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"Verdun" : Yann Moix signe "un pastiche grandiloquent" selon Le Masque

L'écrivain Yann Moix, janvier 2019
L'écrivain Yann Moix, janvier 2019
© Getty - Laurent KOFFEL / Contributeur

Après "Orléans" et "Reims, l'auteur livre le troisième tome de sa tétralogie autobiographique, où il raconte sa période d'engagement militaire dans les années 90. Un récit dans lequel il est toujours plus sentencieux avec lui-même. Un style complexe qui n'a pas manqué toutefois de saisir Le Masque.

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Voici le troisième volume de l'autobiographie de Yann Moix qui s'intitule "Au pays de l'enfance immobile". Première phrase du livre : "On nous rasa le crâne dès notre arrivée". C'est l'heure du service militaire. On est au début des années 1990. Yann Moix a une vingtaine d'années et, après un passage par Angers, il rejoint l'École d'application de l'artillerie à Draguignan, avant d'être muté au troisième régiment d'artillerie de marine à Verdun. C'est la vie de caserne qui ressemble à une prison. C'est les brimades, le maniement des armes, les grandes manœuvres, les équipées nocturnes, les feux de camp, les lits au carré, les chants martiaux et le salut au drapeau.

Moix a beau penser aux écrivains qui ont fait la guerre et connu les tranchées, il y a Aragon, Genevoix, Jünger… Il n'en mène pas large et il ne déroge pas à son image de mauvais garçon. Mais près de son Famas, il ne pense qu'à une chose, écrire. La dernière phrase de son livre : "J'avais été un homme heureux, ou presque".

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Yann Moix vient de créer une revue littéraire "Année zéro", qui paraît chez Bouquins et dont le premier numéro de 500 pages est consacré à André Gide.

Pour Elisabeth Philippe, "c'est un pastiche grandiloquent de personnages souffre-douleurs"

Si elle déplore un usage linguistique très lourd qui ne crée jamais la moindre marque d'humour, la journaliste de L'Obs admet la qualité du mélange de genres que l'auteur propose, ce qui en fait un pastiche grandiloquent : "Car c'est un peu les souffrances du jeune bidasse (simple soldat). J'avais l'impression que son personnage était un mélange d'un Ferdinand Bardamu (le fameux personnage imaginé par Louis-Ferdinand Céline) qui ne va jamais sur le front et de Princesse (du roman de Sarah Frances Hodgson Burnett), cette petite orpheline d'un dessin animé dans un pensionnat qui subit toutes les brimades des autres petites filles très méchantes avec elle. Et Yann Moix c'est un peu pareil, c'est le souffre-douleur. Quelle que soit la caserne dans laquelle il passe, il devient le souffre-douleur des officiers.

En termes d'écriture, on est presque dans un pastiche grandiloquent avec cet usage appuyé du passé simple, du conditionnel passé deuxième forme.

Il y a quelque chose de très lourd dans cet emploi de la langue, qui pourrait créer un effet de décalage, quelque chose d'assez humoristique, mais il n'y a pas d'humour, il y a rien ou très peu".

Frédéric Beigbeder salue "un livre aussi fascinant qu'original"

Le journaliste et critique au Figaro estime que l'auteur réalise un très beau mélange de genres qui vient conditionner ce troisième tome pour en faire ressortir quelque chose de plus profond, comparé aux deux précédents car "il y a tout à la fois un côté les Bidasses en folie mais aussi un côté "Full Metal Jacket", donc à la fois le comique, le tragique, puis le burlesque avec des tas de situations qui sont ridicules. Mais il y a aussi un réalisme et une vérité qui n'existent plus, dans ce brassage.

Il parle très bien de l'ennui, de cette espèce de guerre pour de faux, jusqu'au moment où il apprend la mort de son meilleur ami, accompagnée de cette phrase : "je ne parvins pas à la tristesse souhaitée". Phrase à partir de laquelle le récit bascule vers quelque chose de plus profond, de presque célinien où la potacherie devient de la poésie.

Yann Moix se trouve actuellement dans une situation où il a réussi à se faire détester d'à peu près tout le monde.

C'est le premier livre où il parle de lui-même à l'âge adulte.

Ce n'est plus l'enfant battu, ce n'est plus l'étudiant néonazi, paumé, frustré. Il devient adulte et il dit que l'armée l'a quand même rendu heureux, ce qui est complètement fou. Il a eu une enfance et une adolescence complètement pourries, violentes, martyres et, tout d'un coup, il devient au contraire heureux à l'endroit où on l'oblige à être discipliné et à porter un uniforme".

C'est un livre assez fascinant et assez original.

Arnaud Viviant saisi par "un pastiche autobiographique ponctué d'un ton sentencieux incroyable"

Le journaliste pour la revue Transfuge davantage saisi, dans ce troisième tome, par le ton punitif que s'inflige l'auteur qui commence par rappeler que "c'est le troisième volet d'une tétralogie qui devait au départ s'appeler "De la honte". Au départ, la toute première affaire dont il est question, c'est un problème de vérité. C'est un projet autobiographique et qui commence par cette phrase : "Toute ressemblance avec des personnages ayant vécu, toute similitude de noms, de lieux, de détails ne peuvent être l'effet d'une pure coïncidence et l'auteur en décline la responsabilité au nom des droits imprescriptibles de l'imagination". Imaginez si Sartre avait mis ça en épigraphe de son autobiographie "Les mots" (1964).

Puis arrive ce moment où il y a comme un pacte qu'il passe avec le lecteur où, clairement, il s'oriente du côté de la fiction.

Après, je suis d'accord avec le côté pastiche souffre-douleur, notamment avec ces deux mots qui reviennent tout le temps : "cosmos" et "bubons", qui donnent une idée exacte de l'endroit où se situe Yann Moix. Le tout accompagné d'un ton sentencieux absolument incroyable".

"Un livre rempli d'humiliation" qui n'a pas passionné Patricia Martin

S'il ne l'a pas passionnée, Patricia Martin admet que l'auteur raconte très bien l'humiliation qui l'habite. Selon la critique, le livre cloue le bec à tous ceux qui voudraient rétablir le service militaire tant l'humiliation est partout dans son livre. C'est un être qui a été humilié et qui peut-être le sera après. Je me rappelle certains de ses propos, notamment à l'époque où il était chez Ruquier à la télévision, où il éructait pour exister…

Ce livre est une clé pour mieux comprendre le personnage.

Il ne m'a pas archi passionnée, mais ce huis clos est une machine à broyer les gens, et c'est parfois sadique.

Après avoir été humilié, comment ne pas vouloir humilier à ton tour ? C'est cela qu'il montre et raconte très bien".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Verdun" de Yann Moix

9 min

📖 LIRE - "Verdun" de Yann Moix (Grasset)

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