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Un an, cinq ans, dix ans après un incendie : comment se régénèrent les forêts

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Photo prise après le passage des flammes dans une forêt du massif des Mayons dans le Var, le 20 août 2021.
Photo prise après le passage des flammes dans une forêt du massif des Mayons dans le Var, le 20 août 2021.
© AFP - Sylvain Thomas

En Gironde, près de 21.000 hectares de forêts ont brûlé en ce mois de juillet, et les séquelles seront visibles de longues années. Dans le massif des Maures, à Bormes-les-Mimomas, mais aussi à Lacanau, des forêts ont vécu le même sort mais aujourd’hui, la faune et la flore sont de retour.

Malgré le passage des flammes, "on voit déjà des nouvelles pousses d’herbe" sur les parcelles de forêts dévastées en Gironde, raconte un agent de l’Office national des forêts (ONF). Près de 21.000 hectares ont brulé ces derniers jours dans les secteurs de Landiras et de la Teste-de-Buch, et la question de l’après se pose déjà. Faut-il replanter ou laisser faire la nature ? Comment la nature se régénère-t-elle ? Que sont devenus, ailleurs, les forêts, les maquis, détruits par les flammes ? Nous nous sommes intéressés à quatre grand incendies survenus dans le Var en 2017 et 2021, et en Gironde en 1989 et 2011 pour voir ce qu'était devenue la végétation.

Dans le massif des Maures, un an après : "On voit bien qu’un incendie est passé"

En août 2021, un incendie monstre se déclare à Gonfaron dans le Var, puis s’étend au massif des Maures. Il dévore jusqu’à 8.000 hectares et aura des répercussions sur 70% de la réserve naturelle de la plaine des Maures.

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"La forêt commence à se régénérer, c’est globalement vert, mais on est loin d’avoir un aspect identique", constate Alain Monavon, chef du service Défense des forêts contre les incendies (DFCI) de l'ONF pour les Alpes-Maritimes. Dans certains secteurs, "la partie très boisée où le feu a été le plus violent et le plus intense, des milieux sont encore très marqués, on voit bien qu’un incendie est passé". La faune est revenue à peu près normalement, notamment les tortues d’Hermann, grande victime de l’incendie de l’été dernier.

Des filaires à feuilles étroites, des arbousiers, des bruyères repoussent. Le maquis se propage de nouveau sur les terres très sèches de la Plaine des Maures. Les chênes-lièges sont repartis, ils rebourgeonnent à partir des branches. Si juste après l’incendie, ils ont eu l’air totalement calcinés, ce n’est qu’en surface, car à l’intérieur, l’arbre est protégé. Ce n’est pas le cas des conifères : "ils ont soit disparu, réduits en cendre, soit ils sont restés à l’état de troncs calcinés", déplore Alain Monavon. En revanche, il est encore trop tôt pour savoir si la forêt arrivera à repartir. "Il faut se laisser au moins deux ans pour voir le niveau de résilience de la forêt", affirme le chef de service à l’ONF.

Autour de Bormes-les-Mimosas, 5 ans après : "On voit un maquis qui est à son état normal"

En août 2017, également dans le Var, mais plus au sud, la forêt brûle autour de Bormes-les-Mimosas. Quelque 1.600 hectares de forêt sont ravagés.

Les gens profitent de la plage alors qu'un incendie brûle une forêt derrière eux à Bormes-les-Mimosas, le 26 juillet 2017.
Les gens profitent de la plage alors qu'un incendie brûle une forêt derrière eux à Bormes-les-Mimosas, le 26 juillet 2017.
© AFP - Anne-Christine Poujoulat

Alain Monavon était déjà en poste quand les flammes ont encerclé la station balnéaire de Bormes-les-Mimosas. Cinq ans après ce gigantesque incendie, "on voit un maquis qui est à son état normal. Mais il n’y a pas encore de reconstitution forestière. La végétation a repris ses droits", observe-t-il. On peut toujours voir des traces de suie sur les chênes-lièges, et des troncs noircis par le feu. "Quand on connait les lieux, on sait les endroits où il y avait de la forêt et qui maintenant sont remplacés par du maquis."

