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Une grève qui n’en finit plus à l’Équipe, un quotidien qui se cherche un modèle économique viable

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14e journée de grève pour les salariés de l'Equipe
14e journée de grève pour les salariés de l'Equipe
© AFP - Martin BUREAU

Les salariés ont reconduit, jeudi, leur mouvement de grève qui entre ce vendredi dans sa 14e journée. Ils protestent contre un plan social qui conduirait à la suppression d’une cinquantaine de postes sur 350. Pour la direction il s’agit de réduire les coûts et de basculer vers un modèle numérique.

Comme pour toute la presse écrite, les ventes des éditions papier du quotidien s’érodent d’année en année : -10% tous les ans. Mais les conséquences sont peut-être encore pires pour un titre comme l’Équipe qui, depuis toujours, mise tout sur ses ventes au numéro, en kiosque. Car pour un journal qui boucle aussi tard, quand les rencontres sportives sont terminées, difficile d’envisager de développer les abonnements, sauf à construire un système propre de distribution bien trop coûteux.

Malheureusement, selon les chiffres de la direction, les ventes papier sont aujourd’hui à moins de 100.000 exemplaires par jour. Alors qu’elles étaient encore à près de 400.000 il y a une quinzaine d’année. Le modèle papier s’effrite, constate la direction, et c’est irréversible, prédit-elle.

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Et la crise sanitaire passe par là

C’est donc dans cette situation qu’est intervenue la crise sanitaire. Avec comme terrible corollaire, pour le journal, l’annulation des événements sportifs. En trois mois, le titre a perdu 20.000 exemplaires vendus par jour. Face à cette chute de lectorat, le directeur général du journal, Jean-Louis Pelé, aurait eu cette formule malheureuse que se plaisent à répéter les syndicalistes et salariés en grève : "On a gagné deux ans sur nos prévisions". Eux estiment plutôt les avoir perdues ces deux années, eux qui soupçonnent la direction de vouloir régler définitivement son sort à l’édition papier pour passer au tout numérique.

Réduire les coûts pour aller vers le numérique

Et c’est bien vers là que la direction veut amener le titre, et plus précisément vers l’élargissement de son champ d’abonnés numériques payants. La formule à 9,99 euros par mois compterait aujourd’hui déjà 295.000 abonnés, selon les chiffres de la direction, l’objectif est d’atteindre les 450.000 en 2025. Mais d’ici là, pour couvrir les pertes évaluées à 6 millions d’euros en 2021, 7 millions en 2022, 10 millions en 2023 - là encore selon les projections de la direction- il faut en passer par ce plan social chiffré à 14 millions d’euros pour réduire la masse salariale et réduire les coûts.

Une stratégie réfutée par les salariés

"Tout ce qu’ils ont en tête, c’est supprimer l’édition papier" s’emporte Francis Magois du syndicat SNJ, majoritaire, "pour faire sur le web une version low-cost de l’Équipe". "Seulement" argumente-t-il "aujourd’hui encore 75% de nos recettes viennent de la version papier". "Et puis, en terme d’effectifs, on est déjà à l’os" poursuit-il, "comment continuer à faire de la qualité avec moins de moyens ? On va entrer dans une spirale déflationniste : moins de qualité, mois de lecteurs, moins de chiffre d’affaire".

"Le virage numérique, il est absolument nécessaire" renchérit Dan Perez, journaliste gréviste de l’Équipe, "mais pour ça il faut une plus-value, de la qualité, une singularité. Sinon personne ne paiera pour lire nos articles. À qui veut-on faire croire qu’avec des emplois en moins on fera mieux".

Moins de contenu, plus de valeur ajoutée

Effectivement, comme le craignent les grévistes, la direction a déjà prévu de réduire la voilure. L’hebdomadaire France Football, titre du même groupe, va passer en mensuel. Par ailleurs "on aura moins de brèves" reconnait un porte-parole de la direction, "moins d’articles courts. Et plus globalement on aura moins de contenu sans valeur ajoutée". Ce qui pourrait se traduire, selon les grévistes par la fin de la couverture de la ligue 2 de football par exemple, et la ligue 1 seulement pour les 8 ou 9 clubs les plus importants. Moins de Top 14 de rugby aussi selon eux. Et puis surtout plus de petits clubs, plus de petits sports.

"Ce qui nous menace" conclue un journaliste en grève, "c’est de ne plus être ce qu’on a toujours été : la bible du sport en France".

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