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"Traître", "parisien", "ministre de la retraite à 65 ans" : Olivier Dussopt, candidat sous pression en Ardèche

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Le ministre Olivier Dussopt est candidat aux législatives dans la deuxième circonscription de l'Ardèche
Le ministre Olivier Dussopt est candidat aux législatives dans la deuxième circonscription de l'Ardèche
© Radio France - Maxence Lambrecq

Aux élections législatives, le nouveau ministre du Travail, Olivier Dussopt, se présente dans la 2e circonscription de l'Ardèche, où il a déjà été élu trois fois député sous la bannière socialiste. Cette fois, il subit de très nombreuses attaques.

Il est de toutes les conversations. Au cœur de cette campagne, sans y être vraiment. Il fuit les médias nationaux et n’a débattu avec aucun de ses adversaires. Candidat aux législatives dans la 2e circonscription de l'Ardèche, le ministre du Travail Olivier Dussopt reprend la formule qui a réussi à Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.

"C’est exactement la même chose", se plaint son adversaire RN, Cyrille Grangier. "On a l’impression qu’il est déjà élu, je me demande même d’ailleurs pourquoi on fait une élection, il est déjà élu, pas besoin de discourir, pas besoin de débattre". "C’est un Parisien qui vient de temps en temps en vacances en Ardèche", renchérit la NUPES. "Candidat quand je le peux, ministre autant que je le dois", répond Olivier Dussopt à France Inter, reprenant les mots du chef de l’Etat. Le nouveau ministre du Travail n’a libéré qu’en moyenne deux jours par semaine à sa circonscription. "J’ai entièrement confiance en ma suppléante", assume-t-il.

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"Ici, on élit un député, pas un ministre"

"C’est une suppléante fantôme", tacle le candidat LR, Marc-Antoine Quenette, en plein tractage sur le marché de St Péray. "Elle n'est nulle part : ni sur le terrain, ni même sur l’affiche officielle. Elle a été placée et ne connaît personne, c’est son point faible", poursuit-il. "Il ne faut pas se tromper d’élection : Olivier Dussopt ne veut pas être député, il veut être ministre. Ici, on élit un député, pas un ministre". L’angle d’attaque est tout trouvé. "Moi, j’ai le soutien de quasiment tous les maires de la circonscription, de droite, de gauche, sans étiquette. Ils veulent un vrai représentant du territoire." Le successeur d’Olivier Dussopt, à la mairie d’Annonay, principale commune de la circonscription, Simon Plenet (PS) ne s’est toujours pas prononcé publiquement.

La suppléante en question s’appelle Laurence Heydel Grillère. Adjointe au maire de Glun, un petit village de la circonscription, elle se dit "militante de la première heure de La République En Marche", alors qu’Olivier Dussopt est lui "un socialiste, un homme de gauche". "S’il est élu, c’est moi qui siégerai pour lui à l’Assemblée, je dis bien pour lui", insiste la référente LREM de l’Ardèche, que l’on retrouve sur une péniche à Tournon-sur-Rhône, face aux célèbres coteaux de l’Hermitage.

La suppléante d'Olivier Dussopt, Laurence Heydel Grillère, référente LREM en Ardèche
La suppléante d'Olivier Dussopt, Laurence Heydel Grillère, référente LREM en Ardèche
© Radio France - Maxence Lambrecq

La deuxième difficulté pour Olivier Dussopt réside dans son parcours. Proche de Benoît Hamon, puis de Martine Aubry, et enfin de Manuel Valls pendant la primaire de la gauche, il a décroché en 2017 un troisième mandat de député sous pavillon socialiste "dans une démarche constructive", face à une candidate LREM (43%). Six mois plus tard, le 24 novembre, Emmanuel Macron l’a nommé secrétaire d’État, puis ministre délégué aux Comptes publics en 2020. À l’Assemblée, sa suppléante, Michèle Victory a choisi de rester dans le groupe PS. Si elle l’avait pu, elle se serait présentée contre lui, mais une suppléante ne peut affronter son député.

"Pour détourner un avion, il faut monter dedans"

"Si vous voulez boire un coup, c’est maintenant !". La quatrième réunion publique du candidat de la NUPES va commencer dans le jardin public du village de St Félicien. Les cloches de l’église sonnent sept fois. "Moi, c’est Christophe Goulouzelle, je suis commercial dans l’agroalimentaire : pour détourner un avion, il faut monter dedans", précise d’emblée l’aspirant député.

Devant lui, une cinquantaine de personnes assises dans l'herbe ou sur des chaises en plastique, dont d’anciens fidèles d’Olivier Dussopt au PS. "C’est un traître, il a tourné sa veste, j’espère que les électeurs s’en souviendront", soupire Marie. "C’est une girouette. On ne peut pas être élu avec une étiquette et faire une politique à l’inverse pour sa gloriole personnelle", enchaîne Claude, lui aussi retraité.