Replanter des arbres après un incendie n’est pas la priorité, estime Alain Monavon : "Ce que l’on préconise après un incendie, c’est de laisser la chance à la forêt de se régénérer toute seule, de reconstituer d’abord le maquis, il permet aux semis d’arbres de se développer, et de reprendre leur âge adulte, cela prend 20 à 30 ans." Là où l’incendie a ravagé la forêt, ce responsable de l’ONF observe des semis de pins, "mais qui sont encore très loin d’avoir leur âge adulte".

À Lacanau, 11 ans après : "La forêt s’est régénérée toute seule"

En août 2011, à Lacanau en Gironde, 380 hectares de forêts sont ravagés dans un incendie, dans le secteur de Talaris. Les flammes toucheront une partie de la réserve naturelle de l’étang de Cousseau.

"Les deux tiers des 300 hectares détruits sont constitués d'arbres de 40 ans d’âge : il faudra 15 ans pour retrouver une forêt exploitable", se désolait Guillaume Dei, de l'Association régionale de défense des forêts contre l'incendie dans La Charente Libre, le 9 juillet 2011. Onze ans après, des pins ont été replantés, explique François Korysko, responsable de l’unité territoriale "Bassin et Sud Médoc" pour l’ONF : "Dans les zones de pins brûlés, ils ont décidé d’exploiter le peu de ce qu’il restait, ils ont retravaillé le sol et planté." Les pins ont aujourd’hui dix ans et sont hauts de trois à quatre mètres. "Cela ressemble à une forêt jeune, qui est uniforme", précise François Korysko.

Des arbres brûlés, le 5 juillet 2011, dans une forêt de Lacanau.
Des arbres brûlés, le 5 juillet 2011, dans une forêt de Lacanau.
© AFP - JEAN-PIERRE MULLER

Une petite partie de la forêt de la réserve naturelle de l’étang de Cousseau est partie en fumée. "Elle s’est régénérée toute seule", se souvient le conservateur François Sargos. "Ça ne peut pas ressembler à avant, la nature fait bien les choses. Aujourd’hui, on retrouve des pins maritimes, qui poussent très bien après un incendie, car le sol a été dégagé, mis à nu, et les graines ont poussé très vite derrière. Quelques chênes ont réussi à se sauver, quelques bouleaux. Si vous passez dans le coin, vous ne verrez pas qu’il y a eu un incendie", poursuit le conservateur.

En 2011, c’est le marais qui surtout été ravagé par les flammes, et les premières victimes étaient les invertébrés, les reptiles, les amphibiens. Cette faune est vite revenue. Ce n’est pas le cas d’un papillon emblématique des Landes de Gascogne, le Fadet des laîches, un des papillons les plus rares et les plus protégés en Europe, qui a vu son habitat brûler lors du feu de forêt. "Cela a détruit toute une génération", regrette François Sargos. Dix ans après, la population commence à se reconstituer tout doucement.

Entre le Porge et Lacanau, plus de 30 ans après : "des arbres de dix à quinze mètres de haut"

Il y a 33 ans, en juillet 1989, une nouvelle fois en Gironde, entre le Porge et Lacanau, 3.500 hectares de pin sont décimés.

Il n’y a eu aucun problème de régénération. Trente ans après, les agents de l’ONF travaillent comme si la forêt n’avait pas brûlé. Des parcelles entières ont été replantées. "On voit des arbres qui ont trente ans et on les distingue du reste de la forêt, car ces arbres sont en ligne", explique François Korysko, le responsable de l’unité territoriale "Bassin et Sud Médoc". Aujourd’hui, les arbres font entre dix et quinze mètres de haut. "Nous, derrière, on enchaîne les étapes classiques de la sylviculture, on fait des éclaircies, on enlève les plus petits". Dans une trentaine d’années, ces pins seront destinés à la coupe.