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Voici les corrigés du bac de philosophie 2022

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Les candidats du bac général et technologique avaient quatre heures pour plancher sur les sujets de philosophie.
Les candidats du bac général et technologique avaient quatre heures pour plancher sur les sujets de philosophie.
© Getty

Art, justice, libertés, rôle de l'État... France Inter, avec Philosophie Magazine, vous propose les corrigés des sujets de l'épreuve 2022 du baccalauréat de philosophie.

Ils y ont passé quatre heures (peut-être moins pour certains...). Entre 8 heures et midi, quelques 520.000 lycéens ont planché mercredi sur l'épreuve redoutée de philosophie du bac, dans un contexte de vague de chaleur exceptionnelle sur toute la France. En partenariat avec Philosophie Magazine, France Inter vous propose des propositions de correction de ces différents sujets.

En voie générale, les candidats ont dû choisir entre un sujet sur l'art, "Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?", un autre sur l'Etat, "Revient-il à l'Etat de décider ce qui est juste ?" et un texte d'Antoine-Augustin Cournot. En voie technologique, ils travaillent sur "La liberté consiste-t-elle à n'obéir à personne ?", "Est-il juste de défendre ses droits par tous les moyens ?" ou un texte de Denis Diderot.

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Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?

Ce sujet nécessitant, pour le problématiser, de définir les pratiques artistiques et d’identifier plusieurs sens possibles au verbe "transformer" et au mot "monde" a été proposé aux candidats de filière générale.

Le corrigé : L’art est une activité de création et non de production. Il n’a pas vocation à transformer le monde, entendu ici comme nature, contrairement à un objet artisanal qui doit son existence à son utilité (première partie). Mais, pour autant, « le monde » signifie autre chose que la réalité naturelle extérieure, brute ou déjà modifiée par la technique : il est l’ensemble des relations que nous tissons en permanence avec ce qui n’est pas nous : la nature, au sens le plus banal du mot, mais aussi les autres êtres humains, les images, le langage, etc. À ce titre, les « pratiques artistiques » transforment le monde parce qu’elles modifient le rapport ordinaire, instrumental, en offrant un type particulier d’expériences (deuxième partie). De plus, les pratiques artistiques subissent elles-mêmes des transformations au cours de l’histoire qui contribuent à influencer le cours de celle-ci (troisième partie).   Lire la suite

Revient-il à l’État de décider ce qui est juste ?

Ce sujet de dissertation qui peut avoir une résonnance forte avec l'actualité, et qui revient d'une certaine manière à disserter sur ce qu'est la justice, a été proposé aux candidats de filière générale.

Le corrigé : La justice est un concept indispensable à la vie en commun, mais au sujet duquel les humains ont des désaccords profonds. Qui, dans une société, doit décider de ce qui est juste ? Le groupe dominant ? C’est donc la loi du plus fort qui risque de régner. Le plus faible alors, peut-être, afin de s’assurer que tout le monde aura sa part ? Mais ce groupe risque ne pas pouvoir faire appliquer les principes qu’il aura considérés comme justes. Serait-ce donc au plus grand nombre de décider ? Il arrive cependant aux masses de se tromper et de considérer comme justes des choses qui nuisent à des groupes minoritaires, voire à les violenter. Face à ces dilemmes, on peut être tenté de s’en remettre à l’État, en tant qu’institution "transcendante" qui s’adresse à tous les citoyens, et dont la vocation est d’organiser au mieux la société. Seulement, l’État c’est aussi une administration, une police, des services qui sont censés obéir aux citoyens autant que les contrôler. Lire la suite

Est-il juste de défendre ses droits par tous les moyens ?

Ce sujet de dissertation, qui incitait à s'interroger sur les diverses façons de défendre ses droits, y compris illégales, et les conséquences et risques éventuels, mais aussi sur l'efficacité de la justice et la confiance en celle-ci, a été proposé aux candidats de filière technologique.

Le corrigé : Lorsqu’on dit qu’on mettra en œuvre tous les moyens nécessaires pour arriver à une fin, par définition, on sous-entend qu’on est prêt pour cela à en arriver à des limites censément infranchissables. On veut dire par là qu’on ira au-delà du raisonnable, que ce soit en termes d’efforts fournis ou de manières d’agir. Dans le cadre de la garantie des droits d’un individu, l’expression suppose plus particulièrement l’éventualité de l’usage de la violence, donc de quelque chose d’a priori répréhensible et injuste. Si chacun était prêt à avoir recours à la violence pour défendre ce qu’il estime être ses droits, ne serions-nous pas en effet plongé dans un état de nature perpétuellement chaotique ? N’est-ce pas le rôle de l’État que de garantir nos droits pour éviter une telle situation ? Mais alors se pose la question de savoir si l’on peut toujours faire confiance à l’État en ce sens. S’il peut paraître légitime de ne pas laisser au seul État ce soin de défendre nos droits, certains autres moyens sont justes, mais certainement pas tous...  Lire la suite

La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne ?

