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"Vous avez une bombe à bord" : ce qu'ont dit les autorités biélorusses à l'équipage de l'avion dérouté

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L'avion de Ryanair stationné sur le tarmac de l'aéroport international de Minsk, le 23 mai 2021.
L'avion de Ryanair stationné sur le tarmac de l'aéroport international de Minsk, le 23 mai 2021.
© Radio France - Onliner.by

La Biélorussie est accusée d'avoir prétextée une alerte à la bombe pour dérouter un avion vers sa capitale et arrêter un journaliste dissident. Selon les enregistrements des échanges, les autorités biélorusses ont "recommandé" avec insistance à l'équipage d'atterrir à Minsk.

Les autorités biélorusses ont dit à l'équipage du vol Ryanair dérouté dimanche que leur avion était piégé et lui ont "recommandé" de se poser à Minsk, selon la transcription des échanges entre le pilote et la tour de contrôle publiée mardi. "Nous avons des informations des services spéciaux disant qu'une bombe est à bord et qu'elle peut être activée au-dessus de Vilnius", indique cette transcription en anglais diffusée par le département du transport aérien au ministère bélarusse des Transports. "Pouvez-vous répéter ce message?", répond le pilote, qui se voit ensuite confirmer la même information.

Une revendication "par e-mail"

Lors de l'échange, le contrôleur précise que l'indication sur la présence d'une bombe a été envoyée "par e-mail" et que ce message a été partagé avec "plusieurs aéroports".  Dans un communiqué, le ministère bélarusse des Transports a répété mardi qu'il s'agissait d'un e-mail se proclamant du Hamas, l'organisation palestinienne, disant que la bombe exploserait au-dessus de Vilnius si l'Union européenne continuait de soutenir Israël. 

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La transcription de l'échange avec la tour de contrôle établit que c'est la tour de contrôle qui a recommandé avec insistance un atterrissage à Minsk. Lorsque le pilote a demandé de qui venait la "recommandation", la tour répond : "Ce sont nos recommandations." Le chef de l'armée de l'air bélarusse, qui a intercepté le vol avec un chasseur Mig-29, a pour sa part soutenu lundi que l'équipage avait pris sa décision "sans ingérence extérieure" et que le vol de Ryanair aurait pu se poser en Ukraine ou en Pologne.

Arrestation d'un journaliste dissident 

Les autorités biélorusses sont accusées d'avoir détourné ce vol commercial Athènes-Vilnius sur Minsk pour pouvoir arrêter un dissident qui était à bord, Roman Protassevitch, journaliste d'opposition de 26 ans, ancien rédacteur en chef d'un média d'opposition qui a joué un rôle clé dans l'organisation de l'opposition contre le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko en 2020. 

Arrêté à la sortie de l'avion avec sa compagne, il est actuellement en détention provisoire à Minsk. Vivant en exil en Lituanie, Roman Protassevitch est poursuivi au Bélarus pour "organisation de troubles massifs", un crime passible de 15 ans de prison.

"Acte de piraterie aérienne étatique"

Ce déroutage a déclenché une polémique internationale et l'Union européenne a décidé de fermer son espace aérien aux avions venant de Biélorussie. Plusieurs compagnies, dont Air France ou KLM ont également suspendu ses vols au-dessus de la Biélorussie. L'Europe a également annoncé avoir gelé un programme d'investissements. 

Une réaction "à la hauteur de la gravité" des événement "absolument inacceptables, choquants, scandaleux", selon le président du Conseil européen Charles Michel. "Nous ne tolérerons pas que l'on tente de jouer à la roulette russe avec la vie de civils innocents", a-t-il averti. Mardi, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a qualifié ce détournement d'acte "de piraterie aérienne étatique", comportement "inadmissible", jugeant que l'Europe devait réagir "fortement et dans l'unité".  

Minsk a invité plusieurs organisations internationales à venir établir "les circonstances" du déroutage. Le département chargé des questions aériennes au ministère bélarusse des Transports a dit avoir invité des représentants de l'Association internationale du transport aérien (IATA), de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), dépendante de l'Onu, des autorités américaines et de l'Union européenne.