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Vaccins : quels pays sont favorables à la levée des brevets, quels pays sont contre ?

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Manifestation pour la levée des brevets des vaccins anti-Covid, le 11 mars à Rome, en Italie
Manifestation pour la levée des brevets des vaccins anti-Covid, le 11 mars à Rome, en Italie
© AFP - ANDREA RONCHINI, RONCHINI / NURPHOTO

Le soutien surprise des États-Unis à la levée des brevets des vaccins anti-Covid semble avoir infléchi la position d'autres pays, qui avaient jusqu'ici fait part de leurs réticences. Emmanuel Macron s'est dit ce jeudi "tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée" après s'y être d'abord opposé.

Après des mois de statut quo, les lignes sont en train de bouger. Emboîtant le pas aux États-Unis qui ont annoncé qu'ils étaient pour la levée des brevets sur les vaccins, Emmanuel Macron a fait savoir ce jeudi 6 mai qu'il y était "tout à fait favorable". L'Allemagne, de son côté, s'est dite "ouverte" à la discussion. Voilà pourtant des mois que le sujet divise la communauté internationale, opposant des pays en développement inquiets des conséquences dramatiques de la pandémie de Covid-19 et de l'inéquitable répartition mondiale des vaccins, et de l'autre des États soucieux de protéger leur industrie pharmaceutique. Passage en revue.

Ceux qui sont pour : l'Inde, l'Afrique du Sud… et maintenant la France et les USA

Le 2 octobre dernier, l'Inde et l'Afrique du Sud ont déposé devant l'Organisation mondiale du commerce une proposition visant à permettre à n'importe quel pays de produire des vaccins sans se soucier des brevets, et ce "jusqu'à ce qu'à ce qu'une vaccination largement répandue soit en place à l'échelle mondiale et que la majorité de la population mondiale soit vaccinée".

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Leur initiative a reçu le soutien d'une centaine de pays, parmi lesquels la Bolivie, le Venezuela, le Kenya, le Mozambique, le Maroc ou encore le Pakistan, qui font valoir que la levée des brevets faciliterait l'accès en temps utile à des produits médicaux abordables pour tous les pays dans le besoin en démultipliant les lieux de production.

Initialement opposés à une telle mesure, les États-Unis ont reconsidéré finalement leur position. Plusieurs personnalité démocrates, dont la présidente de la chambre des Représentants Nancy Pelosi avaient déjà apporté leur soutien aux "pro-levée". Ce mercredi, la représentante du commerce Katherine Tai a expliqué que "les circonstances extraordinaires" de la pandémie de Covid-19 "appellent à des mesures extraordinaires".

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Une décision saluée par le patron de l'Organisation mondiale de la Santé. "Je félicite les États-Unis pour cette décision historique en faveur de l'équité vaccinale, donnant la priorité au bien-être de tous partout en cette période cruciale", a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus sur Twitter.

Le revirement américain a semble-t-il eu un effet domino. Emmanuel Macron s'est déclaré ce jeudi "tout à fait favorable" à la levée des brevets. "Oui nous devons évidemment faire de ce vaccin un bien public mondial", a lancé le président français en inaugurant le premier vaccinodrome parisien. Il y a deux semaines encore, le chef de l'État s'était dit opposé à la levée immédiate de la propriété intellectuelle, estimant que la priorité était le transfert de technologie.

"Bien sûr, la Russie soutiendrait une telle approche", a quant à lui déclaré Vladimir Poutine, lors d'une réunion sur la pandémie retransmise à la télévision. Du côté de Berlin et de l'UE, pas de revirement mais un infléchissement : la cheffe de la diplomatie allemande et la présidente de la commission Ursula von Der Leyen indiquent toutes les deux ce jeudi que la discussion était ouverte.

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Ceux qui sont contre : le Japon, le Canada, la Suisse ou encore la Corée 

D'autres États, à l'inverse, ont adressé une fin de non-recevoir à l'initiative de l'Inde et de l'Afrique du Sud. Parmi ceux-ci, le Royaume-Uni, le Canada, la Suisse, l'Australie ou encore le Japon. Ils mettent en avant le fait que les laboratoires pharmaceutiques ont investi des sommes importantes pour développer des vaccins. La levée des brevets risquerait selon eux de dissuader les investissements futurs.

Les industriels soulignent de leur côté que des accords de partenariat ont déjà été passés, notamment de transferts technologiques, et parfois avec des concurrents, afin d'accélérer la production de doses. L'un des freins, expliquent-ils, n'est pas tant la question de la propriété intellectuelle que la disponibilité de certains composants (comme les nanoparticules lipidiques qui entrent dans la fabrication du vaccin Pfizer). Étendre les lieux de production risquerait de provoquer des pénuries, y compris de main d'œuvre, les personnels étant déjà difficiles à trouver.

Les négociations pourraient encore prendre de longs mois avant d'aboutir à un consensus.