Top secret : cinéma et espionnage à la Cinémathèque Française du 21 oct 22 au 21 mai 23

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Top secret : cinéma et espionnage à la Cinémathèque Française du 21 oct 22 au 21 mai 23

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Top secret : cinéma et espionnage
Top secret : cinéma et espionnage
- Cinémathèque Française

L’exposition explore les relations imbriquées entre espionnage et cinéma, rendant compte de l’étendue et de la vitalité d’un sujet qui se déploie autant dans une histoire que dans une géographie mondiale.

De Mata Hari à Malotru, de James Bond à Edward Snowden, l’exposition Top secret : cinéma et espionnage à la Cinémathèque Française lève le voile sur les espions, héros romanesques par excellence, dont l’univers nourrit depuis toujours l’imaginaire des plus grands cinéastes. Épousant les convulsions de l’Histoire et les évolutions technologiques d’un siècle d’espionnage, le parcours célèbre un genre, ses codes et ses figures intrépides, telles Marlene Dietrich et Hedy Lamarr, actrices majeures du renseignement anti-nazi. Grandes Guerres et conflits contemporains, cryptologie et cyberspy : émaillée de gadgets, archives, costumes, artefacts historiques et œuvres d’art, une histoire de l’espionnage au cinéma, ludique et érudite.

Hedy Lamarr dans  Les Conspirateurs de Jean Negulesco - 1944
Hedy Lamarr dans Les Conspirateurs de Jean Negulesco - 1944
- Collection Cinémathèque française, Paris

►►► Au fil de l’exposition :

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  • Espionnage et cinéma : une histoire de techniques

Cinéma et espionnage ont toujours fait bon ménage, depuis les films à épisodes du muet jusqu’aux blockbusters les plus contemporains. L’agent secret, personnage mystérieux, support de tous les fantasmes et de toutes les ambiguïtés romanesques, accompagne souvent la marche de l’Histoire. Tantôt invincible, tantôt torturé, l’espion hante le cinéma d’auteur autant que de série B. Mais surtout, espionnage et cinéma partagent l’art – et la technique – de cadrer, filmer et capturer des sons et des images.

Top secret cinéma et espionnage
Top secret cinéma et espionnage
- Cinémathèque Française DR

Comment photographier et filmer des individus dans la rue sans qu’ils s’en aperçoivent, et préserver l’authenticité de la prise de vue ?

La modernité a fait basculer la suprématie du regard vers l’écoute. Poids plume, les enregistreurs de voix comme le Nagra permettent aux espions, aux reporters comme aux cinéastes de restituer des enregistrements exceptionnels

Créée en 1919 mais principalement utilisée par l’Allemagne nazie, la machine électromagnétique portative Enigma incarne la cryptologie moderne. Elle était réputée inviolable jusqu’à ce que le mathématicien britannique Alan Turing parvienne à déchiffrer son code. Cette découverte changea le cours de l’histoire : dès 1943, elle permit de « craquer » 84 000 messages par mois et d’écourter la guerre de deux ans.

Pour mener à bien leurs enquêtes, les espions filment (mission de reconnaissance ou de filature) puis diffusent ces images pour instruire leurs collaborateurs. Au sein du renseignement, le cinéma est donc un outil d’investigation essentiel.

Machine de chiffrement  électromagnétique  Enigma utilisée par l’armée allemande pendant la Seconde  Guerre mondiale Bois, métal, verre
Machine de chiffrement électromagnétique Enigma utilisée par l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale Bois, métal, verre
- DGSE – Ministère des Armées
  • Clandestines des grandes guerres (1914 – 1945)

De Protéa, férue de jiu-jitsu et première espionne de l’histoire du cinéma, à Mata Hari fusillée pour intelligence avec l’ennemi allemand (et incarnée par Greta Garbo, Jeanne Moreau ou Sylvia Kristel), le cinéma aime opérer des gros plans sur les femmes agents secrets. Marthe Richard, la Chatte, ou Mademoiselle Docteur sont autant d’héroïnes inspirées de véritables espionnes, tandis qu’Alicia Huberman, interprétée par Ingrid Bergman dans Les Enchaînés de Hitchcock, est un pur fantasme fictionnel de femme infiltrée.

Ingrid Bergman dans Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock, 1945
Ingrid Bergman dans Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock, 1945
- Tamasa Distribution

Pendant les deux Guerres mondiales, de nombreuses stars ont profité de leur aura pour travailler au sein des services de renseignement ; Joséphine Baker lors de ses voyages passe des informations classées au BCRA français (Bureau central de renseignements et d'action), et Marlene Dietrich, qui joue l’Agent X27 à l’écran, espionne les nazis pour le compte de l’OSS américain (Office of Strategic Service). Ces risques réels pris par les stars permettent de réévaluer l’importance des clandestines dans l’art du renseignement et témoignent, par comparaison, de la manière dont le cinéma les a trop souvent caricaturées par l’hyper-sexualisation du sexpionnage. Le stéréotype de la demi-mondaine vénale s’oppose à l’invisibilité de femmes courageuses et patriotes.

