Hilary Hahn décrypte le Concerto pour violon de Sibelius - Culture Prime

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Hilary Hahn décrypte le Concerto pour violon de Sibelius

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Le 2 Mai 2019, Hilary Hahn jouait le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op. 47 de Jean Sibelius, sous la direction de Mikko Franck et avec l'Orchestre philharmonique de Radio France. Elle décrypte en vidéo ce concerto à l'allure symphonique et au lyrisme prononcé.

Achevé en 1905, le Concerto pour violon en ré mineur op. 47 de Jean Sibelius n’a pas connu un succès immédiat parmi le public européen du XXe siècle. Il est pourtant aujourd’hui l’un des plus enregistrés et considéré comme l’un des plus difficiles du répertoire pour violon. Pièce virtuose, récitation violonistique passionnée, son aspect novateur et lyrique marque dès sa première écoute. Seul concerto pour violon écrit par le compositeur finlandais, célèbre pour ses symphonies et ses thèmes épiques, "il s'agit d'une polonaise pour ours polaires”, déclarait le musicologue britannique Donald Francis Tovey à propos du final, rempli d’une énergie retentissante et communicative.

France Musique : Comment décririez-vous le Concerto en ré mineur op. 47 de Jean Sibelius ?

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Hilary Hahn : C'est une œuvre vraiment puissante, c'est aussi très délicat et vraiment beau. Le Concerto de Sibelius est une pièce qui est souvent considérée comme froide parce qu'elle est d'un compositeur finlandais et que les gens pensent que la Finlande est lugubre et glaciale. Mais Sibelius était un violoniste qui voulait désespérément être interprète, et quand cela n'a pas marché pour lui, il est devenu compositeur. Il faut imaginer la passion que quelqu'un peut avoir pour son instrument, il écrit une œuvre qu'il voudrait jouer, mais elle va avoir sa propre vie. N’oublions pas que la Finlande est beaucoup de choses, et que chaque personne est beaucoup de choses. Alors quand je joue ce concerto, j'essaie toujours d'équilibrer la lumière et l'obscurité. Il y a un courant sombre sous-jacent, mais il y a aussi une légèreté qui n'attend que de sortir.

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Pourquoi conseilleriez-vous à quelqu’un d’écouter ce concerto ?

Lorsque l’on écoute cette œuvre, on ressent quelque chose. Toutes les pièces ne viennent pas à nous comme ça. Elles nous confrontent, nous saisissent et nous emmènent avec elles. Je pense qu'il est important en tant qu'être humain d'avoir des endroits pour vivre ces expériences.

En quoi cette œuvre est-elle marquante dans sa structure et sa composition ?

Sibelius est très novateur dans ce concerto. Dans le premier mouvement, par exemple, il ajoute la cadence à l’œuvre, et à cette époque-là, tout le monde ne faisait pas cela. Ainsi, vous entendez vraiment le violon solo tel que le compositeur l’avait imaginé, ce qui est très révélateur lorsque vous écoutez l’œuvre entière. On n'entend pas souvent dans un concerto le soliste dans la voix du compositeur. Le troisième mouvement ressemble à du rock and roll. C'est tellement amusant. C'est une œuvre spectaculaire, mais c'est un spectacle au service de la création d'une expérience pour les joueurs et l'auditeur.

Cela fait 25 ans que je la joue. À chaque fois c'est un peu différent, à chaque fois quelque chose a changé. C'est vraiment quelque chose que j'aime dans cette œuvre. Ce concerto a fait apparaître de manière évidente mon évolution en tant qu'artiste.

C'est évident pour moi comment les choses ont évolué en tant qu'artiste.

Ce concerto est basé sur le dialogue entre le soliste, le directeur et l'orchestre. Quand on regarde la vidéo de votre concert à la Maison de la radio en 2019, on sent une grande complicité entre les trois. Pourriez-vous la décrire ?

Lorsque je travaille avec des collègues proches, beaucoup se reposent sur l'intuition et la lecture du langage corporel. Ces petits gestes, ces petits regards. Ils sont tous très importants et ils sont tous encourageants pour moi. Avec Mikko, il suffit que je le regarde et qu’il me regarde, et il sait que je suis sur le point de précipiter le tempo ou que je vais tenir une note. Ou je peux voir qu'il veut essayer un sentiment légèrement différent, alors je vais changer. Mais tout cela se fait avec un simple regard.

Je ne pourrais pas créer toute seule le Sibelius que nous avons tous créé ensemble ici avec l’Orchestre philharmonique et avec Mikko. Mais d'une manière ou d'une autre, c’était évident que l’œuvre allait être comme ça. C'est notre interprétation. Et je ne joue pas comme cela avec quelqu'un d'autre, je le joue différemment avec d'autres personnes. Alors c'est vraiment spécial. Et je pense que c'est ce pour quoi les gens aiment le voir et l'écouter : parce qu'ils savent que cela n'existe qu'ici.