Publicité

L'attaque de Pearl Harbor, une journée qui résonne à travers la musique

Par
Représentation artistique de l'attaque de Pearl Harbor, 7 décembre 1941
Représentation artistique de l'attaque de Pearl Harbor, 7 décembre 1941
© Getty - MPI

L'attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon le 7 décembre 1941 marque l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Mais elle annonce également le début d'un combat musical mené sans cesse tout au long de la guerre.

Le 7 décembre 1941, plus de 400 avions des forces aéronavales japonaises lancent une attaque surprise sur la base navale américaine de Pearl Harbor située sur l’île d’Oahu, dans le territoire américain d’Hawaii. L'attaque dévastatrice marque un moment important dans l'histoire des Etats-Unis, marquant officiellement son entrée dans la Seconde Guerre mondiale.

Chaque aspect de la vie quotidienne américaine trouve ainsi un rôle à jouer dans l'effort de la guerre, et sera à jamais impacté par ce conflit. La musique ne fut pas épargnée, et s’engagea dans toutes ses formes : elle fut notamment l’une des premières formes d’expression à réagir, en chanson, suite à l’annonce des événements.

Publicité

Les chansons racistes et de haine

Avant le 7 décembre 1941, la majorité des Américains connaissaient encore peu Hawaii et notamment la base américaine de Pearl Harbor. En effet, Hawaii n’est alors pas encore l’un des états américains. Tout cela changea dès l’annonce de l’attaque et de la déclaration de guerre par le Japon.

Si l’attaque est soudaine pour les américains, elle fut en réalité élaborée par le Japon dès le début de l’année 1941, alors que les deux pays menaient de longues négociations diplomatiques qui semblaient tomber à l’eau. Tard le 6 décembre, un texte diplomatique est envoyé à Washington par le ministère des Affaires étrangères japonais. Le texte est codé en 14 points, dont le dernier d’une immense importance : une déclaration de guerre.

Un retard dans le décryptage du long texte a fait que la déclaration de guerre fut transmise aux forces américaines alors que l’attaque des Japonais avait déjà eu lieu. L'Amérique avait été surprise par le Japon à Pearl Harbor. Pire, les Japonais ne semblaient pas s’être conduits en accord avec les notions occidentales d’un combat « juste ». Ainsi nait rapidement un sentiment brûlant de patriotisme américain mais aussi de haine envers un ennemi qui semblait ne pas s’être comporté selon les règles de la guerre.

Dès l’annonce de l’attaque aux Etats-Unis, bon nombre de « chansons de guerre » sont écrites, enregistrées et même immédiatement diffusées à la radio dans la foulée. Ces premières chansons, composées « à chaud », expriment avant tout un désir de vengeance ainsi qu’un sentiment de colère, voire de haine, qui tourne ouvertement au racisme.

You're a Sap, Mr. Jap [Vous êtes niais, Mr le Japonais] est une des premières chansons composées dès le 8 décembre.
Son succès est immédiat et elle sera même transformée en dessin animé. On trouve également la chanson The Sun Will Soon Be Setting (For The Land of The Rising Sun) [Le soleil va bientôt se coucher (pour le pays du soleil-levant)] de Sam Lerner, parmi tant d'autres.

Deux partitions de chansons anti-japonaises publiées en décembre 1941
Deux partitions de chansons anti-japonaises publiées en décembre 1941
© Getty - Authentic History

Mais après la fierté qu'expriment les premières chansons arrivent les chansons ouvertement racistes. Publiée peu après le 7 décembre, Remember Pearl Harbor de Carson Robison est un exemple parmi plein d’autres dont les paroles laissent peu douter de la haine et de l’hostilité américaine envers les Japonais :

Remember how we used to call them our "little brown brothers?"
Rappelez-vous comment nous les appelions nos « petits frères bruns ? »

What a laugh that turned out to be
Quelle bonne blague

Well, we can all thank God that we're not related
Eh bien, nous pouvons tous remercier Dieu que nous ne sommes pas liés

To that yellow scum of the sea
 À cette ordure jaune de la mer

Les larmes de tristesse et de rire

Après les chansons de la colère arrivent les chansons sentimentales et humoristiques. L’attaque de Pearl Harbor mène inévitablement à l’entrée en guerre des Etats-Unis, rejoignant les Alliés contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon. L’idée de devoir envoyer des milliers d’hommes au front, de les séparer de leurs familles juste avant Noël au risque de ne plus jamais les revoir, évoque un profond sentiment de nostalgie qui ne tarde pas d’inspirer les chanteurs-compositeurs.

C’est alors que sort White Christmas d’Irving Berlin. Célèbre chanson de Noël nostalgique chantée par Bing Crosby, elle parle de l'envie de retrouver les moments joyeux d’avant-guerre, un Noël en famille :

I'm dreaming of a white Christmas   
Je rêve d'un Noël blanc

Just like the ones I used to know   
Tout comme ceux que je connaissais

D’autres chansons nostalgiques et sentimentales publiées avant l’entrée en guerre des Etats-Unis remontent dans l’actualité, dont The Last Time I Saw Paris d’Oscar Hammerstein et Jerome Kern et Long Ago (And Far Away) de Jerome Kern et Ira Gerhswin.

