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Ukraine : au moins "53 sites du patrimoine ukrainien" endommagés ou rasés, alerte l'Unesco

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Le directeur du patrimoine mondial de l'Unesco, Lazare Eloundou Assomo
Le directeur du patrimoine mondial de l'Unesco, Lazare Eloundou Assomo
- Lily Chavance/ Unesco

Le directeur du Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO s’inquiète de l’avenir des sites culturels ukrainiens. Plus de cinquante d'entre eux ont été endommagés ou détruits alors que la Russie a ratifié la Convention de la Haye. Entretien.

Mi-mars, une vingtaine de sites culturels avaient déjà été abîmés partiellement ou totalement par le conflit en Ukraine. Deux semaines plus tard, la liste a plus que doublé. Selon le dernier recensement effectué par l’Unesco, 53 sites (29 sites religieux, 16 bâtiments historiques, 4 musées et 4 monuments) ont été touchés par les combats. Le patrimoine ukrainien est en grand péril, avertit le directeur du Patrimoine mondial de l’Unesco, Lazare Eloundou Assomo. Depuis le siège parisien de l’organisation onusienne, il dresse le bilan des dommages et détaille les actions mises en place pour préserver les sites restés intacts.

FRANCE INTER : Comment procédez-vous pour établir le recensement des sites touchés par la guerre ?

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LAZARE ELOUNDOU ASSOMO : "Ce recensement est difficile à établir car les bombardements continuent, et les sites en question ne sont pas accessibles immédiatement pour pouvoir faire un bilan beaucoup plus complet. Nous communiquons d’abord avec nos contacts sur le terrain, des professionnels du patrimoine, des représentants du ministère ukrainiens de la Culture. Et nous nous aidons des images d’UNITAR-UNOSAT [ndlr : le centre satellitaire des Nations-Unies]. Par ailleurs nous consultons les bases de données mises à disposition par le gouvernement ukrainien. Grâce à ce travail, nous pouvons donc dire aujourd’hui que 53 sites, répartis dans huit régions du pays, ont été sérieusement endommagés voire totalement rasés. Au vu de la situation actuelle, je dois dire que nous sommes très, très préoccupés et nous sommes quasiment sûrs que ces chiffres que nous avons annoncés seront encore plus importants dans les jours et les semaines à venir si cette guerre ne s'arrête pas."

Six sites culturels (et un naturel) sont classés au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Sait-on s’ils ont été préservés pour l’instant ?

"À ce jour ils ne sont pas encore touchés. Mais le centre de Kiev, où se trouvent la cathédrale Saint-Sophie et un ensemble monastique très important, est toujours menacé par les combats alentours. De même, des missiles ont été tirés en périphérie de Lviv, dont le centre historique est classé. Nous avons donc très peur de trouver un patrimoine culturel complètement dévasté. Quand on aura accès à des villes comme Tchernihiv, dont le centre-ville remonte au IXe siècle et qui est protégé, on découvrira certainement des destructions terribles, de l’ampleur de celles qu'on a connues pendant la Deuxième Guerre mondiale, probablement."

Qu'est-il possible de faire pour tenter de préserver le patrimoine ukrainien?

L'Unesco a déjà mis en place un certain nombre d'actions. D'abord avec notre plaidoyer ( publié le 3 mars 2022 et à retrouver ici) pour rappeler que l'Ukraine et la Russie ont ratifié la Convention de la Haye (1954) sur la protection du patrimoine culturel en situation de conflit. Cette convention doit être respectée.

Par ailleurs, nous assistons les autorités et les associations ukrainiennes qui s’engagent tous les jours pour protéger leur patrimoine, en leur fournissant conseils et matériel. Et nous les aidons à marquer leur patrimoine avec le bouclier bleu et blanc, un emblème qui indique un message très clair : les édifices qui le portent ne doivent pas être ciblés intentionnellement, ou victimes de dommages collatéraux. Le cas échéant, c’est une violation du droit international et cela peut même constituer un crime de guerre.

Le bouclier blanc et bleu de l'Unesco apposé sur une maison du centre historique de Lviv
Le bouclier blanc et bleu de l'Unesco apposé sur une maison du centre historique de Lviv
- Alexandre Larcan/Unesco

Enfin nous avons récemment appelé à ce que les pays limitrophes contribuent à prévenir la lutte contre le trafic illicite des objets ukrainiens. Des collections, qui sont dans les musées, ont peut-être disparu ou n'ont pas pu être mises à l'abri. Il y a aussi des objets liturgiques, des reliques dans des  datant du XIe et du XIIe siècle. Si ces biens se retrouvent sur le marché, c'est une perte immense de la richesse du patrimoine ukrainien."