Le bourdon se fait entendre dans l'œuvre de Nikolaï Rimski-Korsakov à travers des gammes diaboliques et des variations de nuances.
Le bourdon se fait entendre dans l'œuvre de Nikolaï Rimski-Korsakov à travers des gammes diaboliques et des variations de nuances.

Bourdon, fourmi, puce… : les insectes en musique

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Bourdon, fourmi, puce… : quand les insectes battent la mesure

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Parmi les nombreuses sources d’inspiration des musiciens, les insectes ont une place bien à part. Si le bourdon est roi, l’abeille, la puce ou encore le grillon n’en sont pas moins lésés. Retour sur ces petits êtres qui fascinent les artistes autant qu’ils les intriguent.

C’est sans doute l’insecte le plus connu parmi les musiciens. Un bourdon qui frôle notre oreille avant de s’éloigner à toute allure, à travers un jeu de cordes endiablé. Le Vol du bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov a su se faire une place bien à part dans le monde des insectes qui ont inspiré la musique. A tel point qu’il en a éclipsé l'œuvre de laquelle il est tiré, l’opéra du Conte du tsar Saltan (1900). “C'est une œuvre qui est interprétée très souvent seule [...] et qui vit sa petite vie d'insecte autonome”, résume Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique à la Philharmonie de Paris et commissaire de l’exposition “Musicanimale, le Grand Bestiaire sonore”, qui met en lumière nos amis de l’infiniment petit.

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“La fascination des musiciens pour le domaine des insectes est indissociable de l'essor des sciences naturelles, notamment au XVIIIᵉ siècle, avec l’entomologie”. Certains insectes sont même récurrents dans l’histoire de la musique. “Ce sont ceux dont, physiquement, le comportement est marqué, comme le bourdon mais aussi les abeilles” explique la commissaire de l’exposition. À peine quelques années après Le Vol du bourdon, l’abeille prend ainsi son envol dans le Scherzo fantastique de Stravinsky (1908), qui n’est autre que l’élève de Rimski-Korsakov.

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Dans la toile de l’araignée

Mais ces hyménoptères ne sont pas les seuls à se faire entendre. Toujours au début du XXᵉ siècle, en 1912, Albert Roussel donne vie à des papillons et à des fourmis, pris au piège dans une toile d’araignée, dans son œuvre symphonique Le Festin de l'araignée. Dans un jardin paisible, une araignée attend patiemment qu’un insecte se pointe. “Le premier qui apparaît est une fourmi, ou plutôt une cohorte de fourmis, précédée par une caisse claire et accompagnée de cors, traduisant le côté discipliné, presque militaire des fourmis. [...] Viendront ensuite les papillons. Là, c’est plutôt les vents qui sont mis à contribution, pour décrire l’amplitude du battement d’ailes”.

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Albert Roussel installe ainsi tout un récit dramatique dans lequel chaque insecte a sa propre couleur. Pour Marie-Pauline Martin, si ces insectes fascinent, c’est notamment pour “leur monde très simple et très instinctif. Les insectes illustrent ce que l’on pourrait appeler un principe de vie premier, [...] avec cette notion de vivre en république. C'est autant l'altérité par rapport aux humains qui fascinent, qu’un support de projection éminemment poétique.”

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Des insectes bruyants aux plus silencieux

Même les plus petits ont leur heure de gloire dans la musique classique. Maurice Ravel a ainsi mis en musique le bruissement d’ailes du grillon dans son cycle des “Histoires naturelles”, inspirées de Jules Renard. À travers des demi-tons et des harmonies “presque grésillants et métalliques”, Maurice Ravel évoque “les stridulations, elles aussi métalliques, du grillon”.

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Mais le musicien ne s’inspire pas toujours d’insectes bruyants. C’est le cas de la puce, dans La Damnation de Faust d’Hector Berlioz (1846). “Musicalement, l’évocation de la puce fonctionne par mimétisme de sa démarche et de son allure”. Totalement silencieuse dans la réalité, la puce a, elle aussi, son heure de gloire : “Berlioz retient son action urticante, sa capacité à sauter, à pincer et à être espiègle”. Le compositeur se focalise ainsi parfois “sur ce que l’on peut voir des insectes, plutôt que sur leur réalité acoustique propre”.

“Matériau sans cesse renouvelé de création”, les insectes sont au cœur du langage musical. Au cours du XXᵉ siècle, l’essor des sciences bioacoustiques permet de décrypter des sons presque inaudibles à l’oreille. “Ils constituent des matériaux nouveaux pour la création, dont vont s’emparer des musiciens concrets comme Pierre Henry, mais aussi des jazzmen comme Miles Davis”.

À lire aussi : La Faunothèque

À voir : Exposition "Musicanimale, le Grand Bestiaire sonore" au musée de la Philharmonie de Paris
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/24601-musicanimale