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Thomas Pesquet dans l'espace : saison 2

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L'astronaute Thomas Pesquet, lors d'un entrainement au Texas, juin 2020
L'astronaute Thomas Pesquet, lors d'un entrainement au Texas, juin 2020
© AFP - Bill STAFFORD / NASA

La NASA a officiellement présenté l'équipage qui passera les 6 prochains mois dans la Station Spatiale Internationale lors d'une conférence de presse. Parmi les 4 astronautes, le Français Thomas Pesquet, qui s'est dit impatient de (re)partir.

Chacun dans sa lucarne pour une conférence de presse virtuelle... une de plus. Pourtant, entre ces quatre-là, le courant semble continu. L'équipage du prochain vaisseau Crew Dragon est apparu souriant et très complice lors de la conférence de presse organisée depuis les locaux de la NASA à Houston. La date de départ devrait être le 20 avril pour Robert Kimbrough le commandant, Meghan Mc Arthur la pilote et les deux spécialistes mission le japonais Aki Hoshide et Thomas Pesquet, mais, a tenu à préciser Benji Reed le directeur en charge des équipages chez SpaceX, "on ne partira que si on est certains d'être prêt". 

C'est un vaisseau d'occasion, entièrement révisé, qui transportera l'équipage jusqu'à l'ISS au printemps. Ils voleront en effet à bord de la capsule qui a servi en mai 2020 au premier vol habité de validation avec à bord Doug Hurley et Robert Benhken. Bien sûr, quelques valves, quelques composants, le parachute et le bouclier thermique ont été changés, mais pour le reste, c'est la même capsule. Les quatre astronautes ont déclaré lui faire entièrement confiance. La seule femme du bord, Meghan Mc Arthur, n'a aucune raison d'être anxieuse : c'est son mari qui était à bord du vol inaugural ! En dépit de la crise sanitaire, depuis leur sélection en juillet dernier, ils ont réalisé leur entrainement en solitaire ou en groupe. L'essentiel en Californie, là où se trouvent les locaux de Space X et un peu à Houston. Thomas Pesquet n'est guère revenu en Europe depuis l'été dernier, contraignant son employeur, l'Agence Spatiale Européenne, à une médiatisation limitée de la mission ALPHA. À ce jour, par exemple, Thomas Pesquet n'a toujours pas pu se rendre au CADMOS à Toulouse, où 12 expériences ont été spécialement préparées pour cette mission par le CNES

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Beaucoup de travail scientifique

L'équipe de Remi Canton, chef de projet de la mission ALPHA au CNES, se tient prêt à recevoir l'astronaute pour lui détailler les spécificités de chacune des expériences. S'il était dans l'impossibilité de faire le déplacement sur le site du CNES, pas d'inquiétudes, souligne Sébastien Barde, directeur du CADMOS : "Même si chaque expérience est particulière, le principal entrainement consiste à travailler dans ce milieu particulier qu'est l'absence de gravité". Le nombre d'expériences est tel (100 à 200 par missions) qu'il est impossible pour les astronautes d'être spécialiste de chacune. Charge alors pour les équipes au sol de concevoir des tâches faciles à comprendre et à réaliser en étant guidé à distance si besoin : "On écrit les procédures de telle sorte que, pour l'astronaute, tout est un peu pareil. Il n'est pas perturbé et peut être efficace très très vite". Alors qu'ils ne sont que 6 en permanence à bord de l'ISS, la quantité de travail est très importante avec cette organisation. Car, comme le rappelle Rémi Canton, "même si traditionnellement, les pays prévoient un certain nombre d'expériences propres, le CNES a pour mission de réaliser des expériences à mener dans l'ISS au nom de la contribution française à ce projet international. Thomas fera des expériences déjà à bord et sera le premier sujet sur les expériences qui vont monter avec lui mais ensuite, il passera le relais à l'équipage suivant" détaille-t-il. La station n'est ni plus ni moins un laboratoire, comme il en existe sur Terre. La seule spécificité est qu'il faut des professionnels de la microgravité pour réaliser le travail imaginé par des équipes terrestres : les astronautes sont en quelque sorte des opérateurs.

La science occupe l'essentiel du temps d'un astronaute en mission. "Sur une journée de 8 heures, il passe la moitié du temps à faire de la science et l'autre moitié est consacrée à la maintenance de la station et à l'exercice physique, pour rester en bonne condition physique et lutter par exemple contre l'atrophie musculaire" rappelle Sébastien Barde. 

