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Tom Jones : "J’aurai 81 ans cette année et mon disque est numéro 1 en Angleterre. C’est fantastique !"

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Tom Jones
Tom Jones
© Getty - .

Il a chanté avec Ella Fitzgerald, Franck Sinatra, Elvis Presley ou Stevie Wonder, et a même été anobli par la Reine d'Angleterre : Tom Jones est de retour avec "Surrounded By Time", un nouvel album de chansons qui ont marqué sa vie. Retour sur la vie d’un géant de la pop au parcours exceptionnel. Entretien.

"Surrounded By Time" est le 40e album de Tom Jones, cinq ans après "Long Lost Suitcase".  Il y propose de nombreuses reprises de chansons de Cat Stevens, de Bob Dylan et même de Michel Legrand. Tom Jones a bientôt 81 ans, une voix de baryton, et (presque) toujours autant d'énergie.

FRANCE INTER : Cela faisait longtemps que vous n’étiez pas reparti en studio !

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TOM JONES : "J’ai commencé ce disque en 2019. C’est mon fils qui m’a dit qu’il était temps de faire un album. Je n’avais pas pensé aux enregistrements depuis que la mort de ma femme cinq ans auparavant. Je n’avais pas la forme pour renter en studio. Je suis retourné sur scène et ça a été une première étape pour revenir à la musique. J’avais une chanson en tête : "I am growing old", une chanson que je chantais au Caesar Palace quand j’avais la trentaine. J’avais dit à l’époque que je la reprendrai quand je serai vieux et je crois que c’est le cas aujourd’hui !"

Tous les titres de ce nouveau disque ressemblent aux étapes de votre vie.

"Oui, toutes ces chansons reflètent une partie de ma vie. Comme cette chanson "Popstar" écrite par Cat Stevens. À l’époque je faisais mes shows à la télévision dans les années 60. Et je me rappelle Cat Stevens m’avait dit : 'Ma maison de disque veut que je devienne une popstar ! Et moi je veux faire des chansons plus importantes !'. Il a donc écrit ce titre en rébellion par rapport à sa maison de disque. Mais il y a aussi un coté positif, un sentiment de fierté  du genre : 'Regarde maman je passe à la télé !'. Ça m’a rappelé le début de ma carrière".

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"Popstar", un morceau sur le succès, donc, mais aussi sur une forme de rébellion. Vous avez dû souvent vous rebeller dans votre vie d’artiste ?

"Oui, car si tu veux chanter dans un style qui t’est propre et bien tu dois t’opposer à la mode. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai débarqué à Londres. 

Les Beatles et les Stones avaient ces cheveux lisses, ce look de petits garçons et moi j’étais là avec mon nez cassé et mes cheveux bouclés... Les labels disaient : 'ça ne marchera pas, tu es trop macho !'

C’est là que je me suis rebellé en enregistrant uniquement ce qui me plaisait. Et ça a marché ! "It’s not Unusual" a été le top de ma carrière et ça a été le premier titre que j’ai fait ! "What’s new Pussycat" est sorti peu de temps après. Je n’ai pas écrit ces chansons mais c’est moi qui les  ai choisies et je les ai interprétées à ma façon. C’était très différent de ce que faisaient les chanteurs anglais à l’époque. Ce qui n’empêchait pas que j’adorais le rock des années 50. En tournée je reprends toujours un titre de rock. Le truc c’est que comme "It’s not Unusual" est devenu un hit pop avec des cuivres, eh bien la maison de disque a voulu toujours la même chose !"

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Toujours dans ce nouveau disque, vous reprenez "Les moulins de mon cœur" de Michel Legrand. Vous l’avez déjà rencontré ?

