian Brody, Frances McDermott, Tilda Swinton, Mathieu Amalric en commissaire, Damien Bonnard en policier, Léa Seydoux… 

"The French Dispatch", est le titre d'un journal américain dont le rédacteur en chef, joué par Bill Murray, envoie depuis Angoulême, ses reporters aux quatre coins du pays pour enquêter sur un détenu psychopathe et peintre, sur les événements de 1968 où Timothée Chalamet monte sur les barricades, ou encore la gastronomie française version policière… Il mêle les époques, les formats, les références dans un film conçu comme un numéro spécial et nécrologique de ce French Dispatch. Visuellement comme toujours assez délirant avec Anderson, mais un peu quand même déroutant. 

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Eric Neuhoff applaudit "un film riche qui a tout du style d'Anderson !"

EN : "C'est déroutant pour les gens qui ne connaissent pas Anderson, mais sinon, on retrouve tout ce qui est bien chez lui. 

Il faut le voir deux fois tellement il est riche.

Il y a tellement de choses dans chaque image, avec des milliers de détails dans tous les coins. Il faut ouvrir l'œil en permanence. 

Le film est peut-être un peu conceptuel mais ce n'est pas grave car c'est un hommage au New Yorker, au journalisme gentil snob intello à l'ancienne. C'est obligé que ce soit comme ça. 

C'est vraiment la dévotion d'Anderson pour la France telle qu'il la rêve, tel qu'il l'a imaginée et la regrette peut-être.

C'est plein d'humour. On retrouve toute sa kyrielle d'acteurs et il y a une invention, une technique, une imagination et un plaisir de filmer tout ça, avec énormément de gags (comme les cigarettes qui s'appellent "gaullistes"). Il y a tout un tas de références marrantes, et chez Anderson, il y a une fantaisie à la Alexandre Vialatte que, pour un Texan, je trouve ça très intéressant et inattendu qu'on puisse penser à ce romancier auvergnat". 

Pour Pierre Murat, "c'est un échec total, un désastre" 

PM : "C'est un cas d'école. Il faudrait enseigner ça dans toutes les universités. 

Comment un cinéaste relativement doué peut en arriver à rater un film aussi totalement ? Il n'y a pas un gag qui soit réussi…

Je n'ai jamais vu ça. C'est un désastre… Pourtant, ça pourrait être bien. Le premier sketch avec Léa Seydoux et un psychopathe qui est génie de la peinture…. Mais c'est tellement maladroit que ça en devient très lent. C'est un échec total…"

Ce n'est pas grave, il a du talent, il fera autre chose.

Eve Bettan a adoré et salue "un film qui en donne même trop"

EB : "Il fait ce que fait le rédacteur en chef de ce journal. Il laisse toute liberté à des gens qu'il estime doués pour raconter l'histoire qu'ils veulent et il pense que ça pourrait intéresser, même à Kansas City. 

Tout le film est comme dans un journal.

Qu'est-ce qui fait le tout ? C'est la couleur de l'ensemble. C'est l'âme du journal, c'est le regard car il te montre des exilés qui sont reconnaissants vis-à-vis de la France. 

Je l'ai vu deux fois. La première fois, je reconnais que, au bout d'un moment, on est terrassé. J'ai envie de dire qu'il y en a trop, et qu'il faut mettre arrêt sur images que je puisse digérer, c'est un peu beaucoup. 

Mais, pour une fois, c'est un film qui vous donne trop alors que certains films vous donnent rien !

Xavier Leherpeur déplore "un film inepte"

XL : "Il n'y a aucune liberté laissée aux comédiens, ni aux spectateurs. 

J'ai eu l'impression de garder mon petit cousin jouant avec sa super boîte de Polly Pocket toute l'après-midi devant moi… Oui oui c'est très bien… Deux fois, trois fois, quatre fois, dix fois… 

C'est inepte en termes de scénario

Dans les dialogues, il y a une sorte de faux James Baldwin dans le troisième sketch qui se perd dans un commissariat, ce qui permet à Anderson de faire 28 décors inutiles, hyper chers que le pauvre type traverse. 

Sans compter ce dialogue absolument génial… "J'ai la phobie des labyrinthes, je m'y perds toujours, c'est compliqué pour un homosexuel". Si tu arrives à m'expliquer cette phrase-là en moins de deux heures, je suis absolument ravi parce que, là, j'ai loupé un épisode ! 

C'est la peur de l'écran vide. C'est constamment saturé de quelque chose pour faire croire qu'on fait de la mise en scène. Mais ce n'est pas de la mise en scène. Ce n'est rien d'autre qu'une espèce d'exercice de petit malin qui adore ce qu'il fait et qui se fout totalement de savoir quel plaisir on peut en prendre. 

Je suis désolé, on n'y prend aucun plaisir. C'est de la grammaire théâtrale comme on en a vues des milliards de fois

Sophie Avon : "c'est un film absolument extraordinaire"

SA : "Oui, c'est un film conceptuel. Oui, c'est un film qui est riche. Oui c'est un film qui prend la tête. Oui c'est un film qui prolifère. Oui, il faut le revoir deux fois, mais, pour une fois, on a du travail en tant que spectateur dans ce film-là ! C'est extraordinaire ce qu'il arrive à faire ! 

Je ne sais pas si c'est un film de grand malade ou un grand film de malade ! Il y a du génie, c'est délirant, c'est magnifique

C'est un hommage à toutes les formes narratives : au récit, à l'écriture, aux plumes, aux grands récits journalistiques… Lui, il trouve des équivalences extraordinaires en termes de mise en scène, de grammaire cinématographique. 

C'est à la fois funèbre, c'est un embaumement et, en même temps, comme ça va très vite". 

C'est du vif argent ce film.

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"The French Disptach" de Wes Anderson

7 min

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