Alors que l’engagement des Etats-Unis se concrétise, le conflit européen devient une réalité proche pour les Etats-Unis. Afin de déjouer les tensions croissantes, les chansons américaines prennent régulièrement pour cible Mussolini et Hitler. Mais si les chansons contre le Japon exprimaient un sentiment de colère et de racisme, les chansons contre les dictateurs européens sont principalement humoristiques et satiriques.

On trouve de nombreux exemples de chansons moqueuses, dont Mussolini's Letter to Hitler, mais une chanson retient l’attention du public américain pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale : Der Fuehrer’s Face de Spike Jones et son ensemble The City Slickers.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Promotion d’une musique “savante” américaine

Alors qu’un grand effort avait lieu dans les jours et mois après l’attaque de Pearl Harbor pour diffuser des chansons populaires capables de renforcer le moral des soldats et les citoyens américains, un autre effort musical, plus lent dans sa conception, est mené sans relâche sur le territoire américain : celui de la musique classique.  SIMPLIFIER ?

Mais si la chanson, le jazz et les comédies musicales revendiquent déjà une identité pleinement américaine, la musique classique, quant à elle, est encore problématique. Elle est bel et bien présente aux Etats-Unis, dominée par des compositeurs étrangers, et notamment les grands compositeurs allemands.

Il fut ainsi primordial d’instaurer une voix américaine et une musique classique américaine afin de renverser la domination des compositeurs et interprètes européens. Les créateurs américains de musique « savante » (alors dite « art music » aux Etats-Unis) sont alors élevés au statut de « combattants culturels » : la qualité de la musique classique américaine devient synonyme de supériorité morale américaine sur ses ennemis.

51 min

A travers plusieurs initiatives lancées par le Bureau d’Information de Guerre et le Département du Trésor, le gouvernement fédéral décide de subventionner bon nombre de compositeurs américains dont Aaron Copland, Virgil Thomson et Roy Harris, tout en encourageant la Commission Fédérale de la Communication et les radios américaines de diffuser la musique des compositeurs américains.

En 1942, le chef de l’orchestre symphonique de Cincinnati, Eugene Goossens, commande à 18 compositeurs d'écrire des fanfares : « Je souhaite faire de ces fanfares des contributions émouvantes et significatives à l'effort de guerre », explique alors le chef. De cette commande est née notamment une œuvre d’Aaron Copland qui ne cessera d’inspirer le peuple américain, et d’annoncer l’arrivée d’une musique classique fièrement américaine : Fanfare for the Common Man.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Cette dominance culturelle des Etats-Unis fut d’autant plus accentuée par les œuvres de compositeurs allemands vivant aux Etats-Unis, notamment Kurt Weill et Arnold Schoenberg. En réaction à Pearl Harbor, Kurt Weill écrira les trois premières de ses célèbres Four Walt Whitman Songs, inspirées de poèmes du poète américain Walt Whitman : Oh Captain! My Captain! (fin 1941), Dirge for Two Veterans (janvier 1942) et Beat! Beat! Drums! (printemps 1942).  En s’inspirant des poèmes écrits par Whitman comme forme de ralliement patriotique pour l’Armée de l’Union lors de la guerre de Sécession, Kurt Weill puise dans une veine culturelle américaine particulièrement riche en patriotisme.

De son côté, Arnold Schoenberg, réfugié juif vivant aux Etats-Unis depuis 1934, compose The Ode to Napoleon Buonaparte pour récitant, quatuor à cordes et piano. Le poème éponyme de Lord Byron fustigeant Napoléon en 1814 sert ici à Schoenberg comme moyen d’exprimer ses propres sentiments concernant les tyrans de son époque mais aussi pour exalter le président américain Franklin D. Roosevelt.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

« La Ligue des Compositeurs m'a demandé d'écrire une pièce de musique de chambre pour leur saison de concerts. […] J'ai eu tout de suite l'idée que cette pièce ne devrait pas ignorer l'agitation suscitée dans l'humanité contre les crimes qui ont provoqué cette guerre », écrit-il en 1942

Une nouvelle musique classique américaine est ainsi née de l’effort de guerre, dans l'intention d’y trouver une voix américaine et d’instaurer une domination culturelle américaine sur ses ennemis. Cette quête vers la domination culturelle conduit la musique classique américaine à devenir de plus en plus expérimentale.

Ces changements sont également reflétés dans l'éducation musicale américaine, dont notamment le programme « American Unity Through Music », qui encourage les professeurs de musique pendant la guerre à enseigner davantage sur l'art musical américain en tant qu'exemple brillant de la culture dominante américaine.

1h 58