Publicité

"Une dépendance à l’excitation que procure un feu" : pourquoi les pyromanes passent à l'acte

Par
Un avion de la Sécurité civile largue de l'eau sur des forêts en feu près de Gignac, le 26 juillet 2022.
Un avion de la Sécurité civile largue de l'eau sur des forêts en feu près de Gignac, le 26 juillet 2022.
© AFP - Sylvain Thomas

Quelque 90% des incendies sont causés par l'homme, et la moitié sont volontaires, d’après la chercheuse Julie Palix, qui a analysé le comportement de ces incendiaires et pyromanes.

Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane quand il décide d’allumer un feu de forêt ? Quelles sont les motivations et le profil des incendiaires, bien qu’une infime partie d’entre eux finissent par être retrouvés ? Dans l’Hérault et en Ardèche, deux suspects, soupçonnés d’avoir déclenchés des feux de forêts ces derniers jours, ont été arrêtés. En 2015, la docteure en psychologie Julie Palix, responsable de projets de recherche en psychiatrie à l’Université de Lausanne, a publié une note intitulée "Incendiaires et pyromanes". "Selon des données britanniques, 10 à 25% des incendies volontaires seraient à attribuer à des récidivistes pyromanes", écrit la chercheuse, et "parmi la population générale, on estime à 1% la prévalence de pyromanes chez l’adulte".

FRANCE INTER : Avez-vous établi un profil type des auteurs de ces feux criminels ?

Publicité

JULIE PALIX : "Ce sont principalement des jeunes hommes entre 18 et 35 ans, plutôt bien intégrés, qui ont une famille, un travail, qui ne sont pas totalement démunis et qui sont empreints d’un certain ennui en règle générale : ils sont à la recherche de sensations fortes.

Dans le système neuronal, le circuit de la récompense est activé. Plus on l’utilise, plus on va essayer de l’utiliser, il en veut toujours plus. On peut constater que l’incendiaire, entre ses premiers actes et ses derniers méfaits, il y a une escalade. Vu qu’il ne se fait pas prendre, il va essayer d’aller toujours plus loin. Il se défie lui-même jusqu’à être pris. Il y a une forme de dépendance à l’excitation que procure son acte. À la médiatisation, le fait que tout le voisinage en parle, voire même tout le pays."

Et pourtant, très peu d’incendiaires sont arrêtés ?

"Moins de 1% des incendiaires sont retrouvés. C’est très très peu. Les enquêtes ont un taux de réussite très faible. Et pourtant, on estime que 90% des incendies sont dus à la main de l’homme, et la moitié sont volontaires, délibérés."

Vous montrez également que les incendies peuvent inciter certains à passer à l’acte ?

"Il ne faut pas non plus négliger le phénomène de "copycat". En criminologie, ce sont des copieurs criminels : ils profitent du fait que quelqu’un sévit dans la région pour s’y mettre aussi. Ce ne sont pas des personnes à haut risque au départ, mais elles vont profiter de la médiatisation des faits. Elles vont pouvoir entretenir l’excitation et passer à l’acte.

Huit départs de feu en un jour : c’est impossible pour un seul pyromane sans se faire prendre. Par contre, il est probable qu’à la base, il y ait un incendiaire. Alors que la police est en train de mener l’enquête, dans le même temps, d’autres personnes tentent le coup dans les alentours. Elles sont quasiment certaines de ne pas être prises, car l’enquête s’intéresse au premier incendiaire. Quand il y a un départ de feu, ce n’est pas étonnant que ça passe à 20, 30,40 feux de façon folle."

Après l’incendie dans l’Hérault, un pompier volontaire, soupçonné d’avoir allumé les feux, est mise en examen. Est-ce fréquent ?

"Le pompier pyromane est un cas classique, car c’est quelqu’un qui est expert en feu et en départ de feu, il connaît toutes les techniques. Il risque d’intervenir sur le départ de feu qu’il vient de déclencher, c’est très valorisant pour lui d’être au centre de l’histoire. Il faut être un expert pour démarrer un feu, même si la végétation est très sèche. Si vous voulez mettre le feu à un bout de forêt à côté de chez vous, vous n’y arriverez pas. Le pompier pyromane, lui, est un expert en feu."