Henri Dutilleux : Mystère de l'instant

Henri Dutilleux : Mystère de l'instant

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L'Orchestre National de France, sous la direction de Daniele Gatti, interprète Mystère de l'instant d'Henri Dutilleux.

pour orchestre à cordes, cymbalum et percussion

  1. Appels, rumeurs 
  2. Litanie 
  3. Soliloque

« Est-ce parce qu’il n’a pas produit d’oeuvres purement religieuses qu’un musicien serait privé du sens du sacré ? », s’interrogeait Henri Dutilleux. La réponse, il la donne lui-même, et à sa manière, dans un entretien accordé à la revue Zodiaque en 1982 : « Ce à quoi j’aspire profondément, c’est, à travers la musique, à me rapprocher d’un mystère, à rejoindre les régions inaccessibles. »

Quatre ans plus tard, il allait entreprendre la composition de son Mystère de l’instant qui reprend, à un instrument près (le cymbalum à la place du célesta), l’instrumentarium réuni par Bartók dans sa célèbre Musique pour cordes, percussion et célesta.

Le mot mystère, dans le titre, doit être entendu ici à la fois dans le sens d’énigme, d’émerveillement, de rituel, sachant que pour Dutilleux écrire de la musique est une cérémonie qui comporte « sa part de mystère et de magie ». L’oeuvre fait ainsi se succéder une dizaine de séquences ou fragments qui vont de la polyphonie la plus serrée à la litanie la plus nue. « La structure de l’ensemble ne répond à aucun canevas pré-établi, écrit Claude Desmarets. (...) Les idées sont énoncées comme elles se présentent, sans allusion à ce qui précède ou ce qui va suivre. En s’éloignant quelque peu des schémas d’oeuvres antérieures (telles que Métaboles, Tout un monde lointain, L’Arbre des songes ou le quatuor Ainsi la nuit), l’auteur s’est proposé de saisir l’instant et d’organiser le temps musical hors des chemins tracés à l’avance. » On comprend pourquoi la partition s’intitulait à l’origine Instantanés, à la manière d’un carnaval schumannien plus soucieux de l’éblouissement kaléidoscopique que de la grande forme architecturée. À l’instar d’un Schumann composant son Carnaval sur quelques « lettres dansantes » (des notes en réalité, désignées en allemand par des lettres), Dutilleux part d’une cellule première : « Bien que les dix séquences soient effectivement liées à un traitement singulier de la matière sonore, il n’en demeure pas moins que Henri Dutilleux a composé son oeuvre à partir d’un matériau générateur, caractérisé par son économie de moyens, et dont les transformations sont multiples : à l’origine, un intervalle de seconde majeure ascendante qui confère, au moins aux trois premières séquences, toute leur unité par-delà la brièveté de chacune d’elles », explique Pierre Gervasoni.

En 1995, le compositeur révisera sa partition en la destinant à un ensemble de cordes plus étoffé.

Christian Wasselin

À réécouter : Archives Henri Dutilleux, avec Pierre Gervasoni

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