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Twitch, Snapchat, TikTok : quand le numérique tente de reconnecter les jeunes à la politique

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Les réseaux sociaux permettent de diffuser des informations sur la présidentielle.
Les réseaux sociaux permettent de diffuser des informations sur la présidentielle.
- Capture d'écran

À quelques semaines de la présidentielle, autorités, médias et citoyens se mobilisent pour développer des outils numériques permettant de rendre la politique plus accessible, notamment aux jeunes. Convaincant ?

C'est devenu l'un des enjeux cruciaux d'une campagne électorale : l'abstention, et particulièrement celle des jeunes. À quelques semaines de la présidentielle, les candidats multiplient les outils et les comptes sur les réseaux sociaux pour séduire cet électorat. Mais les pouvoirs publics, des médias et de simples citoyens s'emparent eux aussi de la question. L'objectif est double : s'assurer que chacun ait accès au vote et rendre la politique accessible et compréhensible.

"La question de l'abstention des jeunes est préoccupante, et même de plus en plus préoccupante", souligne par exemple la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa. "Nous, responsables politiques, avons deux types d'actions à mener. La première c'est l'information sur les dates, le modus operandi, comment on fait une procuration, comment on s'inscrit sur les listes. La deuxième c'est de donner envie de voter."

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Mobiliser les réseaux sociaux pour lutter contre la mal-inscription sur les listes électorales

Pour la première étape, le gouvernement a mis en place plusieurs dispositifs pour lutter contre la non-inscription ou la mal-inscription sur les listes électorales, l'une des causes de l'abstention. Les spécialistes estiment qu'il y avait 5 millions de non-inscrits et 7 millions de mal-inscrits lors de la dernière présidentielle. 

Le dernier dispositif en date est le site elections.interieur.gouv.fr, lancé fin janvier par le ministère de l'Intérieur. Il répond aux questions essentielles : Pourquoi je vote, pour qui, qui organise les élections ? Il permet surtout de vérifier en quelques clics si on est bien inscrit sur les listes électorales, et si ce n'est pas le cas, il indique la démarche à suivre pour s'inscrire. Pour les questions relatives aux procurations, il renvoie vers un autre site nouvellement créé : maprocuration.gouv.fr. Aussi, le site elections.interieur.gouv.fr est accessible via un QR code placé sur chacune des nouvelles cartes électorales distribuées.

Par ailleurs, la ministre est en relation depuis plusieurs mois avec les principales plateformes et réseaux sociaux Twitter, Snapchat, Facebook ou encore Instagram pour "leur demander de prendre des engagements pour informer les jeunes sur les élections, donc à la fois les informer sur les dates, les objectifs, les inscriptions, etc." L'idée est de "donner l'impulsion" pour que ces plateformes se saisissent du sujet.

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Le robot conversationnel "A voté" : discuter avec un robot pour vérifier son inscription sur les listes électorales

Meta (ex-Facebook) s'est déjà lancé sur le sujet en proposant depuis début janvier "un chatbot", un robot conversationnel, sur l’application WhatsApp. Développé en partenariat avec l'association A Voté, Ouest-France et 20 Minutes, cet outil permet d'obtenir des conseils pratiques et de lutter contre la non-inscription ou la mal-inscription sur les listes électorales.

En envoyant "Bonjour" à un numéro spécifique (06 22 26 69 50), on lance le "bot" qui pose alors des questions à l'utilisateur pour vérifier son identité, savoir s'il est en âge de voter, à quelles dates. Il dirige ensuite les utilisateurs "vers le site Service-public.fr, sur lequel ils trouveront toutes les informations pour vérifier leur statut électoral", expliquait le mois dernier à France Inter Elisa Borry-Estrade, en charge des politiques publiques chez Meta.

Une trousse à outils numériques pour capter l'attention des jeunes

L'enjeu est aussi de ramener les jeunes vers le vote en leur expliquant l'intérêt de ce processus électoral. Car si l'abstention est élevée dans cette tranche d'âge (34% chez les 18-24 ans au second tour en 2017 et 40% chez les 25-34 ans), cela ne signifie pas forcément un désintérêt de la chose politique estime Marlène Schiappa : "Les jeunes ne sont pas du tout dépolitisés, ils sont engagés dans des causes, sur le climat, l'égalité femmes-hommes, la cause animale mais ils ne voient plus l'intérêt du vote.

Pour tenter de les ramener dans les isoloirs, la ministre veut expliquer le processus électoral et lutter contre les fake news qui circulent et cette "petite musique de défiance de la vie politique". Elle mise là encore sur les réseaux sociaux, avec par exemple des campagnes menées sur TikTok et Snapchat et notamment "des vidéos explicatives sur l'intérêt du vote".

Pour suivre la campagne présidentielle et en décrypter les enjeux, des internautes et des médias s'emparent de nouveaux outils car les formats traditionnels des débats et des interviews politiques ne correspondent plus forcément aux habitudes de consommation des Français, et particulièrement des jeunes. Pour certains, ce sont des formats courts et interactifs qui sont plébiscités. 

