À la Nouvelle-Orléans, les Black Indians rendent hommage aux Amérindiens

Les Black Indians défilent notamment lors du Mardi Gras, habillés de costumes flamboyants.
Les Black Indians défilent notamment lors du Mardi Gras, habillés de costumes flamboyants.

Black Indians, la Nouvelle-Orléans en musique

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À la Nouvelle-Orléans, les Black Indians rendent hommage aux Amérindiens

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Depuis plus de 150 ans, une communauté noire de la Nouvelle-Orléans arbore des costumes flamboyants lors du carnaval, pour rendre hommage aux Indiens qui les ont autrefois accueillis lors de l’esclavage : ce sont les Black Indians.

Chaque Mardi Gras, les rues de la Nouvelle-Orléans sont teintées de couleurs vives et de plumes. En marge du défilé traditionnel, les Black Indians arpentent la ville vêtus de costumes gigantesques, avec au sommet des plumes rappelant les costumes indiens. “Les Black Indians célèbrent les forts liens qu'il y avait entre les populations noires et les populations locales indiennes, notamment au temps de l'esclavage. Puisque les esclaves noirs en fuite trouvaient refuge chez les Indiens. Et donc ils leur rendent hommage”, explique Eric Doidy, co-auteur du livre “New Orleans - 100 ans de musiques” (avec Lola Reynaerts, édition Le Mot et le Reste).

Le choix du Mardi Gras pour battre le pavé n’est pas anodin, puisqu’il s’agit d’une tradition chrétienne que les Black Indians subvertissent : “ils se réapproprient cette culture pour y participer, mais aussi pour subvertir les codes de la culture dominante européenne chrétienne.”

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De la violence aux joutes verbales

Les Black Indians sont mentionnés pour la première fois dans les journaux en 1865. Ce sont alors des gangs, “marqués par la violence et les affrontements ethniques, pour revendiquer leur liberté et leur opposition à la culture dominante”. Une violence de mise jusque dans les années 1970 : “à partir de ce moment-là, la violence est euphémisée et passe dans les joutes verbales”.

Lors des défilés, les Black Indians entonnent des chants particuliers, incompréhensibles pour le grand public puisqu’ils reposent sur des langues anciennes. “Cela se passe en public et prend la forme de call and response (ou “appel-réponse”), où un soliste lance une phrase et le gang y répond”. Une musique héritée principalement d’Afrique de l’ouest avec pour accompagnement des tambourins.

Entre hiérarchie et rites codifiés

Chaque gang est composé de plusieurs membres, selon une hiérarchie bien établie. “À la tête, c'est le big chief. C’est lui qui a le costume le plus flamboyant. C’est une pièce symbolique, avec des scènes cousues dessus qui représentent soit des scènes de batailles, soit des scènes historiques. Et puis après, il y a le spy boy, qui court un peu devant le gang à la recherche de tribus adverses. Quand il en aperçoit une, il passe le message au flag boy, celui qui porte le drapeau, qui va avertir le big chief.”

Longtemps méconnue, la culture des Black Indians a une place bien particulière parmi les musiques qui ont traversé la Nouvelle-Orléans. En 1953, “Sugar Boy” Crawford grave le morceau “Jock-A-Mo” - qui deviendra “Iko Iko” -, qui raconte l’affrontement entre deux gangs. “Cette chanson a popularisé la culture des Black Indians et sera reprise par les Dixie Cups. Mais c’est véritablement en 1970 que des Black Indians enregistrent commercialement une chanson pour la première fois, avec le groupe des Wild Magnolias, dirigé par le big chief Bo Dollis. C'est une révolution parce qu'ils enregistrent la musique des Black Indians, mais dans un contexte funk avec un groupe électrique”.

La reconstruction après Katrina

Autre groupe marquant des Black Indians, celui des Wild Tchoupitoulas, qui ne sont autres que le Neville Brothers avant l’heure, mené par le big chief Jolly. “Aujourd’hui, il y a une scène très vaste, avec des groupes qui empruntent au rap de la Nouvelle Orléans, le bounce.”

Les Black Indians font depuis partie intégrante de la Nouvelle-Orléans et ont joué un rôle fondamental dans la reconstruction de la ville après le désastre de l’ouragan Katrina en 2005. “Ils ont été comme un ciment pour reconstruire l’esprit de la Nouvelle-Orléans”. Un esprit de mélange des cultures qui transparaît dans la musique des Black Indians. “Il faut écouter cette musique pour ressentir tout son pouvoir. Mais quand je dis ressentir, ce n'est pas juste par les oreilles, c'est avec les tripes. Car lorsque l’on entend ça, on entend le jazz, on entend le rock, on entend tout ce qui s'est développé après ou en parallèle, où la culture des Blacks Indians a infusé.”

À lire : "New Orleans - 100 ans de musiques" d'Eric Doidy et Lola Reynaerts (édition Le Mot et le Reste)

À voir : exposition "Black Indians de la Nouvelle-Orélans" au musée du quai Branly - Jacques Chirac