La compositrice pour enfants Isabelle Aboulker
La compositrice pour enfants Isabelle Aboulker

Isabelle Aboulker, compositrice pour enfants - Culture Prime

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Isabelle Aboulker, la compositrice des enfants

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Avec ses opéras chantés dans les classes et interprétés partout en France depuis plus de 40 ans, Isabelle Aboulker a donné ses lettres de noblesse au répertoire destiné au jeune public. A travers sa musique, elle œuvre sans relâche à donner aux enfants le goût du beau.

"Je suis quelqu'un qui fait de la musique avec le respect. Le respect des enfants, et une grande exigence. Quand j'écris des partitions pour les enfants, c'est exactement comme si j'écrivais pour l'Opéra de Paris."

Isabelle Aboulker est compositrice, mais aime à se dire tout simplement musicienne. Moi Ulysse, Douce et Barbe-Bleue, Les Fables Enchantées, Les Enfants du Levant, Le Petit Poucet, Cendrillon, Si Molière nous était conté ou encore Myla ou l'Arbre bateau, sont autant d'œuvres chantées dans les écoles et les conservatoires et interprétées sur les scènes dans toute la France depuis plus de 40 ans.

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Précurseur du répertoire pédagogique inspiré des textes littéraires de grande qualité destiné aux enfants - chanteurs ou spectateurs - Isabelle Aboulker signe également des œuvres vocales, scéniques et instrumentales d'inspirations diverses. Mais elle est d'abord la compositrice des enfants. " On a la reconnaissance en général des parents venant me remercier d'écrire des choses comme ça pour leurs enfants, ils sont en manque de vrais répertoires et ça, ça fait plaisir," sourit-elle.

"Donner très tôt le goût du beau"

Petite-fille d’Henri Février, compositeur, et de Marcel Aboulker, cinéaste, lorsqu'elle était petite, Isabelle Aboulker adorait le piano. Elle y passait beaucoup de temps "à pianoter et à improviser", raconte-t-elle. Ce piano qui lui tient toujours compagnie lorsqu'elle compose, voie qu'elle a choisie après les études d'écriture et d'accompagnement au Conservatoire national de musique et de danse de Paris. Elle écrit pour le cinéma, le théâtre et la télévision, mais elle enseigne aussi aux jeunes chanteurs en tant qu'accompagnatrice et cheffe de chant. Et c'est la naissance de son fils David qui l'oriente vers la composition pour les enfants :

"J'ai voulu évidemment lui faire écouter des œuvres pour les enfants, mais il y en avait assez peu. Et comme j'avais déjà un petit sens mélodique, je me suis dit : il faut écrire pour lui, il faut écrire pour les petits. J'ai écris quelques chansons et j'ai demandé l'avis de l'institutrice de mon fils dessus. Elle m'a dit : Vous avez bien le sens de l'enfance. Alors j'ai continué."

Son crédo : donner aux enfants le goût du beau, qui passe par des textes et par la musique d'une grande exigence, tout en restant accessible à l'imaginaire des enfants. "Il faut que ça soit mélodique, humoristique et rythmique, il faut qu'ils puissent un peu gigoter, danser, explique-t-elle sa démarche créatrice. "Il faut que ça soit bien dans la bouche. Et puis avant tout un texte qui est porteur, même avec peu de choses, avec un vocabulaire simple, qui évoque quelque chose de poétique. Quand la musique est vraiment écrite sur les mots, ils apprennent très vite."

Et en apprenant, les plus jeunes s'initient à la fois à la musique et aux grands textes, affirme la compositrice. Pour cela, elle choisit soigneusement ses librettistes avec lesquels elle travaille autour des grands auteurs qu'elle affectionne particulièrement : Montaigne, Jules Renard, Molière, la Fontaine, ou encore Andersen, Charles Perrault ou Roald Dahl.

L'important c'est qu'il y a une histoire, des images. " Je veux que cela ait un sens, parce que comme cela, ma musique est théâtrale. Les mots deviennent vivants." Y a-t-il des thèmes qu'il faut éviter en écrivant pour les enfants ?

Cela dépend comment on les traite, affirme la compositrice. Qui a même abordé le thème de la mort et du deuil dans un de ses derniers ouvrages intitulé Myla et l'Arbre bateau. Pour cet opéra, c'est elle qui a écrit des textes en pesant chaque mot. "On marche sur des œufs et je dois vous dire que j'ai mis plus de temps à écrire les textes qu'à écrire les petites chansons. On peut tout traiter en faisant extrêmement attention. Et là, j'avoue, je suis fière de moi parce que les enfants aiment cet ouvrage".

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"Je lutte à petites armes"

Pour Isabelle Aboulker, l'initiation à la musique passe aussi par la rencontre. Dans des maternelles ou des classes, la compositrice encourage les enfants à être créatifs et leur explique son métier, afin de leur faire prendre conscience qu'un compositeur, une compositrice, c'est un métier qui existe encore aujourd'hui. Et que la musique qu'ils ou elles écrivent, elle est aussi pour eux :

"J'écris de la musique comme d'autres font de la peinture, comme d'autres font des robes, comme d'autres font des chocolats magnifiques. Je n'écris pas de musique pour moi, jamais. Je fais de la musique parce que je sais faire de la musique et que c'est une sorte de devoir moral de donner ce qu'on vous a donné. Je regrette qu'un cerveau d'enfant qui est prêt à tout absorber, on lui donne des choses qui ne vont pas l'élever. Donc je lutte, à de petites armes. Car un enfant, c'est l'espoir quand même. C'est lui qui aura la parole. Et les petites graines, ça finit par pousser, ça peut donner une petite fleur, mais ça peut donner un chêne. Donc tous les espoirs sont permis quand même."