[SORTIE CD] Domenico Scarlatti, 13 Sonates du Libro 3° de 1753 - Frédérick Haas

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[SORTIE CD] Domenico Scarlatti, 13 Sonates du Libro 3° de 1753 - Frédérick Haas

Le vendredi 23 septembre 2022 à 08h00
Domenico Scarlatti, 13 Sonates du Libro 3° de 1753 - Frédérick Haas
Domenico Scarlatti, 13 Sonates du Libro 3° de 1753 - Frédérick Haas

Sortie prévue le 23 septembre 2022, sous le label Hitasura.

Domenico Scarlatti : 13 Sonates du Libro 3° de 1753

« Ceci est un disque pour se faire plaisir. J’aime Scarlatti. Je l’aime depuis longtemps. Plus le temps a passé, et mieux j’ai appris à l’aimer : j’ai appris à l’aimer plus fortement, plus directement, et plus nettement.

Scarlatti est très important pour les clavecinistes. On pourrait dire qu’il a été le plus grand de tous. En termes de quantité, son œuvre est absolument exceptionnelle – et c’est ce qui en rend la perception si difficile. Un seul regard n’y suffit pas. L’horizon, le territoire est si vaste qu’il est pratiquement impossible à percevoir dans sa totalité. Il faut des heures et des heures et des jours pour parvenir à lire ou à écouter toutes les sonates de Scarlatti. Il est extrêmement difficile de se représenter l’unité de cette œuvre, malgré toute sa cohérence – quoi de plus immédiatement reconnaissable qu’une Sonate de Scarlatti ? – et malgré – mais peut-être aussi à cause de – sa très grande variété : les sources anciennes, lacunaires, nous laissent perpétuellement face à nos interrogations : que cherche-t-il vraiment ? Et pourtant, nous sentons des choses, nous croyons comprendre, nous pensons savoir. Comme presque toujours, lorsqu’il s’agit d’anciens musiciens, notre connaissance est presqu’uniquement contenue dans la musique qui nous a été conservée : dans cette masse de notes mystérieuse et gigantesque. Les témoignages sont rares. La seule chose vraiment certaine est que Scarlatti a été un enfant prodige au clavecin. Or, comment imaginer un enfant prodige au clavecin, alors même que notre expérience du clavecin est tellement incomplète, si désespérément sevrée de grands exemples ? Je me dis toujours que nous pouvons écouter et regarder Cziffra ou Horowitz jouer du piano, et puis transposer, en essayant d’imaginer. Nous devons essayer d’imaginer, et puis reconstruire. Scarlatti n’avait qu’à imiter son père, et à le surpasser.

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J’ai découvert Scarlatti par hasard, le soir du 16 septembre 1981. J’avais onze ans. Scott Ross jouait à Besançon un récital diffusé par France Musique. J’enregistrai sur des cassettes ce concert de celui qui allait devenir le dieu de mon adolescence. Il avait joué plusieurs sonates de Scarlatti. Des sonates magnifiques, des sonates aimées, des sonates favorites, de celles qu’il allait jouer et rejouer si souvent. Je devais écouter ce concert des centaines de fois. Et le redécouvrir trente quatre ans plus tard, lorsque France Musique me demanda de produire une nuit d’archives sur Scott Ross. Je suis heureux d’avoir eu cette occasion de rendre hommage à un artiste que j’avais aimé entre tous, et qui m’avait tellement inspiré, à qui je devais tant. Je compris alors que le concert de Besançon avait été un des plus beaux que Scott Ross ait joués : un vent d’élégance et de bonheur soufflait ce soir-là.

En 2018, France Musique organise l’intégrale en concerts et au clavecin des 555 sonates de Scarlatti. Fête musicale invraisemblable, délicieuse comète, pèlerinage, nonchalant et trépidant, estival, méridional. Ce fut le fruit miraculeux de la rencontre efficace de personnalités idéalistes et généreuses. Je réalisai la tâche délicate de répartir les sonates, en 35 programmes de récitals. Un grand travail, tendu par l’espoir que chacun de ces programmes rencontre les désirs de chacun des musiciens participant à l’aventure : que ce soient des programmes qui donnent envie de jouer, de sourire, de toucher. J’avais en main tous les choix. Je ne pris donc pour moi-même aucune des sonates favorites , des sonates-fétiches que je distribuai avec soin entre les mains d’autant de clavecinistes que possible. Je m’étais réservé au contraire des pièces peu connues, peu désirées, peu demandées : l’occasion était trop belle d’en découvrir, d’en démasquer , dont les notes anonymes me souriaient. Voici une des parties exaltantes du métier d’interprète : transformer en musique, c’est-à-dire en vie, des notes décharnées déposées sur une partition encore indéterminée.

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Après 2018, j’avais très envie de rejouer les sonates favorites que j’avais découvertes en 1981, ou plutôt de jouer pour de bon ces pièces très aimées dont je m’étais volontairement éloigné, leur préférant la découverte aussi complète que possible de l’ensemble d’une œuvre-labyrinthe qu’il me semblait commencer à connaître vraiment. En parcourant les livres une fois encore, je remarquai que la plupart sont rassemblées dans un des volumes de la collection de la Reine : le troisième de la grande série de treize. Il suffisait d’y ajouter quelques sonates de 2018 : l’enregistrement d’un concert en direct est une chose fascinante, puissante, effroyable. Effroyable surtout lorsqu’il s’agit d’œuvres aussi difficiles que celles de Scarlatti. Il en résulte une tension intéressante. Mais – puisque l’on apprend à être raisonnable – on y fait aussi un peu attention, à ne pas aller trop loin : l’enregistrement doit être présentable, écoutable, exploitable. Or, quel que soit l’instrument, l’art que l’on pratique, il existe une sorte de ligne-limite qui définit le domaine où nous sommes en sécurité, où nous avons l’assurance que tout se passera bien. Que nous serons des artistes impeccable, professionnels, réalisant sans mauvaise surprise la mission qui leur est commandée. Par-delà cette limite, que pouvons-nous chercher ? La poursuite illusoire d’une perfection hypothétique, au risque de passer pour un rêveur immature ou pour un fou, une espèce d’aventure, dont le péril est mortel pour qui vit de son art, car tout échec y signerait un arrêt de mort sociale à plus ou moins court terme.»
- Frédérick Haas

Au programme

Domenico Scarlatti, 13 Sonates du Libro 3° de 1753
Frédérick Haas, clavecin

1 - Sonata 3, en la majeur, K. 208. Andante e cantabile
2 - Sonata 4, en la majeur, K. 209. Allegro
3 - Sonata 6, en la majeur, K. 211. Andantino
4 - Sonata 7, en la majeur, K. 212. Allegro molto
5 - Sonata 8, en ré mineur, K. 213. Andante
6 - Sonata 19 en ré majeur, K. 224. Vivo
7 - Sonata 10, en mi majeur, K. 215. Andante
8 - Sonata 11, en mi majeur, K. 216. Allegro
9 - Sonata 14, en la majeur, K. 219. Andante
10 - Sonata 15, en la majeur, K. 220. Allegro
11 - Sonata 20, en ut majeur, K. 225. Allegro
12 - Sonata 21, en ut mineur, K. 226. Allegro
13 - Sonata 22, en si mineur, K. 227. Allegro

Concert

1er octobre 2022 | 17h30
Retrouvez Frédérick Haas dans le cadre du Festival de Royaumont.
Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site du festival.

Pour aller plus loin

Scarlatti 555
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Découvrir l'intégrale des 555 Sonates de Domenico Scarlatti données par 30 clavecinistes : Scarlatti 555 Night Fever
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4h 06