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Une photographe américaine obtient le versement de droits d'auteur pour... un tableau d'Andy Warhol

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Deux des tableaux de la série Prince, exposés ici en 2003 en Espagne
Deux des tableaux de la série Prince, exposés ici en 2003 en Espagne
© Maxppp - BRAGIMO/EFE/Newscom

La photographe Lynn Goldsmith a gagné, en début de semaine, un procès contre la fondation Andy Warhol, qui gère les droits de l'artiste maître du pop art. Elle accusait le peintre d'avoir utilisé, sans respecter les droits d'auteur, une photo du chanteur Prince, pour une série de tableaux.

C'est une décision de justice qui peut s'avérer importante pour le droit d'auteur et le droit des artistes, tout particulièrement dans l'art contemporain : vendredi dernier, la cour d'appel de New-York a renversé une décision de justice favorable, en première instance, aux ayants-droit de l'artiste Andy Warhol. Elle a donné raison à la photographe Lynn Goldsmith, qui poursuivait la Fondation Andy Warhol pour violation du copyright. 

En cause, dans cette affaire, une série de tableaux de Warhol représentant le chanteur Prince, réalisés au milieu des années 80. Ceux-ci sont inspirés d'une photo prise par Lynn Goldmisth pour le magazine Newsweek, mais qui n'avaient finalement pas été utilisés. En 1984, Vanity Fair avait acheté l'un de ces portraits et demandé à Warhol d'en faire une illustration. Au final, l'artiste, pilier du mouvement du pop art, en avait tiré une série de 16 tableaux. Et la photographe ignorait leur existence... jusqu'en 2016, quand Vanity Fair les a ressortis après la mort du chanteur. 

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L'œuvre finale transforme-t-elle l'original ?

Si la justice avait donné raison à Warhol en première instance, elle a finalement reconnu que Lynn Goldsmith avait un droit d'auteur sur ces œuvres. La question à trancher pour la justice américaine est une question aussi importante que ténue : le travail de Warhol est-il "transformatif" ou "dérivatif" ? Selon les règles du droit d'auteur outre-Manche (le fameux "copyright"), il existe une notion de "fair use" (usage équitable) d'une œuvre existante, si l'œuvre qui en découle a un caractère "transformatif", c'est-à-dire qu'elle la modifie suffisamment pour que la patte de l'artiste, qui se réapproprie l'œuvre, est plus forte que celle de l'artiste d'origine. 

C'est ce qu'avait tranché la justice en première instance, citant la jurisprudence d'une affaire de 2013 opposant le photographe Patrick Cariou à l'artiste Richard Prince, spécialiste d'un mouvement nommé "appropriationisme", dont le concept est justement de se réapproprier des œuvres d'autres. La cour d'appel avait alors tranché en faveur de Richard Prince. Dans le cas de l'affaire de Warhol contre Goldsmith, le juge avait considéré que la création de Warhol avait transformé "l'image d'une personne vulnérable, mal à l'aise" en "une figure iconique, plus grande que nature"

"C'était une erreur" a noté le juge de la cour d'appel : "Le juge de district ne doit pas se prendre pour un critique d'art et chercher à trouver l'intention ou la signification des œuvres". "D'un point de vue juridique, la série Prince de Warhol est essentiellement semblable à la photo de Goldsmith (...) Pour qu'il y ait utilisation 'transformative', il faut offrir quelque chose de plus que le plaquage du style d'un artiste sur une œuvre de base". Le juge a ainsi comparé le travail de Warhol à celui d'un cinéaste au style reconnaissable qui adapterait un livre - dans ce cas, on considèrerait que le film est bien dérivé du livre, pas qu'il l'a transformé. 

Un combat judiciaire de plus de quatre ans

"Plus de cinquante ans durant, l'histoire de l'art et le consensus populaire ont confirmé qu'Andy Warhol était l'un des artistes les plus "transformateurs" du XXe siècle", a déclaré Luke Nikas, l'avocat de la Fondation Andy Warhol, qui a indiqué qu'il allait faire appel et indiqué que selon lui, cette décision "ne change rien à l'impact historique du travail d'Andy Warhol". 

En 2017, c'était cette fondation, qui gère les droits des œuvres du peintre, qui avait attaqué la première, après que Lynn Goldsmith, qui avait pris connaissance de l'existence de ces œuvres, avait réclamé des droits d'utilisation pour sa photo. "Il y a quatre ans, la fondation m'a attaquée pour obtenir qu'elle puisse utiliser ma photo sans me le demander ni avoir à payer quoi que ce soit pour mon travail", raconte la photographe, qui dit avoir attaqué en retour "pas seulement pour défendre mes propres droits, mais aussi pour tous ceux des photographes et des artistes pour qu'ils puissent vivre de leur travail et qu'ils puissent décider, quand, comment et même si ils autorisent d'autres à exploiter leur travail créatif ou leurs licences".