Mata Hari, agent H 21,  Jean-Louis Richard  1964
Mata Hari, agent H 21, Jean-Louis Richard 1964
- Collection Cinémathèque française, Paris
  • Héros des deux blocs (1945 – 1989)

Le cinéma d’espionnage de l’après-guerre s’installe pour plus de 40 ans dans une bipolarité idéologique opposant le bloc démocratique de l’Ouest au bloc communiste de l’Est, selon la règle d’or scénaristique : CIA + MI6 vs. KGB + Stasi.

Filmés par les plus talentueux cinéastes hollywoodiens (Hitchcock, Mankiewicz, Huston, Mann, Peckinpah), de super-espions résolvent les pires conflits diplomatiques sous couvert d’une paix apparente. Ils sont aidés de gadgets high tech souvent plus révolutionnaires que leurs modèles réels. Cette ère du Mythe est symbolisée à la perfection par le British James Bond, matricule 007. Affrontant aussi bien des agents soviétiques (de Bons Baisers de Russie à Goldeneye), que des membres de la société criminelle du Spectre, le loyal agent 007 est suivi à l’écran d’une cohorte d’ersatz : le débonnaire Harry Palmer, la comic-strip Modesty Blaise, le parodique OSS117, ou le psychédélique Derek Flint.

OSS 117 Rio ne répond plus, de Michel Hazanavicius
OSS 117 Rio ne répond plus, de Michel Hazanavicius
- Mandarin Films Gaumont M6 Films. Collection Gaumont. Photo. Vantoen Pjr
  • Terreur et terrorisme (1975 – 2020)

Le monde duel de la Guerre froide a fini par engendrer des espions mimétiquement bipolaires, au bord de la folie comme Carrie Mathison dans la série Homeland, créée en 2011 : des agents brisés, manipulés, souvent discrédités par les officiers mêmes qu’ils pensaient servir. S’installe un univers cinématographique démystifié, cerné d’agents doubles et de transfuges, qui propulse ses personnages dans le règne anxiogène de la désillusion et de l’opacité inauguré par Les Trois Jours du Condor (Sydney Pollack, 1975) : dans un climat post-Watergate, l’analyste d’une unité clandestine de la CIA (Robert Redford) est trahi par son propre camp. L’ère du soupçon devient le paradigme de nombreux films d’espionnages construits comme de purs thrillers paranoïaques, de Conversation secrète (Coppola) à La Sentinelle (Desplechin). Ils exhibent la réalité brutale et sordide du renseignement, rouage inhumain d’un vaste système où le simulacre est roi. La sidération devant ces dystopies vaut celle éprouvée devant des films inspirés de faits réels : dans Zero Dark Thirty (2012), récit méticuleux de la traque clandestine de Ben Laden par la CIA**, Kathryn Bigelow** met volontairement le spectateur face à des scènes d’une extrême violence.

Top secret cinéma et espionnage Cinémathèque Française  DR
Top secret cinéma et espionnage Cinémathèque Française DR
- Cinémathèque Française DR
  • Le citoyen – Espion

En ce début de XXIe siècle, chacun a les outils technologiques pour collecter de l’information, tout en tentant de déjouer les systèmes de surveillance de l’État. Au cinéma, le chef de file des citoyens espions est le geek Jason Bourne, interprété par Matt Damon dans les 5 films de la série du même nom, à partir de 2002. Ex-agent de la CIA devenu renégat, il est l’incarnation contemporaine du justicier solitaire et défie les puissants lors de scènes d’action filmées caméra à l’épaule. Dans la réalité, les modèles de Bourne sont à chercher du côté des lanceurs d’alerte non-affiliés comme Edward Snowden ou Chelsea Manning, qui ont leur seule morale pour ambition. Après avoir eu accès à des informations classées top-secrètes, ils dénoncent par voie de presse, sur Internet ou via le cinéma documentaire. Le cyber-activisme induit une prise de risque réelle. C’est dans cette perspective que les artistes qui explorent des questions de surveillance de masse proposent des stratégies de camouflage, afin d’échapper à ce que le photographe et activiste Trevor Paglen nomme les Seeing Machines (des satellites aux scanners d’aéroports). Avec le nouveau millénaire, les mythes de l’espionnage ont changé radicalement, et produisent des formes artistiques critiques inédites.

Top secret cinéma et espionnage
Top secret cinéma et espionnage
- Cinémathèque Française DR
  • Commissaires : Alexandra Midal et Matthieu Orléan
  • Scénographie : Atelier Maciej Fiszer
  • Graphisme : Atelier Bastien Morin
  • Éclairage : Hi Lighting Desing

Source Cinémathèque Française