Le journal Le Monde a par exemple noué un partenariat avec Snapchat pour proposer chaque vendredi un nouveau format appelé "Speak Up". L'objectif est d'être le porte-voix des jeunes mais aussi de les inviter à débattre sur plusieurs thèmes et de les aider à faire leur choix. Concrètement, les utilisateurs du réseau social peuvent aller sur cette nouvelle chaîne et répondre à une série de questions. Ensuite, "nous récupérerons ces témoignages et en dresserons, en vidéo, une sorte de synthèse, approfondie par les connaissances d’un expert qui sera interviewé pour l’occasion", explique le journal.

De son côté, Konbini lance le programme "Ça vote ?". Quatre créateurs de contenus qui ont entre 500.000 et 1,4 million d'abonnés - Vargass (@Vargasss92), Crazy Sally (@Sally), Alexandre Gigow (@Alexandre_Gigow) et Laura Petard (@Laura_Petard), sont allés à la rencontre des 18-30 ans dans quatre grandes villes (Strasbourg, Marseille, Dunkerque et Montpellier) pour leur rappeler les modalités du vote et leur expliquer comment s'inscrire. Ces micro-trottoir seront diffusées du 1er au 26 février sur les réseaux sociaux.

Se familiariser avec la politique en moins d'une minute

L'autre réseau social où règne le format court est TikTok, plébiscité par les adolescents et jeunes adultes. Les candidats à la présidentielle s'y sont presque tous lancés. En parallèle, quelques comptes proposent de se familiariser avec l'actualité politique. C'est le cas par exemple du compte Leactu, tenu par Léa Hoüel, 20 ans, étudiante à SciencesPo Lyon. 

J'aurais moi-même aimé que quelqu'un m'explique tout ça.

Constatant que, dans son entourage et dans les commentaires de ses vidéos, beaucoup se posaient des questions sur l'élection, elle a décidé de s'intéresser de plus près à la présidentielle, "pour aider les jeunes à faire leur choix". Depuis septembre, en s'appuyant notamment sur ses cours, elle résume en moins d'une minute les points clés des programmes des candidats, les thèmes d'actualité de la campagne et vulgarise le processus électoral. 

"J'aurais moi-même aimé que quelqu'un m'explique tout ça.", explique-t-elle. Dans les commentaires, Léa reçoit beaucoup de questions et son compte est devenu un lieu de débats sur la politique. La recette fonctionne : elle totalise 125.000 abonnés et certaines de ses vidéos sont vues plus de deux millions de fois.

Des formats plus longs pour décrypter la campagne grâce à Twitch

Pour d'autres internautes, ce sont le fond, le décryptage, les coulisses qui sont primordiaux. En ce sens, de nombreux médias ont développé des podcasts spécifiques à la campagne présidentielle.

Mais les plus jeunes se donnent aussi rendez-vous sur Twitch. Le chef de file du Twitch politique français est déjà bien connu dans le paysage numérique : Jean Massiet a fêté ses six ans de présence sur la plateforme. Le streamer de 33 ans, qui intervient désormais aussi le dimanche sur France Inter, s'est fait connaître grâce à ses commentaires des séances de questions au gouvernement et ses directs de vulgarisation politique. 

Il compte désormais près de 135.000 abonnés sur Twitch. En vue du scrutin, cet ancien collaborateur de cabinets propose une revue d'actu présidentielle le lundi et un décryptage de la campagne. Ces émissions rassemblent pendant plus d'une heure plusieurs milliers de viewers (utilisateurs de Twitch), qui peuvent - et c'est tout l'intérêt - dialoguer dans le chat en direct avec Jean Massiet et lui poser des questions.

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Par ailleurs, des candidats à la présidentielle sont invités dans Backseat, une émission au format plus classique, animée par Jean Massiet et avec des chroniqueurs (vidéos que l'on retrouve ensuite sur Youtube). Le candidat du parti communiste Fabien Roussel, Anne Hidalgo et la candidate du parti animaliste Hélène Thouy se sont prêtés au jeu.

Un "droit citoyen" et un "devoir civique"

Le taux d'abstention sera une nouvelle fois très scruté le 10 et le 24 avril prochain. "Traditionnellement, la présidentielle, c'est l'élection qui attire parce que tout le monde sait qu'elle a lieu, parce que se choisir un président, c'est quand même quelque chose de très particulier", note Marlène Schiappa. "Mais on a vu quand même tellement d'abstention que c'est vrai qu'il peut y avoir un désintérêt." 

Pour la ministre, la responsabilité relève aussi des partis politiques : "Des gens qui ne vont pas voter, c'est parce qu'ils n'ont pas trouvé le candidat qui leur correspond ou qu'ils considèrent que c'est déjà gagné pour leur candidat par exemple. Donc c'est aussi aux équipes, aux campagnes, aux candidats, aux partis politiques de faire ce travail d'incitation au vote." 

Aux citoyens aussi de prendre leur part dans ce processus électoral, rappelle la ministre. "Il y a deux générations, ma grand-mère n'avait pas le droit de vote et aujourd'hui, je suis chargée d'organiser les élections dans un ministère. En deux générations, en ce qui concerne les femmes, on a quand même fait un progrès considérable en termes de droits civiques", souligne Marlène Schiappa. Pour elle, "aujourd'hui, voter, c'est un droit citoyen, mais c'est aussi un devoir civique".