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Vidal, Bachelot, Djebbari : ces ex-ministres qui se heurtent à la HATVP pour leur reconversion

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L'ancienne ministre de l'éducation, Frédérique Vidal, ne va pas pouvoir intégrer l'équipe d'une école de commerce
L'ancienne ministre de l'éducation, Frédérique Vidal, ne va pas pouvoir intégrer l'équipe d'une école de commerce
© AFP - Daniel Pier / NurPhoto

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a recalé un projet de reconversion de Frédérique Vidal, ancienne ministre de l'Enseignement supérieur. Avant elle, la HATVP l’avait déjà fait pour Jean-Baptiste Djebarri ou Roselyne Bachelot.

Après la politique, la reconversion, mais pas n'importe laquelle. Depuis 2013, la HATVP, Haute autorité pour la transparence de la vie publique, veille à ce qu'il n'y ait pas de conflits d'intérêts ou de risques déontologiques quand d'anciens membres du gouvernement, chefs de cabinet ou autres se réorientent dans le privé. C'est ainsi que l'institution a récemment bloqué les projets de Frédérique Vidal, après avoir fait de même pour Roselyne Bachelot et Jean-Baptiste Djebarri.

Frédérique Vidal ne peut pas devenir directrice dans un groupe d'écoles de commerces

Elle voulait rejoindre le groupe d’écoles de commerce "Skema Business School", en tant que directrice de la stratégie du développement. La HATVP lui a répondu clairement : "Le projet de Madame Vidal est incompatible avec les fonctions gouvernementales qu’elle a exercées au cours des trois dernières années, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les risques déontologiques". L’ancienne ministre a en effet pris plusieurs décisions concernant directement Skema Business School, "dont une subvention pour l'année 2021 qui a fait l'objet d'une augmentation de 20%", précise la Haute autorité.

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En revanche, Frédérique Vidal pourra bien devenir conseillère scientifique au sein de la fondation de "Skema Business School", la "Higher Education for Good". Ce poste n’est en effet pas une activité rémunérée au sein d’une entreprise au sens de la HATVP, qui ne se prononce donc pas sur cette reconversion. Dans une autre délibération, la Haute autorité a également donné un avis de compatibilité avec réserves sur le projet de l’ancienne ministre de rejoindre la Fondation européenne pour le développement du management. Frédérique Vidal y occupera un poste de conseillère spéciale du président, un poste rémunéré.

Elle devra en revanche s’abstenir de rentrer en contact, dans le cadre de ses fonctions, avec son ancien ministère ou des membres du gouvernement actuel, afin de prévenir un "risque de nature déontologique".

Roselyne Bachelot ne peut plus être chroniqueuse sur France Musique

OK pour un retour dans l’audiovisuel mais pas à Radio France. Roselyne Bachelot voulait débarquer sur l’antenne de France Musique avec un éditorial hebdomadaire et un podcast, ce qui est "incompatible avec ses anciennes fonctions gouvernementales"  selon l’avis de la HATVP rendu mi-juillet, car cela placerait l’ancienne ministre en situation de prise illégale d’intérêts. En tant qu'ex ministre de la Culture, elle avait en effet autorité sur la tutelle du service public audiovisuel, la direction des médias et des industries culturelles. L’ancienne ministre pourra en revanche devenir, par exemple, éditorialiste sur RTL et BFMTV.

La HATVP s'est prononcée contre l'arrivée de Roselyne Bachelot à France Musique
La HATVP s'est prononcée contre l'arrivée de Roselyne Bachelot à France Musique
© AFP - Xose Bouzas / Hans Lucas

Jean-Baptiste Djebbari ne peut pas rejoindre CMA-CGM

Il a été le premier des recalés. La HATVP a émis un avis d’incompatibilité pour le projet de Jean-Baptiste Djebbari de rejoindre CMA-CGM, un grand armateur français.  "Le risque déontologique nous est apparu substantiel"  expliquait en mai Didier Migaud, président de la Haute autorité, lors d'une conférence de presse à propos des projets de l'ancien ministre des Transports.

En revanche, la HATVP ne s’est pas opposée à ce que l’ancien ministre créé sa société de conseil et rejoigne la start-up Hopium, qui projette de vendre des voitures à hydrogène. Pour cette dernière, cela s’explique notamment car ces véhicules ne sont pas encore commercialisés et que l’entreprise n’a bénéficié d’aucun crédit public direct. "Le risque pénal n’existait pas, le risque déontologique pouvait être surmonté, circonscrit" a précisé Didier Migaud.

D'autres reconversions plus ou moins mouvementées

Alors que son prédécesseur, Edouard Philippe, entend peser sur les prochaines années politiquement, Jean Castex affirme qu’il en a fini avec le monde de la politique. Retour donc pour ce haut fonctionnaire à la Cour des Comptes, son corps d’origine. L’ancien premier ministre a également reçu l’accord de la HATVP pour du conseil "très ponctuel" pour la société Idverde, une entreprise paysagiste. Jean Castex a par ailleurs été nommé au conseil d’administration de l’Agence pour le financement des infrastructures de transport de France, l’AFITF, ainsi qu’au poste de président de la Fondation Agir contre l’exclusion, ce dernier poste étant bénévole. Selon Capital, il pourrait être payé 13 750 euros au total pour ces trois postes rémunérés.

Le dossier de Jean-Michel Blanquer, l’ancien ministre de l’Éducation , n’est lui pas passé entre les mains de la HATVP. Mais il n’a pas évité pour autant la polémique. Après avoir échoué à être élu député du Loiret, Jean-Michel Blanquer a obtenu un poste à l’université Paris-Panthéon-Assas, sur un "emploi dédié et nouvellement créé" suite à une demande au "caractère inhabituel, voire exceptionnel" . "Il m’a été demandé, en effet, d’envisager la possibilité d’accueillir au sein de notre université l’ancien ministre" , écrit Stéphane Braconnier, le président de la faculté. La direction est ensuite revenue sur ces propos, assurant qu’ "aucune ‘demande’ extérieure à l’université n’a précédé les échanges exploratoires entre Monsieur Jean-Michel Blanquer et les responsables compétents de l’Université."