Glenn Gould : pianiste et virtuose de l'enregistrement - Culture Prime

Publicité

Glenn Gould, virtuose du disque

Par

A l’âge de 32 ans, le célèbre pianiste Glenn Gould se retire de scène. Finis les concerts et les tournées, désormais il va se consacrer à l’enregistrement de disques. Ce geste va non seulement marquer la carrière du pianiste mais aussi l’histoire de la musique, anticipant l’âge d’or du disque.

Enfant prodige, Glenn Gould connaît véritablement le succès avec la sortie des Variations Goldberg de Bach alors qu’il a 23 ans. Il découvre les concerts relativement sur le tard : « Quand on m’a jeté dans l’arène, ce fut une expérience horrible, essentiellement anti-musicale » se confie-t-il à Bruno Monsaingeon dans Les chemins de la musique, documentaire diffusé à la télévision française en 1974.

Il passe son enfance à Toronto, et apprend le piano auprès d'Alberto Guerrero, qui sera son seul professeur. Il s’émancipe de son apprentissage et en 1952, il s’enferme durant trois ans dans le chalet familial pour parfaire son style. Il compose également et pour lui, être un interprète, « c'est reprendre totalement une œuvre pour en donner sa vision » rappelle Lionel Esparza, producteur de Variations Gould, série de France Musique consacrée au pianiste.

Publicité
À lire aussi : Variations Glenn Gould

Le concert, entre transe et souffrance

Les concerts, qu’il expérimente à grande échelle avec l’arrivée du succès en 1955, représentent une véritable souffrance pour lui : « c’était une vie de gaspillage pour moi, je menais une existence vide et improductive » confesse-t-il en 1974. Il partage pourtant la scène avec les plus grands : Leonard Bernstein, George Szell, Herbert von Karajan... et les spectateurs sont abasourdis à chacune de ses représentations, ainsi que le souligne Lionel Esparza : « tous les témoins de l'époque nous disent que Gould en concert était absolument fascinant, ils parlent de la transe […] Et certaines personnes sortent parfois de ces concerts transformés spirituellement. »

Pourtant, cela met le pianiste dans un stress absolu, qu'il conjure avec des tics sur scène, comme ce mouvement de direction d’orchestre qu’il fait avec sa main gauche lorsqu’elle ne joue pas, son fétichisme autour de sa chaise pour piano construite par son père ou les inclinaisons extatiques de son visage.

Baisser de rideau

« Abandonner les concerts ne fut que le moyen de mettre fin à une expérience pénible ».
En 1962, il arrête définitivement la scène. En dehors de l’angoisse que génère celle-ci, Glenn Gould est un perfectionniste ; or, chaque concert est jonché d’impondérables. Pour atteindre son idéal de perfection, il va se tourner vers le disque qui lui permet d’enregistrer les morceaux exactement comme il l’imagine. De plus, les studios d’enregistrement symbolisent un cocon, un lieu matriciel où il peut travailler en confiance avec l’équipe d’ingénieurs du son.

Féru des nouvelles technologies

Glenn Gould se passionne pour l’enregistrement du son : il compile les lectures sur le sujet, investit énormément dans le matériel et atteint, au fil des années, un très bon niveau, proche de celui d’un ingénieur du son. Cette inclinaison a commencé dès son plus jeune âge, lorsque son père lui a offert un enregistreur. Très vite, il va utiliser ce dernier pour pouvoir s’écouter et s’améliorer, se substituant ainsi à l’oreille d’un professeur de piano.

Sa fascination pour le disque est telle qu’il va publier un texte qui va faire date à la fois dans la carrière de Glenn Gould mais aussi dans l’histoire de la musique : L’Enregistrement et ses perspectives en 1962. « Il revendique le disque comme une sorte de produit, un produit commercial mais artistique aussi, que l'on peut construire avec une forme d'esprit de tricherie qui ne le gêne pas du tout. L'important, c'est le résultat. » précise Lionel Esparza. En effet, Glenn Gould n’hésite pas à faire appel à certaines techniques, comme le re-recording, le fait d’enregistrer des sons et de les ajouter à d’autres sons déjà enregistrés, afin de s’approcher au plus près de sa vision idéale du morceau.

Simultanément, les Beatles s’enferment en studio avec leur producteur George Martin pour Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band et suivent les mêmes préceptes que Gould. Ainsi, les années 1960 sont le témoin d’un changement majeur : l'importance du concert en tant que phénomène musical s’efface devant celle du disque.

Les Variations Goldberg, le parcours d’un artiste

En 1981, profitant des avancées technologiques comme le numérique et la stéréo, le pianiste décide de réenregistrer l’œuvre de Jean-Sébastien Bach qui a fait sa gloire. Cet enregistrement 26 ans après est symbolique, souligne Lionel Esparza : « Depuis l'enregistrement en 1955, Glenn Gould s'était confondu avec les Variations Goldberg. Et avec ce dernier enregistrement, sorti quelques mois seulement après sa mort, apparait une sorte de parcours de Gould qui n'est pas seulement un parcours artistique mais aussi un parcours spirituel ».

Pour en savoir plus : 
Les Chemins de la musique de Bruno Monsaingeon, documentaire, INA, 1974

59 min

Glenn Gould : la playlist de Lionel Esparza