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Etudes supérieures : comment se forment les danseurs en France ?

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Etudes supérieures : comment se forment les danseurs et les chorégraphes ?
Etudes supérieures : comment se forment les danseurs et les chorégraphes ?
© Getty - Marc Romanelli

Comment se forment les danseurs professionnels en France ? Quelles sont leurs perspectives de carrière, leurs modes de reconversion ? Petit tour d'horizons avec Sébastien Thierry du CRR de Paris et Alice Rodelet du CND de Pantin.

Pour envisager une carrière de danseur professionnel, la condition principale est une pratique assez conséquente en danse pendant plusieurs années dans le cadre d'un cursus spécialisé. Les conservatoires régionaux, départementaux, communaux et intercommunaux dispensent une formation initiale de qualité qui peut mener de jeunes élèves vers la professionnalisation. Il existe aussi une multitude d'écoles de danse privées, dont le niveau et le coût peuvent varier.

En général, dans le cadre des conservatoires, les élèves sont acceptés dès 8 ans, et pratiquent deux à trois cours par semaine en début de formation et jusqu'à 6 heures par semaine en fin de cycle. Au collège, on compte une dizaine d'heures de danse par semaine. Un rythme qui va de pair avec une scolarisation aménagée, selon Sébastien Thierry, adjoint à la direction pour la danse du Conservatoire à rayonnement régional de Paris : « L'idéal est de pouvoir être soit dans des classes à horaires aménagés soit dans des classes à aménagement d'horaires ou en double cursus, comme au CRR de Paris qui permet un mi-temps : la pratique artistique et la scolarité sont divisées en demi-journées.»

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Pour les lycéens qui ont une pratique de danse de haut niveau, mais qui sont éloignés des cursus classiques, de plus en plus de dispositifs facilitant leur insertion dans des établissements de formation supérieure sont mis en place au niveau national. Le Centre national de la danse de Pantin mène depuis un an un programme baptisé 'Elan', implanté en Seine-Saint-Denis, qui propose une formation complémentaire aux élèves du 3e cycle inscrits dans des conservatoires du département : « Les modules se déroulent sur les weekends et les vacances, explique Alice Rodelet,  directrice du département Formation et pédagogie du CND.  Les besoins sont énormes, il y a beaucoup de jeunes qui pratiquent la danse jazz ou contemporaine dans des conservatoires. Avec cette formation, ils peuvent envisager une formation supérieure, en faire leur métier, » précise la professionnelle.

Quels diplômes et quels établissements supérieurs pour la danse ?

A la sortie des conservatoires, les élèves obtiennent un diplôme d'études chorégraphiques (DEC - niveau équivalent au baccalauréat) qui atteste du niveau de pratique artistique. En cycle supérieur, on prépare en trois ans le Diplôme national supérieur professionnel du danseur (DNSPD), qui permet d'acquérir le titre de danseur professionnel. Il est dispensé, pour la danse classique et contemporaine, par le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et de Lyon, et par le Pôle national supérieur de danse de Cannes, et par le Centre national de la danse contemporaine d'Angers, pour la danse contemporaine uniquement. Pour la danse jazz en France, un seul établissement public - le Pôle supérieur Paris Boulogne-Billancourt, propose un cursus diplômant reconnu au même titre que celui des deux CNSMD. Pour les danses urbaines, dont le hip hop, aucun diplôme supérieur n'est pour l'instant mis en place, mais un dispositif est en préparation depuis plusieurs années, selon Sébastien Thierry.

Le DNSPD peut être suivi d'un master en interprétation  en deux ans, notamment proposé par le CNSMD de Paris, formation qui permet au danseur d'approfondir son approche artistique. Les DNSPD sont souvent adossés à des licences des différentes universités, visant à donner aux danseurs accès à un enseignement théorique, pour élargir la palette de leurs compétences et préparer leur reconversion.

Liste des écoles de danse en France

A quel âge peut-on intégrer un établissement supérieur en danse ?

La carrière d'un danseur professionnel est plus courte comparée à une carrière de musicien. Par conséquent, l'intégration en école supérieure se fait en général plus tôt, et la limite d'âge pour s'inscrire est souvent plus réduite, notamment en classique. Cela est moins vrai pour la danse contemporaine, le jazz ou le hip hop. A titre d'exemple, le CNSMDP accepte les danseurs classiques entre 14 et 17 ans, 14 à 18 pour les contemporains.

Une dizaine de CRR en France proposent aussi des cycles préparatoires à l'enseignement supérieur qui permettent aux élèves de pouvoir atteindre en un à deux ans le niveau suffisant  pour intégrer une école supérieure, aussi bien en France qu'à l'étranger.

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Existe-t-il une formation diplômante de chorégraphe ?

