Publicité

Un officier, suspendu après l’attentat de la préfecture de police de Paris, porte plainte pour discrimination

Par
Un policier protège les abords de la préfecture de police de Paris le 3 octobre 2019 après l'attaque au couteau
Un policier protège les abords de la préfecture de police de Paris le 3 octobre 2019 après l'attaque au couteau
© AFP - MARTIN BUREAU

INFO FRANCE INTER - Deux ans après l’attaque meurtrière à la préfecture de police, le seul officier suspendu à l'époque va porter plainte contre X, pour dénonciation calomnieuse et discrimination. Un rapport de l'IGPN l'avait pourtant blanchi de tout soupçon de radicalisation.

L’attaque au couteau de la préfecture de police de Paris par l’un de ses propres agents a fait quatre morts et deux blessés, le 3 octobre 2019. Dans les semaines qui ont suivi, le préfet de police Didier Lallement a reçu plusieurs dizaines de signalements en interne pour des soupçons de radicalisation de policiers et policières. Sept fonctionnaires ont ainsi été suspendus et désarmés devant leurs collègues. 

Parmi ces sept agents et sur la base de plusieurs signalements déposés auprès de la hiérarchie de la police judiciaire, se trouve un officier, Hervé C., capitaine de confession musulmane, qui renseigne depuis plusieurs années les fichiers de fugitifs en lien avec des dossiers terroristes. Il a écopé d'une suspension de quatre mois, la durée maximale avant sa réintégration, en toute discrétion, dans un autre service, celui des fraudes à la TVA. 

Publicité

Il estime aujourd'hui avoir été discriminé et avoir fait l'objet de dénonciations calomnieuses et a décidé de porter plainte contre X, selon les informations de France Inter. 

Blanchi par les services de renseignement et un rapport de l’IGPN

Pourtant, dans les semaines qui ont suivi sa suspension fin 2019, et comme nous l’avions révélé dans l’émission Secret d’info, différentes sources au sein de la préfecture de police et du ministère de l’Intérieur assuraient alors que les services de renseignement intérieurs avaient "criblé" le capitaine, son entourage, ses liens téléphoniques et qu’il n’y avait rien à signaler. 

L’officier, musulman, a découvert cet été seulement un rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), daté du 8 juin 2020. Il s’appuie sur 17 témoignages de collègues en particulier de femmes policières et conclut à l’absence totale (y compris de signaux faibles) d’une possible radicalisation islamiste.

L'enquête n'a mis en lumière aucun manquement susceptible d'être reproché au capitaine de police Hervé C. 

"Les ressentis et les inquiétudes des agents paraissent liés à l'enquête administrative diligentée en 2011, à l'absence de communication de ses conclusions et au contexte lié à l'attentat perpétré le 3 octobre 2019 à la préfecture de police, et non à des éléments factuels et concrets quant à une éventuelle radicalisation de cet agent", poursuit le rapport_. _

"Les signalements du départ ont été passés au tamis de l’IGPN", raconte  Anass Khafif, l’un des avocats d’Hervé C. "L’inspection a rendu ses conclusions, a blanchi et inscrit noir sur blanc qu’il n’y a aucun fait matériel à reprocher à notre client…"

Vieux soupçons de radicalisation 

Pourtant, rien n’est venu du Préfet de police de Paris ces derniers mois. Aucune excuse, pas la moindre proposition de réintégration dans un service anti-terroriste. Pire encore, les avocats de l’officier parisien découvrent tout récemment l’existence du dernier rapport administratif du ministère de l’Intérieur, daté du 11 juin 2021 sur ce dossier. 

Il ne tient pas compte du dernier rapport de l’IGPN. Il reprend à nouveau les vieux soupçons de radicalisation contenus dans un rapport de l’IGS (ex IGPN) de 2011 qui s’était soldé par un classement sans suite :

Monsieur C. a déjà fait l'objet, en 2011, d'un signalement et d'une enquête interne à l'initiative de sa hiérarchie à la suite de critiques émanant de collègues résultant de sa méconnaissance notoire et manifeste, y compris durant son service, des principes de laïcité et de neutralité ainsi que pour suspicion de radicalisation.

Il précise bien que ce premier signalement "était resté sans suite".

"On le traite de terroriste !"

D’où cette plainte au pénal qui sera déposée dans les prochains jours selon Maître Khafif :  "Nous aurions pu comprendre avec le poids de l’émotion, nous aurions pu comprendre avec le poids de la responsabilité, que, au moment de la commission de cet attentat terrible, le ministère de l’Intérieur puisse se mouvoir, agir, surveiller. Très bien. Mais deux années plus tard, on le traite de terroriste ! Sans procès, sans élément, sans fait matériel, on vous assigne à un soupçon de terrorisme, un soupçon de radicalisation ; mais où va-t-on ? Toute cette attitude démontre qu’il y a eu une discrimination." 

Les deux avocats et leur client annoncent d'ailleurs qu’ils iront devant la Cour européenne des droits de l’homme si nécessaire, s’ils ne sont pas entendus à Paris.