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"Véréor", une exposition pour faire du beau avec du moche, et surmonter l'horreur des attentats

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Affiche de "Véréor", une exposition pour surmonter l'horreur des attentats
Affiche de "Véréor", une exposition pour surmonter l'horreur des attentats
- Exposition Veréor

Habitant près du bar "Le Carillon", Amélie Payan est témoin, le 13 novembre 2015, de scènes qui la traumatisent. Six ans après, la galeriste présente une exposition collective qui sublime le fracas par l'art.

Des images d'horreur la figent dans une lourde dépression. Repliée, et croulant sous les boîtes d’antidépresseurs et d’anxiolytiques qui s’amoncellent comme une barricade entre Amelie Payan et le monde… La galeriste, passionnée de dessin, décide malgré tout de s'emparer de sa souffrance d'après les attentats de novembre 2015 pour la transcender en œuvres d'art. Une quarantaine d'artistes ont répondu présent.

Garder une trace

Amelie Payan : "Le projet Véréor est né à l'été 2016. Quelques mois après les attentats que j'ai vécus de près puisqu'ils se sont déroulés sous mes fenêtres, j'ai été victime d'un stress post-traumatique. J'ai été mise sous antidépresseurs et sous anxiolytiques.

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La disparition de la trace des événements m'avait interpellée dès le lendemain des attentats. J'ai vu les agents de la Ville de Paris nettoyer le trottoir. Puis des fleurs remplacer les scènes horribles de la veille. De mon côté, je n'arrivais pas à jeter les boîtes de médicaments, et, étant entourée d'artistes, je me suis dit qu'il fallait en faire quelque chose.

J'ai commencé ma démarche sans ambition de projet artistique, mais avec l'idée de, peut-être, retrouver mes sens anesthésiés depuis un an. Il m'était par exemple impossible de lire, ou d'être émue par des images. C'était également une façon de rentrer en dialogue avec des artistes."

Dans l'exposition Véréor
Dans l'exposition Véréor
- Lisa Zordan/Vereor

Des boites d'antidépresseurs comme medium

"Au début, je me suis adressée à des personnes qui savaient ce qu'il m'était arrivé. Je ne leur disais pas grand-chose, et leur donnais l'une de mes boites. C'était très difficile de m'en séparer, c'était comme donner un organe et de dire au grand jour que je prenais des médicaments. Dès les premiers retours, j'ai vu que ce geste ne laissait pas indifférent. Certains artistes se sont confiés.

Certains ont parlé de leur rapport à la santé mentale, à la dépression ou au mal-être. Certains ont commencé à transformer cette boite, et ont ajouté de la beauté à cet objet commun. Cela m'a touchée, et les artistes étaient eux-mêmes très émus de s'exprimer sur ce sujet.

Mon réveil sensoriel a eu lieu et le projet a pris de l'ampleur. Avec Philippe Dupuy, qui m'aide sur la scénographie, on a pensé l'exposition comme un premier chapitre. Je vais continuer à envoyer des boîtes."

Photocollage et diorama

"Parmi les objets que l'on trouve dans l'exposition, il y a le photocollage numérique de Jean Lecointre. L'image est très forte. C'est une femme dans l'eau qui semble vouloir refaire surface en sortant d'un dalmatien dont la tête est une boîte de médicaments. C'est sombre décalé, et poétique.

Dans un autre genre, Mathilde Payen a fait un diorama magnifique. La façon dont elle s'est approprié la boite est très belle et très forte. L'emballage de médicaments est vu comme une petite chambre. Chaque artiste a donné une vision très différente du même objet."

Exemple d'objet exposé dans Véréor
Exemple d'objet exposé dans Véréor
- Kek/Véréor

Surmonter son silence

"Au lendemain des attentats, ma parole a été très sollicitée par les journalistes qui avaient besoin d'informations ou par la cellule de crise. Mais le recours aux mots est quasi impossible. Mon projet, lui, est dans le dialogue, pas dans une parole individuelle. Ce projet m'a réveillée. J'ai retrouvé mes sens, et des souvenirs. Et cette démarche, par la rencontre véritable avec des artistes, m'a apporté une ouverture d'esprit. "

Exposition Vereor- effets secondaires à la Bibliothèque Françoise-Sagan à Paris du 28 avril au 28 mai. Un concert avec une danseuse aura lieu le samedi 21 mai

Aller plus loin

Son ami Kek (Un coin d'humanité…) qui était avec elle ce soir-là raconte, lui aussi à sa manière, cette soirée sur son compte Instagram

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