Currentzis ébranlé, nomination à Salzbourg... 5 actualités culturelles autour du conflit russo-ukrainien

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Currentzis ébranlé, nomination à Salzbourg... 5 actualités culturelles autour du conflit russo-ukrainien

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Équilibre plus que jamais précaire pour le chef gréco-russe Teodor Currentzis
Équilibre plus que jamais précaire pour le chef gréco-russe Teodor Currentzis
© AFP - Stéphane de Sakutin

L'ombre de la guerre en Ukraine continue de planer sur le monde de la musique et de la danse. Le chef Teodor Currentzis en équilibre précaire, "Boris Godounov" qui divise à la Scala, un concours de piano déplacé... Le point sur les événements qui ont marqué le mois de novembre.

Comment le conflit russo-ukrainien affecte-t-il le monde de la culture, en particulier celui de la musique et de la danse ? Si le front est avant tout militaire, le front culturel est aussi une réalité : artistes scrutés, œuvres controversées, initiatives récompensées, jolis gestes de solidarité... France Musique fait le point sur cinq actualités culturelles qui ont marqué le mois de novembre, dans l'ombre de la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

1. Currentzis et ses musiciens dans la tourmente

Tout comme la diva Anna Netrebko - qui effectue petit à petit son retour sur les scène occidentales - il est l'une des personnalités musicales dont le cas continue de diviser. Teodor Currentzis, chef gréco-russe, a été particulièrement épinglé ce mois de novembre pour son absence de prise de position sur la guerre en Ukraine. Le 25 novembre, quatre artistes issus de son orchestre MusicAeterna ont été interdits de se produire à Dortmund en Allemagne. En cause : des comportements jugés offensants sur les réseaux sociaux. Un ténor a notamment chanté un air nationaliste en soutien au Kremlin, et deux de ses musiciens ont décoré leurs comptes de drapeaux russes, en soutien au gouvernement. Écartés, donc, par le directeur de la Konzerthaus de Dortmund, en accord avec Teodor Currentzis.

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Mais le positionnement de ce dernier est également pointée du doigt, surtout en Allemagne. En octobre, la Philharmonie de Cologne a ainsi annulé son concert avec l'Orchestre Symphonique de la SWR, prévu en janvier 2023. À noter que l'ensemble MusicAeterna est soutenu par la deuxième banque russe semi-publique, la VTB (Vnechtorgbank). En mai, Currentzis avait également été déprogrammé de la Philharmonie de Paris. Équilibre plus que jamais précaire, donc, pour le chef gréco-russe.

2. La Russe Marina Davydova nommée à Salzbourg

Contrairement à Currentzis ou Gergiev, certains artistes russes prennent ouvertement position contre la guerre. C'est le cas de la dramaturge Marina Davydova, qui vit en exil depuis le début du conflit en Ukraine. Elle sera la nouvelle directrice théâtrale du festival de Salzbourg, ont annoncé le 24 novembre les organisateurs du prestigieux rendez-vous. La quinquagénaire avait dénoncé dès le 24 février dans une pétition "la guerre d'agression russe", alors que des voix appelant au boycott des artistes russes se sont élevées après le lancement de l'offensive.

Née en 1966 à Bakou en Azerbaïdjan, Marina Davydova était rédactrice en chef du magazine Teatr et a cofondé le festival NET (New European Theatre) à Moscou, dont elle a assuré la direction artistique pendant 23 ans. "En période de cataclysmes politiques et sociaux, les artistes peuvent utiliser leurs ressources en tant que personnalités publiques pour contribuer à la formation de l'opinion", a réagi Marina Davydova après sa nomination, ajoutant que "l'art ne devrait pas devenir l'otage de circonstances passagères". Le contrat de cette figure importante de la scène culturelle russe avant la guerre débutera le 1er octobre 2023 et durera trois ans, a précisé le festival.