_"_J’ai rencontré Michel Legrand au Royal Albert Hall. J’avais repris cette chanson "What are you doing the rest of your life" à la télé. C’était une mélodie extrêmement compliquée. J’avais de gros problèmes pour la chanter. Je suis allé le voir et je lui ai dit 'Dis donc Michel, la mélodie, là, elle est bien plus compliquée qu’elle n’en a l’air?! ' et il m’a répondu : 'Oui ! je l’ai faite exprès pour te piéger !'. C’était une blague bien sûr. J’ai toujours adoré ce qu’il écrivait. Il a fait des mélodies merveilleuses. C’est l’un des plus grands compositeurs français. Quand j’ai entendu "Windmills of your mind" à la fin des années 60, début 70, je me suis dit 'Quelle merveilleuse chanson' ! J’ai toujours voulu en enregistrer une version. Je l’ai fait sur ce disque mais d’une façon différente. La façon dont je scande les mots, je les ai détachés, j’ai rajouté des silences. Je donne plus de sentiment comme ça."

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Vous avez toujours été influencé par le blues et le gospel. Ce sont des influences que vous partagez d’ailleurs avec Elvis Presley !

"Oh oui parfaitement ! Quand j’ai fait "What’s new pussycat", Burt Bacharach m’a dit : 'c’est une chanson un peu dingue pour un film de fous ! Tu dois la chanter un peu comme le titre "In the midnight hour"(de Wilson Pickett, ndlr). C’est comme ça que tu vas en faire un tube'. Et ça a marché ! C’est cette attitude qui a marqué Elvis Presley lorsque je l’ai rencontré en 1965. C’est comme ça qu’on est devenu ami jusqu’à sa mort. On avait cette culture en commun, le blues, le gospel. Un jour, j’ai enregistré ce disque "From the heart", une compilation de standards américains revisités à ma sauce. Je l’ai fait écouter à Elvis et je lui ai demandé : 'Qu’est ce que tu en penses ?' et il m’a dit : 'Écoute, on ne fait pas ça ! On laisse ce genre de chansons à Franck Sinatra ! Fais comme tu veux mais moi je ne ferais pas ça !' (rires). Mais moi j’aimais ces chansons ! Et puis Franck Sinatra a écouté le disque et m’a dit exactement l’inverse : "C’est ça que tu dois faire ! Plus de choses comme ça !". J’étais tiraillé entre Elvis et Sinatra – il y a pire comme position !

Moi j’écoutais le blues et le gospel à la radio. Ces chanteurs américains chantaient les mêmes chansons d’église mais de façon si différente. C’est la façon des Noirs Américains de chanter le gospel qui m’a marqué et influencé pour toujours. Même influence pour Elvis. Un jour il m’a dit : 'Mais comment se fait-il que tu chantes comme ça ? Moi je suis né dans cet environnement mais pas toi !' Et je lui ai  répondu que simplement j’écoutais la radio !"

Auriez-vous pu faire autre chose dans la vie que chanteur ?

"Depuis l’enfance j’ai toujours voulu devenir chanteur professionnel. Toujours. J’ai pas vraiment traversé cette période délicate de la puberté en tout cas vocalement ! (rires) Physiquement mais pas vocalement. J’ai toujours eu une voix grave. Elle était plus aiguë bien sûr mais elle n’a pas changé tant que ça. Quand j’étais jeune, j’étais un ténor, aujourd’hui je suis un baryton. Tous les petits boulots que j’ai dû faire, à coté, c’est parce que je me suis marié très jeune et qu’il fallait que je ramène de l’argent à la maison. Je suis allé à l’usine jusqu’à mes 21 ans. À partir de là, j’ai commencé à chanter plus souvent dans les clubs et les pubs dans le sud du pays de Galles. C’est Gordon Mills, qui était originaire de mon quartier, qui m’a repéré. Je suis parti à Londres avec lui. Il a écrit "It’s not unusual" et c’est devenu un hit ! Ma femme connaissait mon objectif et elle m’a toujours soutenu à 100%. Elle écoutait tous mes disques et elle donnait toujours son avis. Elle avait toujours raison. Elle n’a pas pu écouter ce disque. C’est le seul. Je pense qu’elle l’aurait aimé. Aujourd’hui, je le crois, ma voix a plus de personnalité qu’autrefois. J’aurais 81 ans cette année et ce disque est numéro 1 en Angleterre. C’est fantastique !!!"

53 min