George Benjamin : Concerto for Orchestra

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George Benjamin : Concerto for Orchestra Publié le

L'Orchestre philharmonique de Radio France joue le Concerto pour Orchestre de George Benjamin, sous la direction du compositeur. Extrait du concert donné le 10 décembre à l'auditorium de la Maison de la Radio et de la Maison.

Après une splendide saison d’opéras, Into the Little Hill (2006), Written on Skin (2012) et Lessons in Love and Violence (2017), tous trois sur des livrets de Martin Crimp, et dix-sept ans après sa dernière œuvre d’orchestre, Dance Figures (2004), George Benjamin délaisse la voix et renoue avec le monde symphonique stricto sensu par un Concerto for Orchestra. Celui-ci commémore son « amitié indissoluble » avec Oliver Knussen, dont les qualités musicales, de compositeur et de chef d’orchestre, égalaient, dit-il, la bienveillance et la générosité humaines.

Benjamin présente ainsi son Concerto for Orchestra : « Pendant dix-sept minutes, presque sans interruption, façonnée quasi intégralement dans un seul tempo, la pièce présente une grande diversité d’inventions instrumentales qui évoluent, interagissent et se superposent. Les lignes longues et suspendues tracent leur chemin dans des textures orchestrales contrastées, d’aucunes rapides et saccadées, d’autres plus dynamiques et propulsives.

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Bien qu’elle soit souvent d’un esprit joueur, la musique est insaisissable, et s’aventure occasionnellement sur un terrain plus sombre. Tous les instruments jouent de multiples rôles, à la fois théâtraux et sonores, au sein de la structure. On distingue notamment un tuba soliste volatile, des duos au cor élaborés, des clarinettes effervescentes et deux paires de timbales bourdonnantes. Mais ce sont avant tout les premiers violons, pleins de passion, qui ressortent. Dans la conclusion paisible de l’œuvre, c’est comme si le dernier mot leur revenait. »

En dépit de déflagrations, aussi violentes, fff, que patiemment ourdies, le choix d’un orchestre aux instruments à vent essentiellement par deux induit une écriture à l’équilibre presque classique. Une polyphonie, une hétérophonie de duos en résultent souvent, qui n’excluent pas les unissons et impliquent d’écouter deux timbres similaires entonner une même ligne mélodique ou presque, celle-ci inscrite dans une harmonie ou la déployant, fluide. À cet égard, Benjamin évoquait, il y a quelques années, l’idée du poète Gerard Manley Hopkins selon laquelle la beauté est une relation – « et son appréhension le résultat d’une comparaison ».

L’ensemble orchestral, à la virtuosité amplement sollicitée dans une partition notée « Espiègle et versatile », déploie un ambitus des plus vastes, des longues tenues aiguës des flûtes ou des violons aux graves d’un incisif tuba ou de la clarinette contrebasse. Au sein de cette palette, les harmonies étales des cordes, à l’occasion divisées ou en harmonique, leurs gestes séculaires de balancement, leurs traits rapides, voire nerveux, sautillés ou rugueux – ruvido, écrit en italien la partition –, mais aussi les mélismes et les arabesques des vents, le scherzando des hautbois ou des clarinettes, leur badinage en somme, avec ses ornements, les notes répétées des cors ou des trompettes, parfois en sourdine, les crotales sanctionnant divers climax de l’œuvre, suscitent une atmosphère continûment changeante, dont le lyrisme n’exclut pas le dessin architectural.

Raffinement de l’écriture, clarté de la polyphonie, énergie des textures, exigence de la forme transformant en drame les implicites de l’harmonie, fidélité à la tradition jusque dans sa quête de nouvelles expressions : l’œuvre parcimonieuse de Benjamin est au service d’un discours non exempt de rigueur et désireux de créer l’illusion, à travers un ensemble restreint, d’un tissu orchestral substantiel. Une telle ampleur détermine en retour les types d’accords, leurs registres et leurs mouvements. Le musicien se montre attentif à la qualité des sons, à la durée de leur déploiement, à la basse qui légitime l’édifice et sans laquelle le corps ne vibre pas, aux hiérarchies entre les notes, à notre mémoire de la consonance, à l’inouï de la dissonance ou à la manière dont chaque intervalle se modifie selon les registres et les instruments qui le donnent.

Aussi l’œuvre se fait-elle récit, narration abstraite, paysages divers.

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