Ce sujet de dissertation, qui invite à s'interroger sur ce qu'est la liberté et ce qu'elle implique, l'indépendance, l'autonomie mais aussi la responsabilité, a été proposé aux candidats de filière technologique.

Le corrigé : Lorsqu’on obéit, par définition, on se soumet. À première vue, la liberté suppose donc l’absence d’obéissance. Mais cette définition de la liberté, on le voit tout de suite, est trop restrictive et se retourne en son exact contraire car, sans obéissance aucune, les individus ne pourraient s’entendre et seraient plongés dans un état de crainte permanente et de soumission à la loi plus fort – donc dans un régime qui, par définition, exclut la liberté. Par conséquent, il faut limiter la liberté pour que la liberté existe effectivement. Mais jusqu’où l’obéissance peut-elle garantir la liberté ? Pour le savoir, explique Frédéric Manzini, professeur de philosophie, il convient de distinguer trois acceptions de la liberté, entendue comme indépendance, responsabilité et autonomie, pour faire voir que l’homme libre obéit toujours au moins à lui-même, c’est-à-dire à ses valeurs et à ce qu’il s’est lui-même prescrit.  Lire la suite

Commentaire de texte, Antoine-Augustin Cournot

En filière générale, les candidats se voyaient également proposés un commentaire d'un texte du mathématicien et philosophe Antoine-Augustin Cournot, extrait de "Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique".

Le corrigé : Sciences dures, sciences molles, sciences exactes, sciences humaines, pseudo-sciences… On ne sait plus toujours faire la distinction entre un savoir qui serait réellement scientifique et rigoureux d’une part, et celui qui ne l’est pas d’autre part. Cependant, le philosophe des sciences Antoine-Augustin Cournot, dans son Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique, met en avant des critères très établis pour tracer une frontière très nette entre la science et la psychologie ou même la philosophie, qui ne mériteraient pas d’être qualifiées de scientifiques et n’auraient donc pas la même valeur. Son texte est organisé en trois mouvements : dans un premier temps, Cournot dégage les conditions qui autorisent à qualifier une discipline de science, et dans un deuxième temps, à partir de « Mais rien de semblable [...] », il soumet la psychologie à ces critères pour conclure qu’elle n’y souscrit pas, et donc qu’il est impossible de considérer qu’il puisse exister quelque chose comme une « psychologie scientifique ». Dans un troisième temps toutefois, Cournot ne parle plus seulement de phénomènes relevant de la psychologie, mais évoque « les découvertes qu’un philosophe a faites ou cru faire dans les profondeurs de sa conscience », et son propos ne semble pas se restreindre à la seule psychologie mais s’étend à la philosophie, voire aux sciences humaines en général.  Lire la suite

Commentaire de texte, Diderot

En filière technologique, les candidats se voyaient également proposés un commentaire d'un texte de Diderot, extrait de "l'Encyclopédie".

Le corrigé : Dans ce texte de Denis Diderot, extrait de l’ Encyclopédie qu’il a co-écrite avec d’Alembert, l’auteur explique à quelles conditions un témoignage est crédible. Il relève que ces conditions sont difficilement remplies quand le témoignage est unique : l’appréciation d’un fait est nécessairement subjective, chacun le percevant en fonction de son humeur du moment, de ses habitudes de pensée, de son rapport aux faits en question. C’est pourquoi Diderot mentionne la nécessité de recouper des témoignages pour neutraliser les erreurs produites par la subjectivité. Il justifie enfin cette idée par l’argument selon lequel le fait que des hommes très différents disent la même chose ne peut être le produit d’une coïncidence et constitue une preuve en faveur de la vérité de leur témoignage. En résumé, si beaucoup d’hommes opposés en raison de leur appartenance à des cultures très dissemblables, disent la même chose à propos d’un fait, ce ne peut être lié à des préjugés communs puisque, précisément, ils n’ont pas les mêmes. S’ils disent la même chose, c’est donc qu’ils ont quelque chose en commun, qui ne peut qu’être… la vérité.  Lire la suite