La flûte à bec, comment ça marche ? Par Patricia Lavail - Culture Prime

Publicité

La flûte à bec : "une porte d'entrée vers la musique", par Patricia Lavail

Par

Penser que la flûte à bec ne se résume qu’à la pratique musicale du collège serait une erreur : elle fut l’un des instruments phares de la musique occidentale pendant près de 600 ans. La flûtiste Patricia Lavail raconte l'histoire de l’un des instruments à vent les plus connus.

Patricia Lavail découvre la flûte à bec lors des répétitions aux côtés de sa mère, cheffe de chœur, et elle enseigne l'instrument dès l'adolescence. En 1987, elle est la première musicienne française à remporter un prix au concours du festival de musique ancienne de Bruges, en Belgique. Depuis, Patricia Lavail a collaboré avec de nombreux ensembles musicaux, explorant des répertoires allant de la musique médiévale à la musique contemporaine, en passant par la musique baroque et la création musicale.

France Musique : Est-ce que la flûte à bec souffre d’un cliché ?

Publicité

Patricia Lavail : Elle est souvent perçue comme l’instrument en plastique, qui ne coûte pas cher et que beaucoup ont connu en cours de musique. Il faut reconnaître qu’on a demandé aux professeurs de collèges d’enseigner un instrument qu’ils ne savaient pas jouer, donc cela ne pouvait être qu’une catastrophe. Mais ce que l’on sait moins, c’est que cela a amené beaucoup de gens vers la musique ! Et même s’ils n’ont pas continué l’apprentissage de la flûte, cela a été pour certains un déclic qui les a poussés à franchir la porte de l’école de musique.

Quelle est l’histoire de la flûte à bec ?

L’ancêtre de l’instrument est apparu aux alentours du XIIe siècle. On le jouait alors surtout en famille, à l’instar des “consorts” d’instruments en Angleterre. Il faut savoir qu’au Moyen Âge, la musique n’occupait pas la même place qu’à présent : elle avait une utilité, une fonction. Dans les services religieux, elle servait à se rapprocher de Dieu ; quand une personne de haut rang faisait son entrée, pour lui donner une certaine solennité, on l’accompagnait en musique ; lorsqu’on voulait faire la cour à sa belle, on lui chantait une sérénade, etc.

Ce côté “fonctionnel” de la musique évolue à partir du XVIIe siècle : on commence à jouer pour le plaisir, à donner des concerts et à s'asseoir pour écouter la musique, ce qui est complètement nouveau. Les premières salles de concerts apparaissent et s’agrandissent à vue d’œil, les facteurs produisent donc des instruments plus puissants. D'autres, comme la flûte à bec, le clavecin ou la viole de gambe, peinent à remplir ces grands espaces sonores. Ils sont alors de moins en moins joués, avant de tomber dans l’oubli.

Il faudra attendre le XXe siècle pour percevoir un réel regain d’intérêt pour la musique que l’on jouait avant. Un fait, là aussi nouveau, puisque jusqu’alors, on jouait la musique de son temps. Des musiciens ont commencé à déchiffrer d’anciennes partitions, tandis que des luthiers se sont intéressés à de vieux instruments dans les musées, en ont fait des copies et ont tenté de retrouver les méthodes de fabrication d’époque. La flûte à bec, comme d’autres instruments, a pu reprendre ses droits.

De nombreux artistes de la deuxième moitié du XXe siècle ont écrit pour la flûte à bec ou utilisé cet instrument dans leurs œuvres. On peut citer John Paul Jones, le bassiste et claviériste du groupe britannique Led Zeppelin. Pour le morceau “Stairway to Heaven”, il a composé une introduction à l’aide de flûtes sopranos, altos et ténors. Dans le film “L’enfant sauvage” de François Truffaut, on peut entendre le “Concerto pour flûte RV 443” de Vivaldi.

Comment fonctionne l’instrument ?

Comme la flûte à bec a vécu pendant plus de cinq siècles, l’instrument se retrouve sous de nombreuses formes et déclinaisons. Il y a la flûte sopranino, la plus petite et la plus aiguë, la flûte soprano, alto, ténor, basse et même contrebasse, la plus grande et la plus grave.

Le principe de fonctionnement est on ne peut plus simple : c’est un sifflet auquel on a rajouté un tube percé de trous. Le bec du sifflet est muni d’une pièce de bois amovible, le bloc. Ce dernier ne laisse passer qu’un mince filet d’air qui vient se briser à grande vitesse sur un biseau, en sifflant. Règle commune à tous les instruments de musique, plus c’est grand : plus c’est grave. Ce principe universel permet d’expliquer comment créer les notes sur la flûte à bec, car plus je bouche de trous sur le tube, plus l’instrument est grand et plus la note produite est basse. Le contraire est tout aussi vrai.

Est-ce que c’est un instrument facile, ou difficile ?

Au début, c’est facile, il n’y a qu’à souffler pour produire un son et jouer une mélodie simple. Les choses se compliquent cependant avec le temps : plus on monte de niveau, plus les étapes à passer demandent du travail et de l’investissement. Cela vient du fait que, contrairement à la plupart des instruments à vent, la flûte à bec ne possède pas des clés. Elles sont apparues au XVIIIe siècle, notamment pour faciliter le jeu du musicien.

Quel est votre plus beau souvenir avec la flûte à bec ?

Avec un groupe de musiciens, nous avons tourné pendant près de trois semaines sur la ville d’Aubervilliers, dans les MJC, les maisons de quartier et les écoles. Pour clôturer ces trois semaines, nous avons donné un concert spécialement pour les enfants. A la fin de la représentation, ils sont tous venus nous voir, émerveillés, en nous demandant si nous pouvions rejouer le concert en présence de leurs parents. A notre bonne surprise, la mairie d’Aubervilliers a accepté de mettre les places gratuites pour les parents et tout le monde est revenu nous écouter en famille. C’est un de mes plus beaux souvenirs, car il faut savoir que c’est un public pour qui il est parfois difficile d’accéder à la culture. Et là, ils y sont parvenus grâce aux enfants.

Pourquoi devrait-on se lancer dans la pratique de cet instrument ?

D’abord parce que la flûte à bec vous permettra de jouer de nombreux styles musicaux : musique médiévale et baroque, musique de danse ou traditionnelle, musique de film, contemporaine, etc. Ensuite, si vous êtes un adepte de méditation pleine conscience et d’exercices de respiration, cet instrument est fait pour vous. En effet, comme il demande une bonne gestion du souffle, vous serez amené à constamment inspirer et expirer en rythme. Cela détend... beaucoup.