Des défis technologiques à relever

Sur les 12 expériences préparées, le CNES met l'accent sur le développement de technologies nécessaires aux futures missions habitées sur la Lune ou Mars. La durée des missions, la difficulté de communication impose de rendre le matériel fiable et autonome. Certains défis doivent être relevés, comme la quantité de nourriture à emporter ou produire, l'accès à l'eau, le recyclage des déchets. Autre point clé : l'exposition aux radiations cosmiques. Bien supérieures à celles reçues sur Terre, elles doivent être quantifiées et surveillées en temps réel. Aujourd'hui, même si des dosimètres sont montés à bord de l'ISS, ce suivi de la dose n'existe pas pour les astronautes. D'où la nécessité de trouver un système qui pourrait supporter les différences importantes de température, par exemple, et être déployée. Thomas Pesquet se verra confier par les ingénieurs du CNES un dispositif de mesure qui s'appuie sur une fibre optique. "Elle peut être déployée sur une surface importante, sur une base lunaire, par exemple, pour avoir un système d'alerte répartie" explique Rémi Canton. En fournissant une mesure de surface, cela permettrait de remonter à la source radiative et d'alerter les hommes. 

Emballage à double paroi remplie de pain d'épices!
Emballage à double paroi remplie de pain d'épices!
© Radio France - sophie becherel

Il est aussi prévu de tester de drôles d'emballages : des boîtes remplies de pain d'épices, de pain de Gènes ou de madeleines ! Attention ce n'est pas le quatre-heures des astronautes qui est envoyé dans l'ISS. Le pain d'épices a une double fonction : il sert de rembourrage à la boîte, en lieu et place de mousses carbonées et bio sourcées qui sont actuellement des déchets sans intérêt une fois le contenant arrivé dans la station. Avec ces boîtes, la mousse est remplacé par une couche de biscuit glissée entre une double couche de tissu ignifugé. Ainsi, une fois le biscuit mangé, on peut compacter la boîte comme on le ferait avec un carton.

Comment rendre le sport obligatoire plus attractif

Parmi les autres dispositifs testés lors de la mission, le casque de réalité virtuelle. Il servira deux fois. D'abord pour une expérience en neurosciences : couplé avec un bras articulé avec retour de force, le casque doit faciliter le travail des astronautes quand ils travaillent sur la station. En second lieu, le casque doit servir à agrémenter les séances d'activité physique. Là-haut, la salle de sport est rudimentaire ! Un tapis roulant et un vélo (type vélo d'appartement), le tout dans un environnement qui n'a rien de cosy. Pour son deuxième séjour, après avoir enfilé le casque de réalité virtuelle et enfourché le vélo, Thomas Pesquet pourra se promener dans quelques villes d'Europe. "Le casque permet de diffuser des vidéos d'une vingtaine de minutes réalisées par un cycliste" explique Céline Thévenot, en charge de cette expérience au CADMOS. "L_e défilement de la vidéo s'adaptera à la vitesse de pédalage, l'idée était de lui apporter un peu plus de plaisir aux séances quotidiennes et de s'évader un peu dans les rues de Paris ou de Saint-Petersbourg entre autres_", précise t-elle. 

Cécile Thevenot et Rémi Canton avec le casque de réalité virtuelle au CADMOS
Cécile Thevenot et Rémi Canton avec le casque de réalité virtuelle au CADMOS
© Radio France - sophie becherel

Lors de la conférence de presse, Thomas Pesquet s'est montré enjoué et blagueur. Il a décidé cette fois-ci de s'accorder un peu plus de temps pour lui. "Lors de ma première mission", a-t-il expliqué, "j'étais tellement excité que j'avais un planning ultra-chargé. Chaque minute était mise à profit pour faire des vidéos, un journal, des photos. 

"Cette fois-ci, j'aimerais prendre le temps de boire un café en regardant par la fenêtre, parce que lorsqu'on prend une photo, on a la photo mais pas le souvenir"

Pour cette saison 2 en apesanteur, honneur à la gastronomie. Thomas Pesquet a prévu d'emporter des plats préparés par des chefs qu'il souhaite partager avec l'équipage. Son collègue japonais envisage de faire de même. Quant à Meghan McArthur, elle dit que ce qui va le plus lui manquer, c'est de faire la cuisine à bord. Avec le pain d'épices, des expériences, la tonalité de cette mission est indéniablement très gustative...