3. Scala : le "Boris Godounov" de la discorde

Si les artistes suscitent la controverse, c'est aussi le cas de certaines oeuvres, dont la programmation déchaîne les passions. Ainsi, le 22 novembre, la Scala de Milan a dû défendre son choix d'ouvrir sa saison avec l'opéra Boris Godounov du compositeur russe Moussorgski, contre l'avis du consul ukrainien, qui y voyait une forme de propagande pro-russe. "Je suis contre attaquer la culture russe parce qu'elle est russe, et les artistes russes parce qu'ils sont russes", a déclaré le surintendant de la Scala Dominique Meyer, invité de Musique Matin.

"Cet opéra a été choisi il y a 3 ans alors que personne ne parlait de guerre. Lorsque le consul nous a demandé d'annuler, il n'a pas été écouté, car nous sommes très loin de certaines réalités", a justifié le surintendant : "Boris Godounov est un chef-d'œuvre de l'histoire de l'opéra, et nous faisons la différence entre le gouvernement russe, le peuple russe et la culture russe. Lorsqu'on joue un concerto de Rachmaninov ou une symphonie de Tchaïkovski ça n'énerve personne, mais tout à coup, parce qu'il s'agit d'un opéra, on brandit les bannières !" Quant aux critiques concernant le choix de chanteurs russes, Dominique Meyer a fait valoir que la basse Ildar Abdrazakov, dans le rôle-titre de Boris Godounov, ou Anna Netrebko, prévue pour un récital en mars à la Scala, "sont des artistes, pas des personnages politiques".

4. Deux maisons d'opéra ukrainiennes primées

"Pour leur courage et leur résistance". Loin des polémiques, deux compagnies ukrainiennes ont été récompensées ce mois-ci pour leur engagement face à la guerre dans leur pays lors des International Opera Awards. L'Opéra de Lviv, dans l'ouest, et celui d'Odessa, dans le sud, ont tous deux reçu le prix de la meilleure compagnie d'opéra lors d'une cérémonie au Théâtre royal de Madrid. C'est la première fois que deux compagnies reçoivent ce prix conjointement. Ce dernier vient récompenser "leur courage et leur résistance alors qu'elles continuent à se produire malgré les dangers et les dégâts causés par la guerre" qui a commencé en février avec l'invasion russe, a déclaré John Allison, directeur de la revue Opera et président du jury, pendant la cérémonie de remise des prix.

Même si ces deux opéras avaient dû fermer au début de la guerre, les deux compagnies - dont les représentants ont fait le déplacement à Madrid pour recevoir le prix - ont repris récemment et mis en scène "des productions de référence", a ajouté John Allison : "Je me réjouis que nous ayons pu reconnaître le travail de deux illustres compagnies ukrainiennes, qui continuent à fournir courageusement un travail d'excellente qualité dans des conditions impossibles."

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5. Un concours de piano déménage à cause de la guerre

Un beau geste de solidarité, enfin, alors que la guerre rend compliquée l'organisation d'événements culturels en Ukraine. Pour son édition 2023, le concours de piano Vladimir Horowitz - intitulé ainsi en mémoire du musicien ukrainien - ne se déroulera non pas à Kiev, mais à Genève, ont annoncé les organisateurs. La ville et le canton helvétiques se sont portés volontaires pour accueillir la compétition, qui se tiendra dans un premier temps au Conservatoire de Genève, et dont la grande finale aura lieu au prestigieux Victoria Hall. "Nous avons décidé d’accueillir ce concours à Genève pour apporter notre soutien à une très belle institution culturelle et pour nous rassembler tous autour de la musique", peut-on lire dans un communiqué, qui souligne que les artistes de toutes nationalités pourront concourir.

Pour permettre la tenue de l'événement, les autorités suisses ont travaillé en étroite collaboration avec le ministre de la Culture ukrainien, Oleksandr Tkachenko, et le maire de Kiev, Vitali Klitschko. La Fédération mondiale des concours internationaux de musique apportera aussi son aide pour cette édition 2023 bien particulière, rebaptisée Horowitz Competition Kyiv-Geneva. Rendez-vous donné du 13 au 21 avril prochain au bord du lac Léman, pour les jeunes pianistes du monde entier.

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