Daniel Barenboim en 2011
Daniel Barenboim en 2011

Daniel Barenboim, musicien messager de la paix - Culture Prime

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Daniel Barenboim : un musicien messager de la paix

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« Devant une symphonie de Beethoven, le "Don Giovanni" de Mozart, ou le "Tristan et Isolde" de Wagner, tous les êtres humains sont égaux. » Pianiste et chef d’orchestre, pédagogue, humaniste, Daniel Barenboim n’a eu de cesse de promouvoir le dialogue entre les peuples à travers la musique.

L'histoire de Daniel Barenboim, c'est celle d'un enfant prodige à l'ascension fulgurante. Né en Argentine, il commence le piano à 5 ans et donne son premier récital à 7 ans. En 1952, il s’installe en Israël avec sa famille. Dès l’âge de 15 ans, il mène une carrière de musicien à travers le monde. Il vit désormais entre Londres, Paris, Chicago et Berlin.

Mais Daniel Barenboim est aussi un musicien engagé : depuis le début de sa carrière, la musique est sa langue et son arme pour promouvoir la paix dans le monde.  « À l'orchestre, on apprend à s'exprimer en jouant avec intelligence, avec charme, avec passion, avec tout ce qu'on a. Mais parallèlement, simultanément, en écoutant ce que l'autre joue. C'est beaucoup plus fort qu'un dialogue entre êtres humains. »

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Ainsi, il dirige notamment l'Orchestre philharmonique de Berlin trois jours après la chute du mur en 1989. Il s'en souvient dans son autobiographie, Une vie en musique :

« Ce furent les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Berlin qui décidèrent spontanément de jouer pour les gens d'Allemagne de l'Est qui n'avaient pu, pendant des années où le mur avait coupé Berlin en deux, venir les entendre. Ce concert, que j'eus l'honneur de diriger, était l'expression non seulement de la joie des musiciens eux-mêmes - de pouvoir enfin jouer pour leurs frères est-allemands - mais aussi de celle du public, d'entendre le Philharmonique de Berlin. Par-dessus tout, il y avait le besoin de musique, un moment intense d'émotion. »

En 2011, Daniel Barenboim organise un concert dans la Bande de Gaza avec 25 musiciens de différents orchestres européens. Il se souvient du témoignage d'un spectateur rencontré après le concert :

« Nous, les habitants de Gaza, avons l’impression que le monde nous a oubliés. Ceux qui se rappellent de nous, nous envoient la nourriture et les médicaments. Mais, vous savez, ils l’auraient aussi bien fait pour les animaux. Vous êtes venu avec les musiciens, ce qui nous a fait nous sentir comme des êtres humains de nouveau. »

« La République indépendante et souveraine du West-Eastern Divan »

Son projet phare reste le West-Eastern Divan Orchestra, initié avec l’intellectuel palestinien Edward W. Said. Depuis 1999 l'ensemble permet aux jeunes musiciens du Proche et du Moyen-Orient de vivre une expérience d’orchestre, et surtout de dialoguer grâce à la musique. « L'idée est une idée musicale et humaniste, explique Daniel Barenboim à propos de la démarche de ce qu'il appelle La République indépendante et souveraine du West-Eastern Divan. La seule phrase politique, c'est que nous ne croyons pas à une solution militaire, que nous sommes convaincus que les destins du peuple juif, du peuple israélien et du peuple palestinien sont inextricablement mêlés. Cela veut dire qu’il n'y aura pas une solution qui sera bonne pour les uns et mauvaise pour les autres. »

Accueilli à Séville, le Divan se réunit une fois par an. Depuis sa fondation, il a métamorphosé les vies de plus de 200 musiciens.

« En 1999, il y avait sept Syriens. Ils avaient entendu tous depuis le jour où ils sont nés que les Israéliens n’étaient que des monstres qui voulaient tuer tout le monde. Et les Israéliens avaient la même opinion dans l’autre sens. Donc c’est une énorme évolution. Quand on a ces opinions qui sont le résultat de l’environnement d’où l’on vient et on se retrouve au même pupitre avec l’ennemi en essayant d’accorder le la exactement à la même hauteur, de jouer le même coup d’archet, de jouer la phrase de la même façon, quand vous faites ça pendant 7 heures et après vous allez diner, ce n’est plus le même monstre que c’était hier. »

En plus de 20 ans d'existence, le Divan s'est produit dans le monde entier. Notamment en donnant un premier concert en Cisjordanie en 2005 à Ramallah, à l’occasion des 60 ans de la Déclaration des droits humains en 2008 aux Nations Unies à New York, ou en jouant dans la zone coréenne démilitarisée en 2011. Selon son fondateur et directeur musical, il remplira sa mission lorsqu’il pourra se produire dans tous les pays du Proche et Moyen-Orient.

Grâce à son engagement dans le dialogue interculturel, Daniel Barenboim a été nommé messager de la paix des Nations Unies.

« La musique nous donne la possibilité de comprendre, de sentir beaucoup de choses, qui ne sont pas possibles sans elle. On peut apprendre de la musique pour la vie ! »