Violences faites aux femmes : des ateliers organisés à Fleury-Mérogis pour sensibiliser les détenus

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Violences faites aux femmes : des ateliers organisés à Fleury-Mérogis pour sensibiliser les détenus

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Les détenus ont regardé le film de sensibilisation "Fred et Marie".
Les détenus ont regardé le film de sensibilisation "Fred et Marie".
- Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires de Paris.

Comment prendre en charge les agresseurs, pour mieux préparer leur sortie de prison ? À l'occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes vendredi, des ateliers collectifs étaient organisés à la maison d'arrêt des hommes de Fleury-Mérogis, en Essonne.

Depuis janvier 2022, 102 hommes ont tué leur compagne selon le collectif "Féminicides par compagnons ou ex", 121 même selon le collectif "Nous Toutes". La lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par la lutte contre la récidive. Au centre de détention de Fleury-Mérogis, le SPIP, service pénitentiaire d'insertion et de probation, a organisé des ateliers collectifs à l'occasion de la journée du 25 novembre.

"On va essayer d'édulcorer leurs idées reçues, sans pour autant les juger puisqu'ils ont déjà été jugés", explique Frédéric. Il anime un atelier avec Nadia et Solim, trois CPIP (Conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation). Avant le début de la séance, il ne cache pas son appréhension : les réunions de groupe de ce type sont rares et imprévisibles.

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Vers un changement des mentalités, semer des graines dans l'esprit des détenus

À 9 heures, sept détenus entrent dans la salle de réunion. Bruyamment, ils s'assoient en cercle sur des chaises en bois. Des règles de parole sont mises en place. Tout est fait pour les mettre en confiance. Frédéric se lance : "Ça serait bien qu'en fin de journée, on voit les choses différemment, moi le premier. On peut tous changer d'avis".

Les participants sont nombreux à demander en quoi cette journée les concerne, alors qu'ils ont tous été condamnés pour des faits de violence sur conjoint. "Aujourd'hui les femmes elles veulent essayer d'être un homme face à un homme. Faut qu'elles redescendent, qu'elles restent à leur niveau ! Elles prennent trop la confiance." Les premiers mots sont provocateurs. Certains se posent en victime, comme celui qui lance : "Après il y a les vraies femmes battues qu'on voit à la télé, et les sorcières. Je peux vous dire il y a des femmes qui vous soutirent votre pognon, elles mettent le bazar dans votre vie, vous prennent vos enfants, et après cette femme va au commissariat quand elle se prend une gifle, ou même pas besoin de gifle d'ailleurs".

Alors les CPIP enfilent leur casquette de modérateur de débat. Tout en bienveillance, ils rappellent des chiffres : "Une femme sur trois dans le monde est battue, voilà on ne l'invente pas, il y a un problème de base !" Nadia et Solim, les deux femmes, interpellent les détenus : "Vous parlez d'égalité, mais pourquoi une femme ne s'habillerait pas comme elle veut ?", "si je rentre chez moi avec la peur au ventre, je suis en sécurité ?"

Pour relancer le débat, le film "Fred et Marie", sur l'emprise psychologique dans le couple, est diffusé.

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L'objectif est de pousser ces sept auteurs de violence à se mettre à la place de l'autre... Et cela fonctionne, un peu. Ils éprouvent de l'empathie pour Marie, la femme victime de violence psychologique de la part de son époux : "vraiment il la prend comme sa chose, c'est pas sa femme, il en fait ce qu'il veut", "il fait tout pour la détruire de l'intérieur, elle va finir par se suicider." Aucun homme en revanche ne s'identifie à ces personnages.

"Parfois, on n'y arrive pas"

"Notre rôle, c'est de faire évoluer la personne dans sa pensée et sa réflexion. Parfois on n'y arrive pas. Cela arrive qu'à sa sortie de détention, la personne n'ait pas réfléchi. Cela prend du temps de travailler sur les mentalités", explique Stéphanie Pellegrini, la directrice adjointe du service pénitentiaire d'insertion et de probation de l’Essonne. Cette action ponctuelle servira à appuyer les prochains rendez-vous des détenus avec leur CPIP. Il existe aussi des programmes de prévention de la récidive, où cette fois le détenu est suivi pendant six mois, en plus du suivi avec son conseiller.

Le bracelet anti-rapprochement, autre mesure de prévention de la récidive

"Notre objectif est également de préparer la sortie et de prévenir la récidive. Si on a des craintes, on va prendre les précautions nécessaires avec l'association de victimes qui suit la victime, et parfois les forces de police", ajoute la directrice adjointe. Dans l'Essonne, 17 hommes en aménagement de peine portent le bracelet anti-rapprochement. C'est l'une des six mesures annoncées lors du Grenelle contre les violences conjugales fin 2019, et l'une des cinq réalisées depuis. Pour Stéphanie Pellegrini, ce sont deux mesures complémentaires de prévention : "Le bracelet est un dispositif de surveillance, si la personne le subit sans comprendre, ça ne résoudra pas le problème de prévention de la récidive. C'est un dispositif électronique qui doit être complété par une prise en charge de la victime, et de l'auteur."

Pour conclure, la directrice adjointe du SPIP Essonne rappelle que la solution réside bien avant. Selon elle, la case prison qui n'est que le bout de la chaîne : le travail doit se faire en amont, dans l'éducation. Au sein de cette prison d'Essonne, la plus grosse d'Europe, sur les 3.700 détenus, 504 le sont pour violences conjugales. Le SPIP de l'établissement suit également 600 personnes en milieu ouvert pour ce motif.