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Vladimir Jankélévitch, philosophe de la musique, adulé par André Manoukian

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André Manoukian. (© Getty Images/Eric Fougere-Corbis)
André Manoukian. (© Getty Images/Eric Fougere-Corbis)
© Getty

Dans "Le grand atelier" de Vincent Josse, consacré à André Manoukian, le musicien a parlé de jazz, de ses origines arméniennes mais aussi du philosophe Vladimir Jankélévitch, dont il admire la pensée et les réflexions sur la musique.

André Manoukian n'est pas seulement auteur-compositeur, pianiste, chroniqueur à France Inter, il est aussi passionné par la littérature et la philosophie. Dans "Le grand atelier" lui étant consacré, il a tout naturellement invité son ami l'écrivain Pierre Lemaître, la soprano Marie Perbost, des musiciens – Jeremy Hababou et Nesrine Belmokh — et une cheffe spécialisée dans la cuisine lyonnaise, Marie-Victorine Manoa.

Dès les premières minutes de l'émission, André Manoukian dit son admiration pour Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicologue français, d'origine russe. Penseur de la morale, engagé, enseignant à la Sorbonne pendant près de trente ans, il a aussi apporté une réflexion neuve sur la musique des XIXe et XXe siècles.

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Le grand philosophe fera l'objet de la série "Un été avec..." sur France Inter en juillet et en août. C'est la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury qui nous parlera de sa pensée tous les matins de la semaine à 7h54. Ces chroniques seront aussi à retrouver sur le site Internet de France Inter.

Pour qualifier l’œuvre de cet immense et inclassable penseur, Cynthia Fleury dit : "il est le philosophe de toutes les variations de la vie". Cela semblait évident que ce dernier s'intéresse à la musique, à ses gammes et ses grandes variations. Une évidence aussi que le passionné de musique qu'est André Manoukian développe une grande admiration pour lui. La boucle (musicale) est bouclée.

La rencontre de Manoukian avec Jankélévitch

André Manoukian, qui se définit comme autodidacte, a rencontré la pensée du philosophe grâce à la recommandation d'un libraire, comme il l'explique dans "Le grand atelier" :

"Un jour, je rentre à la Fnac, et je dis : 'donnez-moi un bouquin d'un philosophe sur la musique'. Et le gars me répond qu'il n'y a pas grand-monde dans ce domaine. Il se gratte la tête et me dit tout à coup : 'Ha, Jankélévitch, La musique et l'Ineffable !' C'est dedans que je trouve la plus belle définition de la musique. Je trouve surtout pourquoi je transpire de la moustache dès qu'une sirène chante. Il écrit : 'Il y a la muse et il y a la sirène'. La muse, elle vous inspire. On va dire qu'elle est apollinienne. Et la sirène, si vous ne vous attachez pas très fort au mât du bateau, vous plonger dans les flots de la libido."

Pour Jankélévitch comme pour Manoukian, la musique peut être irrésistible.

La musique pour séduire

Pour André Manoukian, la musique a quelque chose de l'ordre de la séduction. Il cite d'ailleurs une interrogation de Jankélévitch à ce propos : "Est-ce que la musique est un charme frauduleux ou une science exacte ?" Le pianiste de répondre que la musique se situe entre les deux.

C'est un envoûtement, une possession, comme le décrit bien André manoukian, qui reprend le philosophe :

"La musique provoque des affects, des transformations physiques du corps. Ça ne passe pas par la tête. La métaphore dont parle Jankélévitch dans La Musique et l'Ineffable*, c'est celle du joueur de flûte de Hamelin. Il joue dans un premier temps pour charmer les rats, pour les virer de la ville. Dans un deuxième temps, il n'est pas payé, donc il revient se venger et il enlève tous les enfants avec le charme de sa flûte, c'est-à-dire que Jankélévitch parle de l'envoûtement. Or envoûter, c'est mettre l'autre sous sa contrainte. Donc, quelque part, on vous enlève votre tête. D'une certaine manière, on est décérébré et pour utiliser les mots de Jankélévitch, il dit : 'On se retrouve à vibrer sous l'archet du violoniste ou sous la anche du saxophone.' Nous ne sommes plus qu'un tuyau, qui vibre, possédé par le son qui vient de l'autre. Elle est belle, cette définition."

La musique emporte tout sur son passage et fait même oublier le reste, à celui qui se laisse prendre, comme le disait d'ailleurs le philosophe chez Jacques Chancel :

"Quand vous écoutez de la musique – en concert aussi d'ailleurs —, vous ne pensez plus à rien d'autre, à votre carrière, à quelqu'un qui vous porte ombrage, à la note du percepteur à payer, à tous les soucis sordides et mesquins de la vie quotidienne."

En dehors de l'évasion qu'elle provoque, la musique peut être une grande source de plaisir.

Le plaisir procuré de la musique

Vladimir Jankélévitch définit le lien ténu entre musique et plaisir, chez Jacques Chancel toujours :

"Je ne sépare pas la musique du plaisir, mais je sais que c'est très mal vu maintenant. On me traiterait d’hédoniste, un terme dont se servent les musicologues et les grands compositeurs même. Je ne sais pas s'ils savent que c'est un terme de morale et de moraliste. Alors dans ce cas-là, je cite toujours Debussy parce que c'est Debussy qui a dit et qui a répété : 'La musique est faite pour faire plaisir.'"

"Janké", comme André Manoukian l'appelle a accompagné et accompagne encore le pianiste et critique dans sa compréhension de la musique. C'est le seul philosophe à se frotter autant à l'explication de cet art, en développant une pensée fine et pertinente, selon "Dédé", comme l'appellent ses amis.

André Manoukian, conteur hors pair nous embarque cet été à nouveau sur les routes de la musique,
pour un voyage érudit et déjanté. Vous pouvez retrouver sa chronique tous les matins de la semaine à 7h25 et le samedi après-midi en version longue. Il retrace l’histoire fascinante et méconnue de la musique qui puise sa source en Orient. Cette chronique sera suivie chaque matin d'Un été avec Jankélévitch... Hasard ou destin ?