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Une nouvelle espèce de café bientôt dans nos tasses ?

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Coffea stenophylla a été testé par un jury de professionnels du café au cours d’une protocole strict
Coffea stenophylla a été testé par un jury de professionnels du café au cours d’une protocole strict
- Cirad

Pour renouveler les saveurs et pour s’adapter au réchauffement climatique, des scientifiques ont testé une nouvelle espèce de café. "Coffea Stenophylla", c’est son nom, pourrait bien mettre fin au règne des deux espèces phares : l’Arabica et le Robusta.

Si vous êtes amateurs de café, vous n’avez pas beaucoup de choix : 99% du café consommé dans le monde est issu de deux espèces de cafés : l’Arabica et le Robusta. L’Arabica est le plus renommé des deux, celui au goût le plus subtil. Le Robusta, de son côté, porte bien son nom : il est plus facile à produire, plus résistant aux maladies et peut pousser à des températures plus élevés, jusqu’à 23°C. Plusieurs variétés existent certes au sein de ces espèce mais le constat est le même : les possibilités sont limitées. 

Les équipes de chercheurs des Jardins royaux botaniques de Kew, en Angleterre, et du Cirad, à Montpellier, ont travaillé sur une nouvelle espèce issue d’un caféier sauvage d’Afrique de l’Ouest : Coffea stenophylla. Après avoir fait tester cette espèce par un jury de professionnels du café au cours d’une protocole strict (avec par exemple une lumière rouge dans la pièce du test pour éviter de juger sur la couleur), les chercheurs ont déduit que Coffea stenophylla a "une saveur comparable à de l’Arabica haut de gamme", selon l'étude publiée dans Nature Plants. 81% des juges ont cru reconnaître l’Arabica en dégustant ce stenophylla tandis que 42% des juges ont considéré que le goût de ce café représentait une nouveauté. Il y aurait des pointes de jasmin ou de rose qui ne se retrouveraient pas dans l’Arabica.

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Le goût, mais pas seulement

Stenophylla résiste également bien mieux à de fortes chaleurs : elle se cultive à une température annuelle moyenne de 25°C, soit 2°C de plus que le Robusta, et 6°C de plus que l’Arabica. Coffea stenophylla pourrait donc remplacer à court terme les plantations de Robusta, pour un gain de goût. "Dans 50 ans, c’est-à-dire avec des conditions climatiques qui auront changé", Stenophylla pourrait même remplacer l’Arabica, selon Delphine Mieulet du Cirad, qui a coordonné la dégustation et qui a co-signé l’étude. 

"Cette espèce pourrait être essentielle pour l’avenir d’un café de haute qualité" souligne Aaron Davis, le directeur du département de recherche sur le café des Jardins royaux botaniques. "Il est vital de pérenniser la chaîne d’approvisionnement du café pour faire face au changement climatique". D’autant que cette industrie représente plusieurs milliards de dollars. 

Reste maintenant à confirmer sur le terrain les observations faites dans l’étude, notamment en vérifiant que stenophylla s’adapte bien à la culture par l’homme. Les industriels sollicités pour gouter ce café se sont montrés intéressés et pourraient investir de l’argent pour permettre au Cirad et à leurs collègues anglais de continuer leurs recherches.