L'Orchestre philharmonique de Radio France joue Farrenc et Beethoven avec le pianiste Bertrand Chamayou ©Radio France
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Beethoven : Concerto n°5 en Mi bémol Majeur op 73 "L'empereur" (Bertrand Chamayou)

38 min
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Beethoven : Concerto n°5 en Mi bémol Majeur op 73 "L'empereur" (Bertrand Chamayou) Publié le

Bertrand Chamayou joue le 5e concerto pour piano "L'Empereur" de Ludwig van Beethoven avec l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Mikko Franck. Extrait du concert enregistré samedi 3 février en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

D’origine inconnue, le surnom « L’Empereur » qui désigne depuis plus d’un siècle le Cinquième Concerto de Beethoven, doit à quelque mystérieuse sympathie de s’être imposé ainsi. Inutile cependant de chercher à savoir de quel empereur il s’agit  : quoiqu’on ait voulu voir dans ce concerto l’écho des campagnes contre Napoléon qui, après Wagram, allait venir bombarder et assiéger Vienne, l’allusion au vainqueur provisoire comme à son adversaire, l’empereur d’Autriche François II, semble hors de propos. Mais le fait est que la partition autographe porte des indications troublantes : Auf die Schlacht Jubelgesang (« chant d’allégresse pour la victoire  »), Angriff («  à l’assaut  »), Sieg («  victoire  »). Ne suffirait-il pas de les interpréter en termes de stratégie musicale  ? 

Peut-être, cependant, le climat conflictuel que les guerres napoléoniennes faisaient régner en Europe, a pu avoir des répercussions sur ces résonateurs que sont les œuvres musicales. Que l’on songe au retentissement de la Seconde Guerre mondiale sur les mouvements d’avant-garde. Jamais comme dans cette œuvre, en effet, le piano et l’orchestre n’avaient été placés dans ce rapport de force qui deviendra le principe même du concerto romantique : seul contre tous… La solitude du virtuose face aux musiciens du rang assimilée à celle du général commandant ses troupes. Tantôt il les entraîne, les stimule par son exemple – ainsi, dès l’introduction où le piano semble haranguer l’orchestre –, tantôt il s’affronte à la résistance de leur masse, usant de la force ou de la persuasion, tantôt même il sait les élever jusqu’à lui, les mettre en avant. N’est-ce pas précisément ce qui se passe à la fin du mouvement lent où le piano se confine dans les plus humbles formules d’accompagnement tandis que les instruments reprennent la mélodie initiale ?  

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Mais si le chef est descendu ainsi jusqu’au quasi-anonymat, c’est pour reparaître bientôt en meneur d’hommes : l’enchaînement du Largo au finale est confié au piano dont les accords ascendants semblent se ramasser, prendre de l’élan avant de se détendre pour lancer l’assaut (du Rondo) final.  

Et pourtant, malgré les dimensions inusitées de cet ultime concerto (Beethoven en ébauchera encore un, mais jugea peut-être qu’il avait tout dit), malgré ses accents héroïques, il est peut-être plus remarquable encore par sa délicatesse et les détours inattendus d’une forme quasi-rhapsodique. On peut avoir l’impression, dans ce concerto où tout est écrit, jusqu’aux cadences – traditionnellement laissées à la discrétion des interprètes – que le compositeur est au piano. Est-ce parce qu’il savait que ce ne serait jamais le cas que Beethoven a mis tant de soin à fixer l’impalpable, à laisser une trace tangible de son génie de l’improvisation ? Il y a dans la musique de ce concerto une dimension féerique, presque surnaturelle, un exotisme de l’arabesque, des sonorités d’une étrange éloquence qui le situent presque dans le domaine du poème symphonique : il pourra servir de modèle à Harold en Italie. Et, s’il faut absolument un empereur, ne faudrait-il pas plutôt chercher du côté de ce monarque chinois dont la légende du Rossignol nous conte l’histoire ?

Compositeur.rice.s

Ludwig van Beethoven
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Artistes

Mikko Franck
Chef d'orchestre
Bertrand Chamayou
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