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Violences en Corse : le gouvernement "prêt à aller jusqu'à l'autonomie" de l'île, affirme Darmanin

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Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, entame une visite de deux jours en Corse, mercredi et jeudi.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, entame une visite de deux jours en Corse, mercredi et jeudi.
© AFP - Hans Lucas / Arthur Nicholas Orchard

Dans un entretien accordé au quotidien Corse-Matin, le ministre de l'Intérieur affirme que le gouvernement est "prêt à aller jusqu'à l'autonomie" tout en mettant la condition d'un retour au calme pour permettre un "dialogue sincère en démocratie".

"Nous sommes prêts à aller jusqu'à l'autonomie" pour la Corse, a affirmé mardi soir le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin au quotidien Corse-Matin, à la veille de son arrivée dans une île en proie à la violence depuis l'agression en prison d'Yvan Colonna. Mais le préalable à toute discussion autour du futur statut institutionnel de l'île est le retour au calme, a insisté le ministre, qui sera en Corse pendant deux jours, mercredi et jeudi. "Il ne peut pas y avoir de dialogue sincère en démocratie sous la pression des bombes agricoles et la présence, ou l'omniprésence, des forces de l'ordre", a-t-il déclaré, selon quelques extraits d'un entretien avec le journal publié par celui-ci sur son site internet.

"Après, la question est de savoir ce qu'est cette autonomie. Il faut qu'on en discute", précise-t-il dans cette interview publiée en intégralité dans la version papier du journal corse. Cette question institutionnelle "sera logiquement engagée pendant le second mandat" du président Macron, s'il devait être réélu, a-t-il précisé, alors que le gouvernement tente a tout prix de trouver un moyen pour calmer les tensions

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Colonna toujours dans un état "gravissime"

Dans cet entretien, Gérald Darmanin reconnaît également une part de "responsabilité" de l'Etat dans l'agression d'Yvan Colonna le 2 mars à la maison centrale d'Arles (Bouches-du-Rhône). "Il y a une responsabilité de l'Etat en tant que protecteur des personnes qui sont sous sa responsabilité, en l'occurrence des prisonniers", dit-il, en s'engageant à faire "la vérité sur ce qui est arrivé" à Colonna dans la prison où il purgeait une peine à perpétuité pour sa participation à l'assassinat du préfet Erignac en 1998 à Ajaccio. 

Après deux semaines de grande tension et de violence, la visite du ministre de l'Intérieur est très attendu par des responsables nationalistes qui attendent enfin une "véritable solution politique" pour la Corse. Yvan Colonna se trouvait toujours dans le coma mardi après son agression par un codétenu le 2 mars dernier, dans un état "gravissime", selon son avocat Patrice Spinosi, invité de France Inter mardi matin. Ses conseils avaient annoncé lundi leur décision de demander une suspension de peine pour le berger corse, toujours entre la vie et la mort.

Violences en Corse et accusations de partialité

Mardi, avec des rassemblements devant les préfectures, les nationalistes corses ont maintenu la pression sur le gouvernement, dans un contexte toujours explosif illustré par une polémique sur une supposée partialité des pompiers, soupçonnés par certains de ne pas avoir secouru des policiers blessés pour des raisons idéologiques. Mas la soirée est restée relativement calme, avec quelque 300 personnes réunies à Ajaccio et environ 200 à Bastia, où les manifestants ont incendié un tas de palettes en bois devant la préfecture. 

Lors de cette manifestation à Bastia dimanche, qui avait réuni des milliers de personnes (7.000 selon les autorités, 15.000 selon les organisateurs), les échauffourées avaient rapidement viré à l'émeute. Au point de faire 102 blessés, dont 77 membres de forces de l'ordre, selon le dernier bilan mardi à l'AFP du procureur de Bastia Arnaud Viornery.  

"Pas encore une victoire"

Ce n'est "pas encore une victoire ni pour moi, ni pour le peuple corse", prévient ce mercredi sur franceinfo Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de la collectivité de Corse, après l'interview du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, dans Corse Matin. Gilles Simeoni estime "important" que "le ministre de l'Intérieur, au nom du Premier ministre, et probablement du président de la République, dise aujourd'hui publiquement que le gouvernement et l'État sont prêts à rentrer dans une discussion historique".