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Vendée Globe : le difficile retour à la vie de terrien

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Arnaud Boissières estime qu'il faut au minimum trois semaines pour se remettre d'un Vendée Globe
Arnaud Boissières estime qu'il faut au minimum trois semaines pour se remettre d'un Vendée Globe
© Radio France - Jérôme Val

Après quatre mois de course, le Vendée Globe a tiré le rideau sur sa neuvième édition avec l’arrivée vendredi du navigateur finlandais Ari Huusela. 25 concurrents ont bouclé ce tour du monde en solitaire. Se sont-ils remis physiquement d’une telle aventure ? Comment ont-ils repris un rythme de terrien ?

Dans son atelier des Sables d’Olonne, à quelques encablures du ponton d’arrivée du Vendée Globe, Arnaud Boissières (La Mie Câline / Artisans Artipôle) veille sur son monocoque au repos. Le bateau n’a plus son mât et sa quille et va subir son chantier d’hiver. Le skipper est arrivé 15ème du tour du monde le 11 février. Un mois plus tard, il  le reconnait : c’est un peu le bazar en ce moment, dans sa vie post-Vendée Globe. "J’ai même attrapé un peu la crève", rigole-t-il.

"Une fonte musculaire des jambes"

Le skipper installé aux Sables d’Olonne a bouclé son quatrième Vendée Globe, tous finis et malgré son expérience, son retour à terre n’est jamais anodin. "En moyenne, on met trois semaines à s’en remettre", explique-t-il_. "J’ai l’impression que je ne suis pas remis physiquement. Je fais un peu de vélo d’appartement parce que j’ai vraiment les jambes toutes molles. J’ai maigri, comme tout le monde mais je n’ai pas de cannes, comme on dit. J’ai été dans une propriété viticole dans le Bordelais, on a marché un peu et au bout d’un quart d’heure, je m’essoufflais. On s’est moqué de moi. Encore une petite semaine et je serai d’aplomb._"

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Pendant plus de trois mois, ces marins n’ont pas marché : c’est impossible sur un bateau instable. Les muscles des membres inférieurs fondent. C’est un phénomène bien connu sur ces courses au long cours. "Je les comparerais presque à des astronautes qui redescendent de la station spatiale", détaille le médecin du Vendée Globe Jean-Yves Chauve_. "Je suis un peu provocateur en disant ça mais le Vendée Globe est une course de sédentaire. Un bateau, c’est 18 mètres de long donc un aller-retour, c’est à peine 40 mètres. On marche très peu sur un bateau, il y a donc une fonte musculaire. La récupération n’est pas simple et les marins peuvent avoir des troubles, des douleurs de dos comme les lombalgies, qui apparaissent suite à la course._"  

"C'est bizarre, le lit ne bouge pas et il n'est pas mouillé !"

Mais revenir à terre, c’est aussi changer d’environnement : il faut retrouver le sommeil et ce n’est pas toujours naturel. "Parfois, je me réveille la nuit en me disant : c’est bizarre, le lit ne bouge pas, il n’est pas mouillé", révèle Arnaud Boissières. Le régime alimentaire à terre, après des semaines à manger de la nourriture lyophilisée ou appertisée, peut également occasionner quelques troubles digestifs.    

Arrivé le 29 janvier, Benjamin Dutreux a repris le travail dans son chantier naval le 1er mars, une transition pas évidente à gérer
Arrivé le 29 janvier, Benjamin Dutreux a repris le travail dans son chantier naval le 1er mars, une transition pas évidente à gérer
- Bernard le Bars / Alea

Revenir à terre, c’est aussi reprendre des réflexes de terrien, quitte à être déboussolé. "Les voitures, les immeubles, les grands magasins : cette urbanisation a provoqué quelque chose en moi", raconte Clément Giraud (La Compagnie du Lit / Jiliti) qui vécu pratiquement 100 jours seul au milieu des océans. "C’est dur de passer d’un mode où l'on est tout le temps à l’extérieur à un mode où l'on est en intérieur. Les premiers jours, j’ai eu des besoins de sortir de la maison, de regarder les étoiles et d’avoir froid. Tout ça fait bizarre."

"Un vide émotionnel quand on reprend le travail"

Hors du temps et de notre monde pendant la course, il faut maintenant renouer avec la vraie vie et ce n’est pas évident, là encore. Benjamin Dutreux (Omia – Water Family), l’une des belles surprises de ce tour du monde avec sa 9ème place, est revenu aux Sables d’Olonne le 29 janvier. Il a repris le travail dans son chantier naval lundi dernier. "Dans cette course, on est passé par des émotions où l’on se retrouvait à quatre pattes au fond du bateau presque à pleurer et où on se disait qu’on n’allait pas y arriver à des émotions où l’on est en train de chanter et danser parce qu’on a gagné une place ou à réparé tel truc", se rappelle Benjamin Dutreux_. "Quand on reprend la vie active, on ne retrouvera jamais des émotions qui sont aussi basses et aussi hautes. Ça crée un vide émotionnel quand on reprend le travail._"

Il y a une chose en revanche dont les marins se seraient bien passé pour leur retour sur terre : le masque et les gestes barrières auquel ils n’échappent pas. Le contexte sanitaire les a incités à beaucoup de prudence. Être en solitaire aussi longtemps a affaibli leur système immunitaire.