En France, il n'y a pas de formation supérieure de chorégraphe, contrairement à d'autres pays, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni. La  formation supérieure est orientée vers soit les métiers de l'interprète, soit les métiers de l'enseignement. Mais un danseur se forme à la composition chorégraphique tout au long de son parcours. «Souvent on commence comme interprète, raconte Sébastien Thierry, « on se frotte à la composition de quelqu'un et on commence à définir sa propre écriture et à se lancer progressivement dans la composition chorégraphique.»

Quelles sont les chances de trouver un engagement à la sortie de la formation supérieure ?

Les danseurs sortants des établissements supérieurs en France ont une employabilité à 80%, explique Sébastien Thierry.  « A part pour la compagnie de l'Opéra de Paris qui est une compagnie permanente qui puise dans le vivier de l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris, nos danseurs classiques vont être embauchés dans nos maisons d'opéra en région, dans des compagnies conventionnées et des centres chorégraphiques nationaux, et beaucoup dans des compagnies en Allemagne qui a des besoins en danseurs importants parce qu'il y a encore beaucoup de théâtres municipaux. Avec la danse jazz ou les danses urbaines, les débouchés sont plutôt du coté du Royaume-Uni ou des Etats-Unis, notamment sur le marché de la comédie musicale et du showbussines.» Le milieu est ouvert également aux danseurs qui ne sont pas passés par les établissements supérieurs, notamment en danse contemporaine, « mais dont les parcours sont singuliers, précise Sébastien Thierry, et qui peuvent intégrer des compagnies même à l'âge de 23, 24 ans. »

A condition d'être mobile et adaptable dès la formation initiale, puisque le marché du travail est international :

«Nos jeunes danseurs ont de plus en plus tendance à penser a minima sur le plan européen, autant pour les écoles que pour la suite de leur parcours professionnel. »

Certaines compagnies ont des dispositifs d’insertion professionnelle destinés aux danseurs qui ont déjà un parcours de formation de haut niveau, comme le Ballet de Lorraine et le Ballet Preljocaj, qui permettent aux jeunes recrues de parfaire leur formation directement au sein de la compagnie.

Et si l'on veut enseigner ?

Le DNSPD donne certaines validations d'acquis pour le diplôme d'État (DE) de professeur de danse, notamment un cadre théorique lié à la danse, ce qui permet aux danseurs diplômés de compléter le cursus d'interprète avec une année de formation en pédagogie. Elle est dispensée par le Centre national de la danse, à Pantin, ainsi que par son antenne à Lyon, accessible aussi en formation continue aux danseurs intermittents de spectacle et membres des ballets nationaux, des centres chorégraphiques nationaux et des compagnies reconnues par l'État.

Pour les autres publics, des cursus de formation au DE de professeur de danse en deux à trois ans sont dispensés par les les pôles supérieurs en région, par des centres habilités par l'Etat, les CEFEDEM (Centres de formation des enseignants de la danse et de la musique).

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Que faire après une carrière de scène ?

Un danseur classique, par exemple à l'Opéra de Paris, s'arrête vers 40 - 42 ans, alors qu'un danseur contemporain peut continuer à danser 10 ans de plus. Pour les danses urbaines en général, en fonction du type d'emploi, c'est un peu pareil, explique Sebastien Thierry : « On reste quand même dans un corps jeune. Au-delà de 40 ans, cela devient compliqué.»  Donc il faut préparer un après.

Le fait est que les formations d'interprète adossées à une licence ouvrent beaucoup de possibilités, remarque le professionnel : « Soit on prend le parcours classique et une fois la carrière de danseur terminée, on passe le diplôme d'État de professeur de danse, puis ensuite le certificat d'aptitude, et on continue à enseigner en école privée ou au conservatoire. Soit on devient administrateurs de compagnie, programmateur, ou même ostéopathe grâce à des années d'expérience dans l'entretien corporel et la bonne connaissance de l'anatomie.»

Le Centre national de la danse de Pantin, ainsi que son antenne de Lyon, est un pôle de ressources important dans l'accompagnement des danseurs tout au long de leur carrière, une question qui est prise à bras le corps par le ministère de la Culture et le CND, explique Alice Rodelet. «Le Centre propose ainsi différents modules en formation continue destinés aux danseurs en activité : ingénierie culturelle, droits d'auteur, gestion de carrière, médiation, qui visent à préparer les danseurs à des carrières protéiformes et à la reconversion. Mais aussi fait tout un travail d'entretien et de perfectionnement destiné notamment aux intermittents de spectacle, gratuits ou à moindre coût.»

Pour finir, certaines compagnies nationales dispensent aux danseurs volontaires les formations pour le diplôme d'État de professeur de danse en interne pour préparer l'avenir : le ballet de l'Opéra de Lyon, de Paris, de Toulouse ou de Bordeaux, notamment.