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Viols dans la pornographie amateur : "Mon esprit n'était plus là"

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La jeune femme a participé sans le savoir, à des scènes très violentes [photo d'illustration].
La jeune femme a participé sans le savoir, à des scènes très violentes [photo d'illustration].
© Maxppp - PHOTOPQR/JOURNAL DU CENTRE

Elle fait partie de la cinquantaine de victimes identifiées dans le cadre d'une vaste enquête pour viols visant notamment deux producteurs et quatre acteurs de la plateforme de vidéos pornographiques "French Bukkake". Une jeune femme raconte, après avoir porté plainte.

A l'époque des faits, elle n'a que 20 ans. "J'étais en perdition à ce moment-là, je passais ma vie dans le monde de la nuit", raconte la jeune femme, qui souhaite rester anonyme. Elle explique qu'elle avait besoin d'argent quand une fille la contacte sur les réseaux sociaux. "Son profil était hyper bien fait, c'était la même personne sur chaque photo, elle avait une vie un peu idyllique. Elle me fait vite comprendre qu'elle gagne super bien sa vie, que je devrais faire pareil à la place de mes petits boulots. Elle m'a dit qu'elle avait des bons plans pour gagner beaucoup d'argent rapidement", explique la jeune femme_._ Au fil des échanges, elle lui parle de tournages de vidéos "à connotation sexuelle".

Des scènes très violentes

La jeune femme n'a jamais rencontré son interlocutrice mais celle-ci lui fait part de son expérience pour la rassurer. "Elle me dit que pour elle, ça s'est toujours bien passé, qu'il y a plein de filles qui font ça, que je n'ai pas à m'en faire." Elle est rapidement mise en relation avec un producteur. "J'avais besoin de me sortir de la situation dans laquelle j'étais", explique-t-elle. Les tarifs annoncés sont de 250 euros par scène et le rendez-vous a lieu dans un appartement loué sur Airbnb.

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Le producteur l’accueille à son arrivée. "Je ne savais pas qui serait là, ni combien il y aurait de personnes. Je n'avais aucune information", résume la jeune femme. Elle a du mal à raconter la suite. "C'est très flou", souffle-t-elle. La violence de la situation lui fait perdre la mémoire. Les scènes commencent avec deux acteurs puis d’autres arrivent. Il y a des allées et venues. On lui demande de faire des efforts. "Je ne savais même plus si c'était la réalité ou quelque chose d'autre, je ne savais même plus si j'étais vraiment là ou pas là, j’étais présente physiquement mais mon esprit n’était plus là", décrit-elle. Elle a depuis porté plainte pour viol, après avoir été auditionnée par les enquêteurs. 

Un faux-profil

La jeune femme a participé à deux tournages au total. Le second a eu lieu quelques temps plus tard, uniquement avec le producteur. "J’avais toujours ce besoin d’argent, il fallait que je me sorte de la situation dans laquelle j’étais", répète-t-elle. Sur les réseaux sociaux, son interlocutrice a continué de la solliciter. Elle a découvert bien plus tard qu’il s’agissait d’un faux profil. 

"On culpabilise tellement de ce qu'on a pu faire, en pensant que c'est de notre faute, alors que l'on s'est juste faite manipuler."

La jeune femme a mis longtemps à se considérer comme une victime. Un jour, elle est tombée sur un article au sujet de la procédure en cours contre les protagonistes de cette plateforme pornographique. Elle a réalisé qu’elle faisait partie de l’histoire. Si elle parle depuis, c’est pour toutes les autres victimes potentielles. "Peut-être que je peux leur donner de la force pour qu'elles décident de sortir de ces horribles souvenirs. Il faut qu’on soit nombreuses pour que ces personnes là payent."

Au moins huit personnes ont été mises en examen pour viols dans cette affaire. Le 22 octobre dernier, trois acteurs ont été placés en détention provisoire et un autre a été placé sous contrôle judiciaire. Une première salve d’interpellations avait eu lieu un an auparavant. Elles concernaient les producteurs connus sous les noms de Pascal Op et Mat Hadix ainsi qu’un recruteur qui utilisait de faux profils. Ils sont depuis en détention provisoire. Un technicien est lui placé sous contrôle judiciaire. Ils sont tous les quatre également mis en examen pour "proxénétisme" et "traite d’êtres humains" aggravés.