A l'issue de sa réunion publique, le 7 juin à St Félicien, le candidat de la NUPES, Christophe Goulouzelle, échange avec une sympathisant
A l'issue de sa réunion publique, le 7 juin à St Félicien, le candidat de la NUPES, Christophe Goulouzelle, échange avec une sympathisant
© Radio France - Maxence Lambrecq

"Emmanuel Macron va lui demander de faire la retraite à 65 ans, il va la faire", peste Christophe Goulouzelle. "Et s’il lui demande de planter des tomates en haut de la Tour Eiffel, je pense qu’il ira." Le ministre du Travail est, en effet, déjà chargé de l'épineux dossier des retraites, qui offre à ses adversaires une flèche de plus.

L’équipe du ministre relativise : "En un mois, on ne lui en a parlé que trois fois sur le terrain". "Cela ne nous pose aucun souci", ajoute sa suppléante, "et la question ne se pose pas en ces termes". À chaque fois qu’il est interrogé sur le sujet, Olivier Dussopt met en avant la retraite minimale promise à 1100€. L’équipe d’Emmanuel Macron veut faire la différence avec le "paquet pouvoir d’achat" prévu pour cet été. Dans ce département, sans train, ni autoroute, nombreux sont ceux qui mettent énormément d’argent dans les pleins de carburant.

Le candidat LR, Marc-Antoine Quenette, aux côtés de son suppléant, Pascal Balay, à St Péray
Le candidat LR, Marc-Antoine Quenette, aux côtés de son suppléant, Pascal Balay, à St Péray
© Radio France - Maxence Lambrecq

Ruralité

L’accès aux soins est l’autre thème qui anime cette campagne. "Je suis obligé d’aller à Lyon pour voir un ophtalmo", s’énerve Martin Chaize, jeune candidat d’Agir, la 'gauche régionaliste'. "Actuellement, je n’ai plus de dentiste, et pour le médecin généraliste, je ne sais pas combien de personnes me disent : mon médecin est parti et personne n’a pris sa relève, c’est un grave problème."

"Macron, c’est l’homme des métropoles", assène Marc-Antoine Quenette, le candidat LR. "Ici, c’est un département rural, il faut porter la voix de la ruralité, c’est ce qu’a fait Laurent Wauquiez à la région, c’est ce qu’on veut faire à l’Assemblée." Il espère profiter de la victoire de la droite aux dernières élections locales. Le département de l’Ardèche a notamment basculé, il en est un des vice-présidents. "Quatre des cinq cantons de la circo sont à droite", précise-t-il.

"Pour être tout à fait honnête, j’ai hésité longuement, personne ne s’est battu pour avoir cette circo", admet au micro Christophe Goulouzelle (NUPES). "Tout le monde part du principe qu’elle est acquise à l’enfant du pays devenu un Parisien. Il y a un trou de souris qu’on va tacher d’agrandir". Agrandir, sans arrondir les angles. "Jean-Luc Mélenchon a dit un très très gros mot l’autre jour : 'la police tue'. Il fallait surtout pas le dire", ironise le candidat. "Je pense que remettre le rôle de la police au centre de nos débats est très très important. La police est partout, même les policiers municipaux on dirait des Robocoop maintenant."

Le candidat RN, Cyrille Grangier, dans le village de St Félicien
Le candidat RN, Cyrille Grangier, dans le village de St Félicien
© Radio France - Maxence Lambrecq

Loin des polémiques, dans les petites rues de St Félicien, le discret Cyrille Grangier et sa suppléante n’oublient aucune boîte aux lettres. Même les pare-brises des voitures ont le droit à leur tract du RN. Dans cette deuxième circonscription de l’Ardèche, au second tour, Marine Le Pen a fait 4 points de plus que son score national (45,6%). Ni insécurité, ni islamisme, c’est sur la thématique de la 'France des oubliés' que le RN progresse.

Aucun sondage n’a été publié. Olivier Dussopt espère que son statut, sa notoriété, son ancienneté feront la différence. "C’est la première fois que l’Ardèche a un ministre de plein exercice". Christophe Goulouzelle (NUPES) compte sur une gauche réunie et déçue par l’attitude de leur ancien camarade. Marc-Antoine Quenette (LR), lui, mise tout sur l’ancrage local et le soutien de nombreux maires.

Les quatre autres candidats sont : Claire Guilmin (Les Patriotes), Michèle Gaillard (LO), Philippe Bory (Reconquête !) et Sébastien Gladieux (Mouvement de la ruralité).