Igor Stravinsky : Le Chant du rossignol, poème symphonique (OPRF / John Adams)

Igor Stravinsky : Le Chant du rossignol, poème symphonique (OPRF / John Adams)

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L'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par John Adams, interprète Le Chant du rossignol, un poème symphonique d'Igor Stravinsky. Extrait du concert donné le 28 février 2020 en l'Auditorium de Radio France à Paris.

D’après l’opéra "Le Rossignol" composé par Stravinsky en 1914. Commande de Serge de Diaghilev.

  1. Fête au palais de l'empereur de Chine
  2. Marche chinoise
  3. Les deux rossignols
  4. Souffrance puis guérison de l'empereur de Chine

Stravinsky tire ce poème symphonique de la musique des deuxième et troisième actes de son opéra Le Rossignol (1914) inspiré par le conte de Hans Christian Andersen. Cette suite symphonique commence in medias res : la cour impériale de Chine se prépare à recevoir le Rossignol (Presto, musique de l’ouverture de l’acte II). L’Empereur arrive en grande pompe (« Marche chinoise ») et le Rossignol interprète son envoûtante mélodie (cadence de flûte, et mélodie au violon accompagnée par le piano, la harpe et le célesta)… avant de s’enfuir lorsqu’un rossignol mécanique séduit la cour de ses enchantements robotiques (« Les deux rossignols » : flûte piccolo, flûte et hautbois). Le rossignol reviendra plus tard, au chevet de l’Empereur sur son lit de mort, et saura de son chant persuader la mort de l’épargner, écho ornithologique des prouesses d’Orphée qui de sa lyre accompagne sa voix émue qui délivrera (presque !) son Eurydice des Enfers dans la mythologie grecque.

À réécouter : 1911, Igor Stravinsky compose Petrouchka

Musicalement, Stravinsky parcourt un sentier qui lui est maintenant familier, battu par l’audace de ses ballets précédents : L’Oiseau de feu (1910), Petrouchka (1911) et Le Sacre du printemps (1913). En 1917, il maîtrise parfaitement cette approche du folklore et du rite à l’aide de sa vision unique de l’harmonie et du rythme.

Le sujet d’Andersen était parfait : il y a dans ce conte une certaine compassion pour le « démuni », pour la voix de l’insignifiant à laquelle il veut reconnaître de la beauté. Ce sujet est proche du coeur des artistes russes au tournant du XXe siècle, et des écrivains comme Tolstoï, Tchekhov et Block reconnaissent volontiers leur affection pour Andersen. Stravinsky a lui aussi grandi avec les contes d’Andersen ; cette parabole sur le pouvoir de l’art réel en opposition au divertissement simpliste et factice ne pouvait que lui inspirer un opéra.

La composition de l’opéra sera interrompue par la mort de son professeur Rimski-Korsakov (lui aussi fasciné par la mise en musique de contes 6 7 de fées), et il faudra attendre 1914 pour que Stravinsky, à reculons, finisse l’opéra pour sa création à l’Opéra de Paris. Ce n’est que lorsque l’impresario Diaghilev lui proposera d’en faire un ballet qu’il retrouvera le sourire : Stravinsky, plus attiré par la musique symphonique que par l’opéra, peut enfin vraiment capturer la poésie et l’ironie d’Andersen. Sa musique possède une touche lyrique chaude et tendrement mélancolique qui transporte cette page symphonique assez loin des habitudes du compositeur. Nous pouvons y reconnaître les ostinati de son ballet Petrouchka, ainsi que les changements soudains de dynamiques, les fragments mélodiques courts et même quelques traces d’impressionnisme. Cette partition préfigure l’abandon du grand orchestre symphonique par Stravinsky en faveur de la musique de chambre : « Je traite l’orchestre comme un ensemble de musique de chambre, avec une importance donnée au concertant avec des solos mais aussi en mettant en valeur des groupes d’instruments au sein de l’orchestre. »

Christophe Dilys

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