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"Les drones sont nos yeux" : avec les pilotes et les informaticiens de deux bataillons de drones ukrainiens

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Anastasia, pilote de drone pour l'armée ukrainienne
Anastasia, pilote de drone pour l'armée ukrainienne
© Radio France - Alexandre Abergel

100ème jour de guerre en Ukraine. Parmi les premiers enseignements de ce premier conflit de "haute intensité" en Europe depuis la 2ème guerre mondiale, l’arrivée des drones au service de l’artillerie lourde. Des technologies modernes avec les méthodes d’une guerre du siècle passée. Reportage.

Le lieu de rendez-vous est donné à la tombée de la nuit sur les bords du Boug. Anastasia et deux apprentis pilotes partent vers un camp d’entraînement tenu secret à une quinzaine de kilomètres de la ligne de front. Le fracas des obus en bruit de fond, des moustiques, ils marchent sur des douilles d’armes automatiques, s’installent sur un promontoire en terre et disposent leur drone. Un quadricoptère orange avec une caméra thermique. Anastasia ne peut pas donner les caractéristiques de l’engin mais elle précise qu’il coûte 10 000 euros et qu’il servait avant, dans le civil, pour repérer des failles sur des installations électriques.

Anastasia, pilote de drones pour l'armée ukrainienne
Anastasia, pilote de drones pour l'armée ukrainienne
© Radio France - Alexandre Abergel

Des drones d'attaque ont terrassé des blindés

Le drone s’envole, Anastasia donne ses consignes, prend des clichés. Concentrée, elle refuse de parler quand elle pilote. Car demain elle sera sur le front, au plus près des tranchées, sous le feu de l’artillerie russe. Elle ne compte plus ses missions depuis sn engagement come volontaire auprès de l’armée en 2015, un an après le début de la guerre du Donbass : "C’est dangereux parce que la télécommande et le drone émettent des fréquences radio", explique-t-elle. "Notre ennemi peut nous localiser. La plupart du temps, ils savent où nous sommes. Et ils peuvent nous bombarder. Mais on a besoin de voir. Les drones avec caméras thermiques sont nos yeux. Ils nous aident à observer du ciel."

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Une mission de renseignement périlleuse, pour recueillir des données qui seront ensuite traitées, dans le centre opérationnel du bataillon des drones. Aerorozvidka regroupe une soixantaine d’informaticiens et une communauté bien plus large. Lors de la première phase de la guerre, lorsqu’une colonne de chars russes descendait de Biélorussie vers Kiev, le bataillon a créé des drones d’attaque artisanaux qui ont terrassé des blindés. Aujourd’hui, ils se sont installés à Mikholaiv sur le front de Kherson et regroupent des informations qui permettent à l’artillerie ukrainienne d’être plus précise.

La guerre derrière des écrans

Dix informaticiens, six hommes comme Yevren et quatre femmes font la guerre derrière des écrans : "Vous pouvez voir ici les informations que l’on a reçu des pilotes de drones. Et quand on clique ici, une fenêtre s’ouvre, et il y a les photos qu’ils nous ont envoyées", détaille Yevren. "Avec le temps, les données sont de plus en plus nombreuses et enrichissent la carte. Et si on voit ensuite une concentration d’engins militaires, on envoie l’information et l’ordre peut être donné de les bombarder avec de l’artillerie lourde. On regarde la distance, la portée des armes disponibles et on choisit la plus adéquate."

Evidemment, l’armée du Kremlin utilise aussi des drones civils, un modèle chinois notamment, le Dajiang. Mais sous la pression de Kiev, le fabricant a décidé, le mois dernier, de suspendre ses activités en Russie.

Aerorozvidka, le bataillon des drones
Aerorozvidka, le bataillon des drones
© Radio France - Alexandre Abergel